DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Obama à la rescousse?

Par Joyce Mulama NAIROBI, 29 août (IPS) – "Obama doit venir maintenant; nous avons besoin d'aide”, a déclaré à IPS William Onyango âgé de 75 ans, il y a quatre mois environ, dans sa boutique, dans un village reculé de l'ouest du Kenya.

Si le sénateur de l'Etat américain de l'Illinois ne pouvait pas être sur les lieux aussi vite qu'Onyango l'espérait, il était finalement au Kenya (du 24 au 29 août) dans le cadre d'une tournée officielle qui devait le conduire également en Afrique du Sud, à Djibouti et au Tchad.

Juste le cinquième Noir américain à avoir un siège au sénat américain — et le fils d'un économiste kényan — Barack Obama est arrivé au Kenya jeudi (24 août), accueilli avec enthousiasme. Certains espèrent que l'effet combiné de son succès politique et de ses racines africaines va se traduire en capacité à apporter des améliorations au Kenya.

L'escale de six jours d'Obama dans le pays l'a déjà vu avoir des entretiens avec le président Mwai Kibaki, au moment où le problème de corruption a été abordé.

Même si Kibaki était venu au pouvoir avec la promesse d'extirper du Kenya la pratique généralisée des pots-de-vin, son mandat a été jalonné par des scandales de corruption — notamment l'attribution des contrats portant sur plusieurs millions de dollars à une compagnie fictive, 'Anglo Leasing and Finance Limited', pour la construction de laboratoires de médecine légale et la fourniture d'un équipement d'établissement de passeports infalsifiables.

Obama a également rencontré le leader de l'opposition Uhuru Kenyatta vendredi, puis a déposé une couronne en mémoire de ceux qui étaient tués dans l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis en 1998 dans la capitale du Kenya — Nairobi. Plus de 200 personnes ont perdu leurs vies quand l'ambassade a été détruite par une bombe, pendant que 10 environ étaient tués dans une attaque parallèle à Dar es Salaam, en Tanzanie — selon des chiffres officiels. Samedi, le programme de voyage d'Obama l'a amené à Nyang'oma-Kogelo, un village situé à l'ouest où son père a grandi, et où sa grand-mère continue de vivre.

Il sera également passé publiquement au test du SIDA, ce pour réduire le stigmate qui entoure le virus du SIDA, qui a déjà affecté quelque deux millions de citoyens sur les 30 millions que compte le pays, selon des chiffres officiels.

Selon certaines sources, Obama espère que sa visite en Afrique mettra en relief certains des défis auxquels le continent est confronté, et aidera également les Américains à comprendre que les événements en Afrique ont une relation avec leurs vies.

Concernant la question essentielle de l'agriculture, cependant, il pourrait trouver que lier les intérêts des citoyens américains avec ceux des Africains lui présente un défi personnel.

Les fermiers américains bénéficient actuellement des subventions et d'autres mesures qui font que les prix des produits non-subventionnés de leurs concurrents africains sont exclus du marché. Cela contribue à la paupérisation du continent : au Kenya seul, environ 56 pour cent des citoyens vivent sous le seuil de pauvreté avec un dollar par jour, selon des chiffres du gouvernement.

Le round des négociations commerciales internationales de Doha, dénommé d'après la capitale qatarie où il avait été lancé en 2001, visait à réduire les subventions comme un effort pour attribuer aux pays en développement une part plus équitable du commerce mondial.

Toutefois, ces discussions ont été interrompues le mois dernier dans la capitale suisse de Genève, avec des négociateurs américains et européens s'accusant mutuellement de faire des concessions insuffisantes sur l'agriculture.

La crainte maintenant est que la suspension sine die du round de Doha ne laisse le champ libre au projet américain de Loi sur l'agriculture, prêt pour une révision l'année prochaine, pour prendre une option favorable aux supports à l'agriculture — profitant aux producteurs américains, et lésant davantage les fermiers africains.

“Je représente un Etat agricole fort. Je représente ces fermiers et il est important de m'assurer que je lutte pour les intérêts de mon Etat”, a déclaré Obama aux journalistes à Nairobi vendredi, alors qu'il se prononçait sur la question de l'agriculture.

“Mais ce que j'essaie de faire est de réconcilier ces intérêts auxquels je pense très fort avec le désir de m'assurer que des gens de par le monde ont l'opportunité de faire du commerce avec les Etats-Unis et améliorer leurs chances de développement”, a-t-il ajouté.

“Les Etats-Unis ont besoin d'ouvrir leurs marchés pour s'assurer que des pays ne reçoivent pas seulement de l'aide, mais ont la capacité de faire la compétition sur les marchés du monde”.

Souvent présenté comme le futur candidat du Parti démocratique à la présidence, Obama a passé son enfance à Hawaii. Son père avait bénéficié d'une bourse en vue de poursuivre ses études aux Etats-Unis où il s'était marié avec la mère d'Obama, une Américaine. Les deux ont divorcé plus tard, puis Obama père est finalement retourné au Kenya où il a perdu la vie dans un accident de voiture en 1982.

Alors que le sénateur a visité le Kenya un certain nombre de fois par le passé, celui-ci est son premier voyage dans le pays depuis qu'il a pris service.

Son programme de tournée africaine devrait également le conduire au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC). Toutefois, la violence post-électorale en RDC — qui a organisé sa première élection multipartite depuis plus de quatre décennies le 30 juillet — a obligé Obama à abandonner cette étape de son voyage.