KINSHASA, 1 août (IPS) – Un sentiment généralisé de soulagement se lit sur les visages des Congolais après la journée du 30 juillet au cours laquelle ils sont allés massivement aux urnes pour élire le prochain président de la République démocratique du Congo (RDC) ainsi que les 500 députés du nouveau parlement.
Les Congolais attendent les résultats de l'élection présidentielle dans trois semaines, au plus tard à la fin du mois d'août.
A part de malheureux incidents déplorés dans les deux provinces du Kasai Oriental et du Kasai Occidental, dans le centre-est du pays, fief de l'opposant Etienne Tshisekedi, leader de l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), les opérations électorales se sont déroulées dans le calme et la discipline. Telle est la conclusion de la Commission électorale indépendante (CEI) et de la majorité des observateurs dépêchés dans ce vaste pays d'Afrique centrale pour la circonstance. A Mbujimayi, la capitale de la province du Kasai Oriental, un électeur a été attaqué physiquement par des partisans de Tshisekedi pour avoir endossé un T-shirt du président sortant Joseph Kabila. Les manifestants l'ont battu à mort et ont brûlé son corps. Bien plus, cinq bureaux de vote ont été incendiés. “A Mbujimayi, les opérations électorales ont duré toute la nuit dans les bureaux qui avaient pris du retard. Actuellement, les bureaux sont à l'étape du dépouillement des bulletins de vote”, a confirmé à IPS, Dieudonné Mirimo, le porte-parole de la CEI.
A Mweka, dans la province du Kasai Occidental, un camion transportant des kits électoraux a été incendié privant, du coup, les électeurs du matériel électoral. Les populations de ces deux provinces ont dû attendre le lendemain pour voter, et tout devrait en principe être terminé ce mardi. Les élections présidentielles et législatives du 30 juillet ont été pratiquement la copie du référendum de novembre 2005 par rapport au taux de participation des électeurs et des intentions de vote. Autant Kinshasa, la capitale de la RDC, s'était montrée franchement réfractaire aux opérations référendaires, autant les provinces de l'est du pays avaient fait la décision en votant à plus de 90 pour cent pour le 'oui'. Pour les élections générales de dimanche, Kinshasa a semblé toujours vouloir globalement défier le président sortant Kabila, tandis que les provinces de l'est pourraient, encore une fois, se montrer déterminantes dans l'orientation des résultats du scrutin. Marcel Mahamba, de la Ligue des électeurs, une organisation non gouvernementale spécialisée dans l'organisation des élections et l'éducation de la population en matière électorale, basée dans la capitale, le croit fermement. “A Kinshasa, l'expérience a montré que la population vote par contradiction plutôt que par conviction, et c'est tout simplement dommage”, affirme-t-il à IPS.
Effectivement, la ville de Kinshasa n'a pas eu l'occasion d'intérioriser les sessions de formation électorale dispensées par la CEI afin d'amener les Kinois à voter en toute responsabilité. Les médias audiovisuels, en commençant par la radio et la télévision d'Etat, ont plus travaillé pour désorienter la population que pour la former. Les médias favorables au président Kabila comme la radio-télévision nationale, tout comme ceux qui lui sont défavorables, tels que 'Canal Congo télévision' et 'Canal Kin' appartenant à au candidat Jean-Pierre Bemba, l'un des quatre vice-présidents de la transition, se sont illustrés dans des injures et quolibets inacceptables par la déontologie professionnelle. Les uns et les autres n'ont fait qu'inciter la population à choisir entre Kabila et Bemba. Curieusement, c'est la Haute autorité des médias (HAM), l'institution officielle de régulation des médias, qui a payé un lourd tribut dans ce jeu de ping-pong entre les candidats à la course présidentielle. Ses bureaux ont été saccagés et brûlés à Kinshasa, deux jours avant les élections (le 27 juillet). "Nous aurons fait notre part du travail en essayant de ramener l'église au milieu du village. Les journalistes congolais se sont conduits en propagandistes des candidats, jetant à la poubelle tous les principes qui gèrent leur profession", a déclaré, découragé, Modeste Mutinga, président de la HAM, au cours d'une assemblée plénière extraordinaire de l'institution devant les ruines de ce qu'était, il y a peu, la Haute autorité des médias. L'église catholique était divisée jusqu'à une semaine des élections, une partie de l'épiscopat ayant appelé au boycott. Mais à trois jours des scrutins, l'église avait appelé les Congolais à aller voter massivement pour le meilleur candidat. L'édifice de la HAM, qui abrite également l'Observatoire national des droits de l'Homme, avait été incendié le même jour (27 juillet). Tous les bureaux ont été vidés de leurs contenus et le matériel informatique emporté. Afin de mettre la discipline au sein de la profession, la HAM se devait de sanctionner certains médias pour dérapage par rapport à l'éthique et à la déontologie de la profession. Certaines entreprises audiovisuelles lui en avaient tenu rigueur, et plus particulièrement les chaînes de télévision appartenant à Bemba.
En mai dernier, un producteur de programme d'une télévision privée, Zacharie Bababaswe, s'était même vu interdire, par une décision de la HAM, l'accès à tout média audiovisuel congolais pendant trois mois pour récidive et incitation de la jeunesse à la révolte. Il avait en effet initié une marche de protestation contre la mesure de la HAM en utilisant des enfants de la rue.
Cette épreuve de force entre la HAM et certaines entreprises audiovisuelles était, toutefois, considérée par certaines couches de la population congolaise, souvent non averties, comme une limitation de la liberté d'expression, et par des hommes politiques opposants, comme une tentative délibérée de la HAM de museler toute presse proche de l'opposition au profit de celle proche du chef de l'Etat. La HAM avait rejeté ces accusations, brandissant les cas des médias qui avaient été frappés par des mesures disciplinaires, notamment la chaîne privée 'Horizon 33' qui est plutôt proche du pouvoir actuel. L'Union nationale de la presse congolaise avait également dénoncé la légèreté et le manque de professionnalisme de certains journalistes. "Le problème n'est pas de sanctionner une entreprise audiovisuelle parce qu'elle appartient à tel ou à tel autre", expliquait Jacqueline Badi, représentante de la corporation au sein de la HAM, "mais de sanctionner les propos dont la charge pourrait faire déraper le processus de paix".
L'étape des élections passée, les Congolais attendent maintenant de connaître la personne qui va présider aux destinées du pays pour les cinq prochaines années. La Haute autorité des médias s'abstient de publier les tendances électorales, mais elle fixe au 31 août la date de publication des résultas de la présidentielle au cas où un candidat serait élu au premier tour. Dans ce cas, selon la CEI, le nouveau président élu entrerait alors en fonction le 10 septembre prochain. Mais, en cas de second tour prévu le 29 octobre entre les deux candidats arrivés en tête du premier tour, le président sera investi le 10 décembre. Toujours, selon la CEI, la nouvelle Assemblée nationale sera installée le 19 septembre prochain tandis que les assemblées provinciales le seront le 20 décembre. Les résultats des législatives seront publiés au fur et à mesure qu'ils seront dépouillés et vérifiés par la CEI. D'une manière générale, les partis politiques ne se plaignent pas trop des conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections. Le MLC (Mouvement de libration du Congo) de Bemba s'estime satisfait en dépit de quelques irrégularités. Le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) du président Kabila, affirme que les élections se sont déroulées dans la discipline et dans l'ordre, indiquant que seuls les hommes politiques voudraient, par mauvaise foi, en dénaturer le succès. Pour sa part, l'UDPS, qui a boycotté les scrutins, accuse la communauté internationale d'avoir organisé une élection sur mesure pour Kabila. De leur côté, les observateurs internationaux — quelque de 30.000 — déclarent que les opérations ne pouvaient mieux se dérouler dans un pays aussi vaste et sans infrastructures de communication. Selon eux, le succès revient d'abord à la CEI qui, sans vouloir s'exprimer sur les premières tendances, estime le taux de participation au vote entre 70 et 75 pour cent.

