IRAK: L'élimination de Zarqawi pourrait ne pas mettre fin à la violence

BAGDAD, 8 juin (IPS) – Les Irakiens semblent divisés au sujet de l'élimination d'Abu Musab al-Zarqawi, le leader d'al-Qaeda en Irak, de nationalité jordanienne.

Les autorités américaines et irakiennes ont déclaré qu'il avait été tué en même temps que sept alliés dans un raid aérien pendant la nuit à Baqubah, à 50 km au nord-est de Bagdad.

Les Etats-Unis avaient mis à prix la tête d'al-Zarqawi pour un montant de 25 millions de dollars, le même que pour Ousama ben Laden.

Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a indiqué aux journalistes jeudi matin (8 juin) que Zarqawi avait été "éliminé", ajoutant que "ceux qui perturbent le cours de la vie, comme al-Zarqawi, auront une fin tragique".

Les commentaires de Maliki ont été repris en écho par Fadil el-Sharra, porte-parole du leader religieux chiite Muqtada al-Sadr, qui a dirigé deux rebellions armées contre l'occupation anglo-américaine, et demande régulièrement qu'on y ette fin.

"Après cela, le terrorisme sera réduit", a déclaré Sharra à IPS. "Les terroristes savent maintenant ce qu'est leur avenir, et leur avenir est qu'ils seront simplement tués comme Zarqawi.” Selon Sharra, il est temps maintenant pour tous les Irakiens de se rallier derrière le nouveau gouvernement pour aider à rétablir la souveraineté de l'Irak. "Le terrorisme prendra fin", a-t-il prédit, "et nous aurons un Irak sans dictature, sans problème et avec stabilité".

Mais tout le monde ne partage pas cet optimisme. Quoique Zarqawi soit presque universellement vilipendé en Irak, il n'était pas une figure centrale dans l'insurrection, selon le porte-parole du groupe de religieux sunnites, l'Association des universitaires musulmans.

Mathona al-Dari, porte-parole du groupe religieux a dit à IPS : "La question n'est pas la capture de Zarqawi. Ce n'est pas lié à une personne.

C'est que l'occupation veut détruire quiconque y résiste — groupe armé tout comme groupes politiques. (Cette élimination) a pour but de dissimuler le fait que l'occupation n'est pas destinée à aider le peuple irakien".

Le père d'Al-Dari, Hartih al-Dari, est imam d'une mosquée non loin de la prison d'Abu Ghraib qui a été au centre d'une rhétorique anti-américaine.

Il a autrefois lancé une fatwa contre tout irakien aidant des soldats américains ou britanniques, et a parlé de résistance armée comme d'un devoir religieux.

L'Association des universitaires musulmans a depuis modéré cette rhétorique, a pris part aux élections irakiennes et a rejoint le nouveau gouvernement d'unité, mais Mothana al-Dari dit qu'il espère que les combats continueront malgré le changement de position de son organisation.

Al-Dari a déclaré à IPS que les politiques qui créent un ressentiment et une colère à l'encontre des Irakiens continuent — au nombre desquelles l'incarcération de plus de 15.000 Irakiens sans jugement dans des prisons américaines.

Le gouvernement irakien a annoncé cette semaine qu'il était parvenu à un accord avec Washington pour la libération d'environ 2.500 prisonniers, mais al-Dari a dit que ceci ne suffira pas pour ramener la paix.

"Leur projet est de détruire les voix qui sont contre l'occupation, qu'elles soient armées ou non armées", a indiqué al-Dari.

Al-Dari s'est également inquiété du fait que la seule raison pour laquelle les prisonniers irakiens sont en train d'être libérés est que l'armée américaine envisage d'arrêter plus de personnes — et qu'elle manque d'espace. Les militaires américains gardent en détention tellement de gens à Abu Ghraib que les prisonniers doivent être emmagasinés dehors dans des tentes dans l'enceinte de la prison.

En fait, l'armée américaine est actuellement en train de se préparer pour un assaut massif contre Ramadi, selon des indications locales. Environ 1.500 nouvelles recrues ont été amenées dans la région, qui a déjà été encerclée par des points de contrôle de l'armée américaine et des tireurs isolés.

"Nous avons de rudes journées en Irak qui mettront à l'épreuve la patience du peuple américain", a déclaré le président américain George Bush jeudi, indiquant que la mort de Zarqawi n'amènera pas un changement dans la politique américaine.

"Je veux continuer d'espérer, mais les choses que je vois montrent que l'Irak n'a aucun avenir sous l'occupation", a affirmé al-Dari. "Et sous le processus politique actuel, il y a une absence de la voix de la nation".