PEINE DE MORT: Libéré du couloir de la mort, un Botswanais raconte son histoire

MAISANE, Botswana, 9 juin (IPS) – Maokaneng Makolong a connu beaucoup de choses dans sa vie de 75 ans, mais deux événements resteront dans sa mémoire pour toujours.

Le premier s'est passé en septembre 2002 lorsqu'un juge lui a dit : "Vous serez pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive".

Makolong, un guérisseur traditionnel, quelqu'un qui a consacré sa vie à guérir et à sauver des vies, avait été reconnu coupable d'avoir mis fin à une vie.

"J'ai pensé que c'était une grosse blague lorsque j'ai entendu cela.

J'étais insensible", a-t-il déclaré dans un entretien dans son village natal à Maisane, à environ 20 kilomètres de la ville australe de Lobatse, le siège de la plus haute cour du pays, où son sort a été scellé.

L'autre événement, celui auquel Makolong préfère penser, est survenu le 25 juillet 2003 où un deuxième juge l'a libéré. Il a été acquitté en appel après avoir passé 10 mois dans le couloir de la mort.

"C'était comme un rêve lorsque les gardiens de la prison m'ont mis dans le bus et m'ont dit que je pouvais rentrer chez moi. Je ne savais pas si j'allais pouvoir retrouver ma maison", dit-il.

Durant son séjour en prison, Makolong dit qu'il aurait pu mettre fin à sa vie s'il n'était pas entre les mains des gardiens. "Je me disais qu'il aurait été préférable que Dieu m'ôte la vie que de me laisser vivre ce supplice", affirme-t-il, essayant de maîtriser ses émotions.

"Je ne dormais pas, j'ai même souffert de l'hypertension artérielle et j'ai été hospitalisé pendant deux semaines", explique-t-il. Durant son séjour à l'hôpital, des gardes armés le surveillaient 24 heures sur 24. Makolong, un homme élancé, en bonne santé, qui semble ne pas faire son âge, hésite à parler de son supplice. Il boit quelques bouteilles de (bière) Castle Lager avant de s'installer sous un arbre où nous avons causé. Nous avons été interrompus à maintes reprises par une poignée de gens qui venaient autour de nous, curieux d'entendre son histoire.

Les premiers jours à la maison ont été terribles pour lui. Il était hanté par des hallucinations et chaque fois qu'un chien aboyait la nuit, il se réveillait.

Maisane est un petit village, avec un peu plus d'un millier d'habitants.

Presque tout le monde dans le village connaît Makolong et a entendu parler de son histoire.

"J'aime les gens ici. Personne ne me critique et en tant que guérisseur traditionnel, les gens viennent ici en foules des quatre coins du pays.

Personne n'a rien dit (sur l'affaire). Tout cela s'est achevé là", dit-il.

Il a partagé sa cellule exiguë avec quatre autres détenus du couloir de la mort, dont Lehlohonolo Kobedi, un Sud-Africain noir reconnu coupable du meurtre d'un sergent de police et Douglas Simon, avec qui il avait été reconnu coupable du meurtre de George Chabe.

Chabe est mort des suites d'un empoisonnement à la malachite verte, un médicament toxique, que l'Etat accuse Makolong d'avoir fourni à Simon. Tout au long du procès Makolong a soutenu qu'il avait donné à Simon deux autres herbes traditionnelles, le Thonya et le Maleko, qui devaient être utilisées pour consolider une relation.

Chaque jour commençait mal pour les détenus du couloir de la mort; pour eux, chaque matin pouvait être le jour où ils allaient mourir. La cellule était petite et il y avait pour eux très peu de choses à faire si ce n'est de penser à une mort imminente. De temps en temps, des voix de l'extérieur se faisaient entendre, autrement leur vie était caractérisée par le silence, la prière, des cantiques, des gémissements et des plaintes.

Les choses empiraient lorsque le soleil se couchait, a-t-il indiqué. "Nous prions et nous pleurions", dit-il comme s'il confessait sa propre faiblesse.

Contrairement aux autres détenus purgeant leur peine dans la prison, les prisonniers du couloir de la mort ne manquaient jamais de nourriture. On leur apportait tout ce qu'ils voulaient, souligne-t-il. Il y avait également de l'eau chaude dans leur douche, qu'ils pouvaient utiliser aussi souvent qu'ils le désiraient.

Le 18 juillet 2003, tôt le matin, leurs pires craintes s'étaient confirmées lorsque l'un d'entre eux, Lehlohonolo Kobedi, a été conduit dans la chambre de la mort et pendu.

Ce jour-là, souligne-t-il, un nuage noir les a recouverts.

"J'ai commencé par avoir froid. Je n'avais plus d'espoir", affirme-t-il.

Une semaine après l'exécution de Kobedi, la cour a disculpé Makolong du meurtre; mais, ses autres pensionnaires du couloir de la mort n'avaient pas été aussi chanceux.

Les autres — Douglas Simon (son co-accusé), Gouwane Tsae et Joseph Makhobo — ont été pendus ensemble le 19 septembre 2003.

Ce pays enclavé d'Afrique australe a pendu 39 personnes depuis l'accession à l'indépendance en 1966. Il a une politique d'exécution rapide des prisonniers, ce qui fait que très peu de personnes restent longtemps dans le couloir de la mort. Il fait partie des 35 nations africaines qui maintiennent toujours et font usage de la peine de mort.

Avant son affaire, Makolong confesse qu'il n'a jamais pensé à la peine de mort.

"Je l'ai vue moi-même (la peine de mort)", dit-il avec beaucoup de tristesse sur tout le visage. "C'est terrible, je crois que le gouvernement doit trouver un autre moyen de punir — mais pas la pendaison".