NEW YORK, 30 juin (IPS) – Alors que la communauté internationale s'est investie dans le redressement de la Sierra Leone à travers des procès et tribunaux, les Sierra Léonais eux-mêmes comptent sur la famille et la seule force de leur volonté pour reconstruire des vies dévastées par la guerre civile du pays.
Le document primé "Le réfugié vedette" filme cette résistance de l'esprit humain dans un camp de réfugiés guinéen, où six Sierra Léonais combinent leurs talents pour soustraire leurs compagnons habitants aux chagrins du déplacement.
Comme ce qu'il a prévu pour être un bref séjour dans divers camps financés par les Nations Unies devient un séjour indéfini, le créateur de 'Réfugié vedette' Reuben Koroma déclare : "Rien ne se passe ici…Je pense que nous devrions faire quelque chose pour amuser les gens".
Koroma, parolier et chanteur principal, s'est d'abord associé au guitariste rastafari Franco Langba, qui insufflait ses paroles attendrissantes avec une cadence reggae pleine de vie. Comme les Rolling stones, le duo allait d'un camp à un autre, choisissant, en cours de route, de nouveaux membres qui étaient tout aussi inopérants dans l'exil et dans le chagrin.
“Le film suit le groupe pendant trois ans alors qu'il parcourt des camps gérés par l'ONU à travers la Guinée pour donner des concerts pour des compagnons réfugiés et, à la fin, revisiter la capitale de la Sierra Leone, Freetown, en 2003 pour tester aussi bien la paix officiellement proclamée que leur désir de rentrer au pays. Koroma dit dans le film que la "seule contribution" du groupe "est de dé-traumatiser les gens".
Le traumatisme a certainement projeté son ombre sur la Sierra Leone. En 1991, le Front révolutionnaire uni (RUF) a lancé un mouvement rebelle contre le gouvernement du pays, qui a mené à une campagne aveugle de mutilation et de viol qui n'allait prendre fin qu'en 2002. Le film raconte des histoires de survie individuelles des musiciens, qui ont, pour la plupart, fui la Sierra Leone pour la Guinée voisine au plus fort de la guerre en 1997.
Grace Ampomah, une chanteuse de renfort et petite amie de Koroma, se rappelle son choc lorsqu'elle en entendu pour la première fois des coups de feu et des explosions pendant un tour – autrement banal – à la pompe d'eau.
Alhadji Kamara, ou “Black Nature”, est un adolescent rappeur-acrobate qui imite l'artiste américain du hip-pop, Busta Rhymes. Il est arrivé en Guinée à l'âge de 11 ans après que son père a été tué dans la guerre, mais ignore ce qu'est devenue sa mère, qu'elle ne pourrait pas reconnaître, admet-il, s'il la voyait à nouveau.
Aussi bien le chanteur Arahim Kamara que le joueur d'harmonica Mohamed Bangura ont subi des amputations de leur bras gauche et main gauche, respectivement. Toutefois, Bangura, a subi beaucoup plus de punition aux mains des rebelles. Il a été témoin du meurtre de ses parents et a, par la suite, été contrait, sous la menace d'un revolver, de tuer son jeune enfant.
Koroma a pris l'initiative. Il a décidé de prendre "tous les problèmes, les souffrances des gens, et d'en faire une chanson". Sa résolution, de même que celle des membres de son groupe, rappelle la force vitale artistique qui guide le pianiste dans "l'interprétation pour sa vie" de l'histoire, “Sonny's Blues”, de James Baldwin, un auteur né à Harlem.
Le protagoniste de Baldwin observe un ensemble, dont son frère, Sonny, jouer les blues. Il sait que les blues ne sont pas nouveaux, mais écoute attentivement néanmoins : "Parce que, même si l'histoire de la manière dont nous souffrons, et la manière dont nous sommes enchantés, et comment nous pourrions avoir le dessus n'est jamais nouvelle, elle doit toujours être entendue. Il n'y a aucune autre histoire à raconter, c'est la seule lumière que nous avons eue dans toute cette obscurité".
Le documentaire représente également la musique comme un répit affectif.
Toutefois, il illustre par ailleurs le fait qu'un tel répit est temporaire et insuffisant comme une seule bouée pour les espoirs d'une personne, encore moins pour ceux de toute une nation. Arahim Kamara confesse : "La (musique) guérit mon traumatisme, parce que, lorsque je joue, je m'oublie pour un instant, et j'oublie ce qui s'est passé".
Mais dès que le groupe arrête de jouer, Kamara retourne à l'austérité de sa réalité et se demande : "Comment puis-je nourrir ma famille?". Koroma taxe, par ailleurs, de "retard économique" les mesures incitatives biaisées en jeu dans les programmes de l'ONU qui encouragent les réfugiés sierra Léonais à rentrer chez eux.
Il explique que plusieurs réfugiés aimeraient retourner en Sierra Leone, mais cite l'irrationalité du renoncement aux soins de santé, à une éducation, à la nourriture et à un logement gratuits en échange de 25.000 Leones (10 dollars US) et le transport vers un pays dans lequel ils n'ont pas vécu depuis des années, sans aucun moyen de se prendre en charge une fois qu'ils seront là-bas. Le groupe est aux prises avec ces préoccupations pour décider s'il faut retourner à Freetown pour de bon et essayer de réussir en tant que musiciens professionnels.
Alors, le film ne laisse pas un message d'émancipation, à travers la musique, prendre totalement le dessus sur la nécessité urgente des Sierra Léonais à satisfaire leurs besoins fondamentaux comme la nourriture, le logement et l'éducation. Ceci ayant été dit, la musique est, en elle-même et par elle-même, très bien. Et passant outre les circonstances peu réjouissantes qui lui ont donné naissance, la musique est gaie et contagieuse.
Le groupe a des habitants du camp qui sautillaient comme dans un ouragan dans les tentes de bâches. "Le réfugié vedette" est la réponse ouest-africaine au “Buena Vista Social Club” de Cuba — leur musique est aussi entraînante que leur documentaire.
Au fait, les réalisateurs de 'Réfugié vedette' Zach Niles et Banker White, contrairement à Ry Cooder de Buena Vista, restent muets et derrière la caméra tout au long du documentaire, une démarche qui focalise l'audience sur les musiciens sans les distraire avec une histoire de leur "découverte" par des patrons occidentaux.
Le groupe vit le proverbe krio : “If you wan wet fo san, sidon na faia”. Le dicton, traduit du mélange sierra léonais de langues locales et de l'anglais, signifie que 'si vous attendez le soleil, asseyez-vous à côté du feu — ou, pour obtenir quelque chose, vous devez souffrir d'abord'. Le proverbe correspond à la foi inébranlable des musiciens au destin et à une conviction, réitérée tout au long du film, qu'il doit y avoir un objectif ultime pour la souffrance qu'ils ont endurée.
Toutefois, une telle doctrine austère ne concorde pas avec la nature optimiste et la confiance en soi qui ne sera pas ébranlée. Peut-être qu'il vaudrait mieux dire que chaque musicien, ayant résisté aux pressions extrêmes avec le simple mépris de la volonté, a forgé un diamant en son for intérieur.
***** JOURNEE MONDIALE DES REFUGIES : Un adolescent soudanais transforme sa peine en art: (http://ipsnews.net/news.asp?idnews=33686)

