GOMA, est du Congo, 29 juin (IPS) – A l'image de toutes les localités de la République démocratique du Congo (RDC), la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à deux heures d'avion à l'est de Kinshasa, la capitale, vit dans la fièvre de la campagne électorale.
Généralement considérée comme “martyre” à cause des deux dernières guerres civiles qui s'y sont déclenchées en 1996 et 1998, en entraînant des milliers de vies humaines, de réfugiés et de déplacés intérieurs, Goma reçoit, depuis le début de la semaine, de nombreuses personnalités politiques, et spécialement des candidats aux élections législatives nationales, originaires du terroir.
La campagne électorale, qui démarre officiellement ce jeudi (29 juin), à minuit, pour prendre fin le 28 juillet, sera lancée par le président Joseph Kabila à partir de la ville de Beni, dans le nord de la province du Nord-Kivu qu'il visite pour la première fois depuis qu'il est à la tête du pays, en 2001.
Les prochaines élections présidentielles et législatives libres, les premières depuis 40 ans au Congo, prévues le 30 juillet, devraient mettre un terme à une transition politique de trois années, consécutive à une longue guerre civile dans le pays (1998-2002).
Pour les quelque 500.000 habitants de Goma et de toute la province du Nord-Kivu, le fait que le lancement officiel de la campagne électorale se passe chez eux constitue un événement sans précédent car l'histoire politique nationale récente n'a retenu du Nord-Kivu que les rébellions et leurs cohortes de morts : près de quatre millions de tués par les combats, la famine et les maladies.
"Pour une fois, Goma offre à la nation congolaise quelque chose de positif", déclare à IPS, Jeanne Rubenga, activiste des droits de la femme dans l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Umoja wa wamama wa Kivu' (UWAKI – Union des femmes du Kivu). "En octobre 1993, nous avons déploré les affrontements ethniques des territoires de Walikale et de Masisi entre la coalition des communautés Nyanga-Hunde et celles des communautés Hutu-Tutsi qui ont fait 10.000 morts au total tandis qu'en juillet 1994, nous avons subi le déferlement, sur Goma, d'environ deux millions de Hutu fuyant la guerre au Rwanda”.
En plus des problèmes communautaires et ethniques, les habitants de Goma doivent chaque matin se rassurer si aucun de la dizaine de volcans qui la surplombent n'est pas entré en éruption. La ville garde encore d'affreux stigmates de l'éruption du volcan Nyiragongo, en janvier 2002. La lave était partout et a détruit 70 pour cent de la ville.
Les habitants de Goma doivent en outre se rassurer, chaque jour, des humeurs du pays voisin, le Rwanda, qui par deux fois, en octobre 196 et en août 1998, a envoyé ses troupes envahir le territoire congolais à partir de Goma, avec le soutien de ses alliés congolais.
Chaque jour, les Congolais scrutent les hauteurs de la ville de Gisenyi, voisine de Goma, dans la crainte de voir en surgir, disent-ils, des chars de combat pour soutenir le fief politique du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie).
Mais apparemment, il y aurait plus de peur que de mal. Les élections pourront se dérouler sans beaucoup de crainte au plan sécuritaire, affirment des analystes à Goma. Les dernières déclarations du gouvernement rwandais, relatives à une réouverture probable de l'ambassade du Rwanda en RDCongo, y seraient pour beaucoup.
Les Congolais du Nord-Kivu peuvent désormais s'occuper des problèmes internes au Congo, ajoutent les analystes. Il leur faut tout de même résoudre l'énigme du général Laurent Nkunda qui vit en dissidence avec la 83ème brigade des Forces armées de la RDC (FARDC), composée uniquement de la communauté tutsi et soutenue par le gouvernement du Rwanda, selon des observateurs.
Nkunda, officiellement sous mandat d'arrêt international, circulerait librement dans les rues de Goma sans être inquiété. “La seule personne dont nous craignons des velléités de perturbations des élections ici au Nord-Kivu s'appelle Laurent Nkunda, mais nous nous étonnons que personne ne l'arrête, ni la MONUC ni les FARDC”, confie à IPS, Edo Kashala, un fonctionnaire. (La MONUC est la mission d'observation des Nations Unies au Congo).
Laurent Nkunda est ce général ex-rebelle RCD-Goma, radié de l'armée nationale congolaise pour avoir, avec un autre officier supérieur, le colonel Jules Mutebusi, investi militairement la ville de Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu, dans l'est du Congo, en mai-juin 2004. Les deux hommes s'étaient insurgés contre la 10ème région militaire du Sud-Kivu, sous prétexte que le gouvernement congolais avait décidé d'exterminer les populations tusti banyamlenge habitant la ville de Bukavu.
A la question de savoir ce que les habitants de la province du Nord-Kivu attendent des élections, bon nombre répondent que la bonne tenue des scrutins est une garantie suffisante pour une fin effective de la guerre et la réunification réelle du pays. Les acteurs politiques, toutes composantes confondues, estiment que les élections doivent d'abord se tenir afin de donner au pays des dirigeants légitimes susceptibles de rassurer les bailleurs de fonds qui pourraient plus facilement investir dans des projets de développement.
"Les bailleurs de fonds n'attendent que la fin des élections en RDC pour examiner le financement des projets de développement en souffrance", affirme à IPS, Jean-Baptiste Bahunga, candidat député national pour le compte de la Coalition des démocrates congolais, proche de l'opposition.
"Je suis convaincu que, tirant les leçons de la guerre, les Congolais du Nord-Kivu se montreront suffisamment responsables pour ne pas freiner l'élan vers les élections".
Au bord du lac Kivu, Goma aimerait voir le gaz méthane contenu dans le lac être exploité aussitôt que possible, ajoute-t-il.

