LONDRES, 15 juin (IPS) – Une série de rapports publiés dans la capitale tanzanienne Arusha a demandé une réforme des moyens de maintien de l'ordre "corrompus, violents et brutaux" dans les pays d'Afrique de l'est.
La série de cinq rapports examinant le maintien de l'ordre au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, a été publiée dans le cadre d'une table ronde de deux jours sur la police et les réformes de la police en Afrique de l'est, abritée par le 'Commonwealth Human Rights Initiative' (l'Initiative du Commonwealth pour les droits de l'Homme – CHRI) et la 'East Africa Law Society' (la Société de droit de l'Afrique de l'est).
"Les populations du Kenya, de l'Ouganda et de la Tanzanie sont en train de souffrir aux mains des forces de police qui trop souvent sont corrompues, violentes et des instruments brutaux du gouvernement", a déclaré le directeur de la CHRI, Maja Daruwala au lancement des rapports lundi. "Ce type de maintien de l'ordre est en contradiction directe avec les affirmations de démocratie faites par les gouvernements d'Afrique de l'est".
Les trois premiers rapports lancés par le délégué général de l'Union douanière de la Communauté de l'Afrique de l'est, Peter Kiguta, examinent la responsabilité de la police dans les trois pays est-africains. Chacun des rapports sur la police, la population, et la politique dans chaque pays, examine le développement des forces de l'ordre, les questions auxquelles elles sont confrontées, et étudie les cadres législatifs et politiques dans lesquels la police opère.
Deux autres rapports ont été publiés sur l'impact des budgets gouvernementaux sur le maintien de l'ordre au Kenya, et sur l'impact des budgets de l'Etat sur le maintien de l'ordre en Ouganda.
"Le maintien de l'ordre corrompu, violent et inefficace est — malheureusement — la réalité dans trop de nations africaines du Commonwealth", a déclaré à IPS, Clare Doube de la CHRI, dans un entretien par e-mail depuis Arusha. Les trois rapports nationaux, a-t-elle souligné, ont mis "un accent particulier sur le contrôle politique illégitime de la police".
Comme solution, elle a indiqué que les rapports préconisent une plus grande responsabilité. "L'impunité ne doit pas être tolérée et les policiers, à tous les niveaux, doivent être tenus pour responsables de leurs actes", a-t-elle dit.
Le maintien de l'ordre à travers les trois pays correspond à un modèle, a déclaré Doube.
"Les défaillances centrales de la police dans chacun des trois pays sont liées à leur histoire coloniale", a-t-elle souligné. "Le maintien de l'ordre du régime colonial, conçu pour maintenir les dirigeants au pouvoir continue d'exister, malgré les décennies d'indépendance et de démocratie".
Cette défaillance centrale se manifeste elle-même de plusieurs manières, a-t-elle expliqué, "dans la façon dont la police est structurée et administrée, dans les interconnexions avec l'armée, dans les relations entre l'exécutif et les responsables de la police, qui à leur tour ont un impact sur la qualité du maintien de l'ordre que nous voyons dans ces trois pays".
Ce qu'il faut, c'est de passer de ce maintien de l'ordre de ce régime vers un maintien de l'ordre démocratique – le seul type de maintien de l'ordre approprié pour une démocratie, a indiqué Doube.
"Toute avancée véritable vers une plus grande démocratisation d'un pays inclura une plus grande démocratisation de la police, comme l'un des plus importantes agences de l'Etat — et l'une des plus visibles pour les citoyens", a déclaré Doube. "Même s'il pourrait y avoir certaines améliorations positives en Afrique de l'est, l'histoire récente montre une régression par rapport aux idéaux de démocratie, aussi bien d'une manière générale que dans le maintien de l'ordre".
Dans un raid contre des médias au Kenya en mars, la police et des mercenaires ont attaqué des groupes de presse, ce qui reflétait une manipulation politique évidente de la police, a indiqué Doube.
La recherche de quatre ans a mis en lumière de multiples domaines de préoccupation, a souligné Doube. Au nombre de ceux-ci figurent: – l'interférence politique illégitime et la partialité de la police – la militarisation de la police, qui devrait rester une agence civile – la violence, la brutalité, l'usage excessif de la force et de la torture – la corruption – le secret et le manque de transparence – les ressources inadéquates et les mauvaises conditions pour la police – le manque de responsabilité et l'impunité pour les fautes.
"Le rôle de la police est de protéger la communauté", a déclaré Daruwala.
"Au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, elle protège les gouvernements". Le lancement des rapports a été une première étape très importante sur la voie de la réforme de la police en Afrique de l'est, a affirmé Daruwala.
"La région avance vers la démocratie. Les forces de l'ordre du style de vieux régime n'ont aucune place dans les nouveaux pays d'Afrique de l'est".

