NAIROBI, 16 juin (IPS) – Le gouvernement soudanais semble en train d'adopter une position très ferme sur le déploiement d'une force de maintien de paix des Nations Unies pour aider à protéger les civils au Darfour, la région occidentale du Soudan, déchirée par la guerre.
Le gouvernement avait précédemment indiqué qu'il autoriserait une mission d'évaluation dans la région afin de planifier le déploiement pour l'ONU.
Ceci est intervenu après que Khartoum a signé un accord de paix, le mois dernier, avec la principale faction du plus grand groupe rebelle au Darfour, l'Armée de libération du Soudan. Un autre groupe rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité, a refusé d'approuver l'accord.
"Nous sommes opposés à toute ingérence étrangère au Darfour. Les troupes de l'ONU compliqueront les choses plutôt que de les résoudre", a déclaré aux journalistes Elsamani Elwasila, secrétaire d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, dans la capitale kényane, mercredi.
"Nous ne voulons pas que certains nous disent ce dont nous avons besoin.
Nous savons ce qu'il nous faut", a-t-il ajouté.
Le gouvernement favorise plutôt l'expansion de la force de l'Union africaine (UA) qui est déjà sur le terrain du Darfour, estimant qu'elle a assez d'expérience pour gérer la situation là-bas — mais qu'elle manque de financement et de soutien logistique.
Il y a actuellement quelque 7.200 hommes de l'UA au Darfour. Des plans envisagent d'accroître la force à 10.000 pour lui permettre de surveiller la région, qui a à peu près la taille de la France.
Elwasila a également souligné qu'une force onusienne aurait besoin de plusieurs mois pour se déployer — l'estimation est de huit à neuf mois — tandis que les civils au Darfour avaient immédiatement besoin de protection. L'ONU devrait plutôt se focaliser sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux dans la région pauvre, a-t-il noté.
"Il n'y a aucune ressource humaine de base. Les gens boivent aux mêmes sources que les animaux; il y a un manque de routes, d'écoles et d'infrastructures médicales. C'est pour cela que nous disons que nous avons besoin de l'ONU dans toute sa capacité : l'Organisation mondiale de la santé, le HCR (Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), l'UNICEF (le Fonds des Nations Unies pour l'enfance) et autres, pour s'attaquer aux problèmes au Darfour". Toutefois, David Mozersky, une autorité de 'International Crisis Group' sur le Soudan — un groupe de réflexion basé à Bruxelles — croit qu'il y a d'autres raisons derrière la réticence de Khartoum à autoriser le déploiement des forces de l'ONU.
"Le gouvernement craint qu'une force onusienne puissante au Darfour ne conduise à l'arrestation des membres du gouvernement qui ont été mentionnés par la Cour pénale internationale (CPI) comme ayant été impliqués dans des crimes de guerre dans la région", a-t-il affirmé à IPS.
L'année dernière, la CPI a annoncé qu'elle allait commencer par enquêter sur les événements au Darfour, où le gouvernement est accusé de soutenir des milices arabes qui auraient perpétré d'importantes violations de droits de l'Homme contre un certain nombre de groupes ethniques dans la région. Le gouvernement du Soudan a plus tard mis en place une Cour pénale spéciale sur les événements au Darfour (SCCED), insistant sur le fait que ce tribunal traiterait des allégations d'abus. Cependant, un an plus tard, des organisations de défense de droits estiment que peu de choses ont été faites pour traduire en justice les auteurs présumés d'injustices.
"L'information que 'Human Rights Watch' a pu rassembler sur la première année de fonctionnement du tribunal indique qu'il n'y a aucun désir véritable de la part des autorités soudanaises de veiller à ce les auteurs des atrocités au Darfour soient entendus par la SCCED dans le cadre des poursuites", affirme un rapport publié la semaine dernière par le groupe de défense de droits basé à New York.
Selon le rapport, 13 affaires seulement ont été entendues par la SCCED à ce jour. En outre, ces affaires n'impliquent que des "crimes ordinaires, comme le vol, la possession d'objets volés ou des meurtres individuels n'ayant aucun lien avec des attaques plus importantes".
Le conflit du Darfour, qui a commencé au début de 2003, a fait des dizaines de milliers de morts et sorti de leurs maisons plus de deux millions de personnes, selon des statistiques de l'ONU.
La violence a commencé lorsque le Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l'égalité ont pris les armes pour protester contre la négligence présumée de la région par le gouvernement. Les autorités ont réagi en ciblant les groupes ethniques Fur, Masalit et Zaghawa (perçus comme soutenant les rebelles), en partie à travers les activités des milices arabes connues sous le nom de "janjaweed" — ou "cavaliers". Les arabes nomades et des groupes ethniques sédentaires au Darfour sont également en désaccord sur le contrôle des terres.
Des responsables américains ont qualifié les attaques contre les groupes de génocide.
Les abus au Darfour incluraient un viol répandu, et la destruction de villages.
"Aucun responsable n'a été inculpé sur la base de sa responsabilité, dans le commandement, pour ces crimes, même si les crimes comme plusieurs auteurs ont été nommés et sont bien connus au Soudan et par la communauté internationale", note Human Rights Watch.
Toutefois, Elwasila affirme qu'il n'existe aucune chose comme les janjaweed.
"C'est un jargon utilisé seulement par certaines personnes…Nous avons ouvert le pays aux gens pour qu'ils voient s'il y avait un quelconque janjaweed et personne n'a ouvert sa bouche pour parler de janjaweed, à part quelques ONG (organisations non gouvernementales)", a-t-il indiqué à Nairobi.

