YAOUNDE, 15 juin (IPS) – En prélude aux travaux de son Assemblée générale prévue du 21 au 25 juin, à Glasgow, en Ecosse, CIVICUS — une alliance mondiale pour la participation des citoyens — et 10 autres organisations caritatives ont uni leurs forces pour lancer une Charte de responsabilité.
La charte détermine des critères de transparence et de responsabilité éthique dans les activités d'information, de collecte de fonds et de campagne d'opinion en vue d'une norme mondiale dans la gouvernance de la société civile.
“(C'est) une initiative d'importance pouvant amener non seulement les organismes caritatifs signataires, mais aussi d'autres organisations non gouvernementales (ONG) à une plus grande responsabilité sociale, en termes de transparence et de comportement éthique”, explique à IPS, Marie Ngouanfo, présidente de l'Association pour un développement équitable — une ONG basée à Yaoundé, la capitale du Cameroun, un pays d'Afrique centrale.
“Les ONG exercent une grande influence sur l'opinion publique et sur les politiques gouvernementales des Etats africains”, affirme-t-elle.
Et dans le contexte actuel de la mondialisation, des ONG foisonnent en Afrique, mais la plupart se soucieraient peu de la transparence et du devoir de responsabilité, estiment des analystes. Certaines ONG, indiquent-t-ils, sont plus que des “sociétés mixtes” à but lucratif parce qu'elles se comportent comme des entreprises commerciales qui font du profit au lieu de l'humanitaire.
“Il s'avère que le rôle croissant des ONG sur le développement de nos sociétés, la confiance qu'elles inspirent auprès des populations ces dernières années, sont tels que celles-ci (les ONG) devraient se soumettre à un code de conduite”, déclare à IPS, Mathurin Nna, professeur de sciences politiques à l'Université de Ngaoundéré, dans le nord du Cameroun.
“Dans leur rôle de défenseurs de la démocratie, des droits de l'Homme et de développement durable, principes qui constituent les piliers de la bonne gouvernance, c'est logiquement vers elles que se fonde l'espoir de nos peuples qui sont en contact quotidien avec ces ONG et leurs réalisations”, ajoute Nna. “Pour cette raison, elles se doivent d'être transparentes dans toutes leurs actions envers les peuples qu'elles servent, et pour elles-mêmes”.
Quelques ONG ont pris d'importantes dispositions, ces dernières années, pour améliorer leur gouvernance. Mais d'autres mesures concrètes sont requises pour rehausser les perspectives d'avenir du développement durable afin de relever le défi de la gestion interne qui leur est souvent reprochée.
Des ONG sont, par exemple, souvent citées dans des affaires de corruption, et accusées de manque de transparence dans leur budget. Selon certaines accusations formulées dans des médias, les organisations de la société civile excelleraient dans la dénonciation, alors même qu'elles ne sont pas des modèles de bonne gouvernance.
“Les ONG sont-elles aussi transparentes qu'elles ne le proclament?”, demande Nicole Elouga, une avocate résidant à Yaoundé, affirmant que “Beaucoup d'ONG sont généralement citées dans des cas de pratique de corruption”.
Elle a parlé notamment du cas d'une ONG internationale, sans la nommer, qui avait été citée dans une affaire de pots-de-vin versés aux douaniers camerounais lors de l'importation de ses véhicules, en 2005.
“Au Cameroun par exemple, plusieurs centaines d'ONG opèrent dans différents secteurs”, explique à IPS, Paul Zemdjio, coordinateur de 'Equal Opportunity for All', une ONG basée à Yaoundé. “Mais seule une dizaine d'entre elles et des projets d'églises se sont doté, il y a à peu près sept ans, d'un code de conduite, pour promouvoir, en leur sein et autour d'eux, la transparence”.
En mars 1999, un atelier avait réuni, près de Yaoundé, des représentants des ONG, d'églises et d'œuvres d'églises pour une réflexion centrée sur la lutte contre la corruption. A l'issue de la rencontre, un code de conduite avait été adopté et devait devenir, pour chaque organisation participante, un outil important de lutte contre la corruption.
“A cette époque-là (1999)”, souligne Zemdjio, “la corruption était devenue le cancer de la société camerounaise. Elle gangrenait toutes les couches de la société, y compris les ONG elles-mêmes”.
Le code a un caractère contraignant pour les ONG signataires et prévoit qu'elles adaptent leurs structures et leurs règles de procédure à ses dispositions : le refus de la corruption; le droit de dénoncer la corruption et d'y résister; la séparation de leurs organes de direction, d'exécution et de contrôle, qui doivent être indépendants les uns des autres; la transparence dans la gestion financière; la limitation des mandats. Environ 23 ONG respectent le code, selon Zemdjio.
“Conscientes de l'espérance que les populations placent en nous (ONG), de par notre rôle et responsabilité au sein de la société, nous avions décidé d'œuvrer pour la lutte contre la corruption et pour la promotion de la transparence”, se souvient Martine Mbateck, membre du Centre régional d'appui et de développement des initiatives féminines, une ONG basée à Mbalmayo, une ville située au sud de Yaoundé.
Mbateck affirme que “pour montrer patte blanche, nous nous sommes engagés à promouvoir la transparence dans la gestion financière, en introduisant le système de double signature, la publication des comptes, l'adoption des codes de procédure, un audit externe et indépendant des comptes”.
Mais, il semble que beaucoup de questions de gouvernance sont encore considérées comme des sujets tabous aussi bien au Cameroun que dans beaucoup d'autres pays africains.
Toutefois, indique Zemdjio à IPS, “avec la vague de démocratisation qui, dans beaucoup de pays, a remplacé des régimes militaires et de partis uniques par des systèmes pluralistes et a augmenté l'influence des organisations civiles, ces questions peuvent à présent être débattues plus librement”.
Dans le contexte de la mondialisation, la transparence devient une préoccupation de la société civile dans la perspective de la mise en place des stratégies régionales de promotion de la bonne gouvernance.
“Comment réduire la pauvreté et garantir la croissance en Afrique sans la bonne gouvernance, tant il y a un lien organique entre cette notion et le développement?”, demande à IPS, Jacqueline Ndé, membre de la Coalition internationale de la campagne “Publiez ce que vous payez”.
Lancée en décembre 2005 au Cameroun, cette campagne de la société civile des Etats d'Afrique occidentale et centrale vise à élaborer une stratégie de la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance des revenus des ressources naturelles. Elle est coordonnée, en Afrique, par le 'Catholic Relief Service', à Yaoundé.
Selon Ndé, l'Initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE), promise par la communauté internationale, est un exemple édifiant de gouvernance. “Mais jusqu'ici”, dit-elle, agacée, “l'ITIE a encore du mal à se mettre en œuvre dans nos pays en dépit de leur adhésion aux différents principes”.
Lancée en septembre 2002 à Johannesburg, l'ITIE consiste en la publication, par les Etats et les compagnies pétrolières et minières, des revenus tirés de l'exploitation des industries extractives, ainsi que l'usage qui en est fait au titre de la lutte contre la pauvreté.
Au moins une ONG — l'Antenne Afrique centrale basée à Yaoundé – de 'Advisory Network for African Information Society', sera représentée à Glasgow.

