DROITS: ''La guerre contre la terreur envoie des gens dans les mains desterroristes''

JOHANNESBURG, 14 juin (IPS) – La répression politique et la guerre contre le terrorisme devraient faire partie des questions débattues à l'Assemblée mondiale de CIVICUS de cinq jours – qui commence dans la ville écossaise de Glasgow le 21 juin.

"Nous nous focaliserons sur des activistes de la société civile qui sont en prison. Nous croyons qu'il y en a plusieurs centaines de par le monde.

Nous mettrons l'accent sur 14 d'entre eux", a déclaré à IPS, Kumi Naidoo, secrétaire général de CIVICUS, le jeudi (8 juin). "Nous allons également examiner la guerre contre le terrorisme et comment elle est en train de saper l'espace démocratique…La guerre contre la terreur est en train de saper les principes de la démocratie en soumettant (les gens) aux détentions et en les mettant en vue", a-t-il dit.

"La guerre contre la terreur est en train d'envoyer les gens dans les mains des terroristes".

Le président américain George Bush a déclaré la guerre contre le terrorisme après les attentats à la bombe à New York et Washington en septembre 2001 par des agents de 'al Qaeda'. Des groupes de défense des droits de l'Homme comme Amnesty International croient que depuis lors, des centaines de suspects ont été arrêtés, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.

Près de 1.200 délégués devraient prendre part à la rencontre de Glasgow, dont quelque 200 d'Afrique. Le thème de la conférence est 'Agir ensemble pour un monde juste' — le même thème que CIVICUS a adopté pour sa dernière Assemblée mondiale, organisée au Botswana en 2004.

"Après le Botswana, le conseil d'administration du CIVICUS a senti que nous devrions garder ce thème. Ce n'est pas lié au temps", a expliqué Naidoo.

Toutefois, un changement va intervenir sous la forme d'un programme remanié pour l'assemblée, qui se tiendra maintenant chaque année au lieu de tous les deux ans.

CIVICUS est une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg qui cherche à garantir le droit des citoyens à avoir leur mot à dire dans les affaires de leurs pays — que cela concerne la politique, l'économie ou la culture. (Le mot 'civicus' est un terme latin pour dire "de la ville" ou "de la communauté").

Des représentants des groupes de la société civile interrogés par IPS espèrent également que des questions comme la pandémie du SIDA, la pauvreté et la corruption seront débattues à fond à l'Assemblée mondiale.

"La pauvreté est une menace pour le développement; elle affecte beaucoup de choses. Par exemple, si vous avez la pauvreté dans le pays…cela engendre d'autres choses comme le crime et l'agitation sociale", a déclaré Barbara Kalima-Phiri, chargée de programme du 'Southern African Regional Poverty Network' (Réseau régional contre la pauvreté en Afrique australe), basé à Pretoria.

Plus de 300 millions de personnes vivent avec moins d'un dollar par jour en Afrique, a-t-elle ajouté.

Pour Peter Kagwanja, directeur du Projet Afrique australe d'International Crisis Group — un groupe de réflexion basé à Bruxelles — la question de la sécurité requiert une attention.

"La paix et la sécurité sont des conditions indispensables pour le développement. Elles sont des conditions nécessaires pour la renaissance du continent", a-t-il dit à IPS.

Plusieurs pays africains sont actuellement paralysés par des conflits, au nombre desquels la Somalie, le Soudan, la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire et le Tchad.

Et, les germes d'une violence future risquent d'être semés dans d'autres.

"Il n'y a aucun conflit actif en Afrique australe. Mais nous avons des cas de mauvaise gouvernance comme le Zimbabwe, qui réunit des risques d'un conflit", a déclaré Kagwanja.

"Nous avons l'Angola, qui est sorti de la guerre mais qui ne s'est pas encore totalement remis : sa stabilité est en question. Vous avez besoin d'élections et de démocratie pour la soutenir. Vous avez également besoin de développement…" Kagwanja a exhorté la société civile à aider à maintenir la paix en Afrique australe.

Mais Margaret Legum, directrice du 'South African New Economics Network', une ONG basée au Cap, lance un avertissement à propos de l'efficacité ultime de la société civile.

"Les sociétés civiles soutiennent les égalités et des sociétés décentes, mais il leur est difficile d'influencer les gouvernements. Les sociétés civiles sont financièrement faibles comparées au secteur des entreprises", a-t-elle dit à IPS.

"La chose qui me déprime le plus est que les gouvernements sont impuissants en face des secteurs des entreprises, qui sont capables de faire transférer leur argent à travers le monde", a noté Legum. "Tous les gouvernements ont peur des grosses entreprises. Ils craignent que les grandes entreprises ne retirent leur argent".

Mais, "les gouvernements devraient devenir courageux. Ils devraient voter des lois pour empêcher les grandes entreprises de retirer l'argent du pays", a-t-elle ajouté.

Un point culminant de la conférence de Glasgow sera le lancement d'une charte et de codes de responsabilité d'une ONG. Onze ONG, dont Oxfam et Transparency International, prendront part à l'événement.

"Nous dirons que ces choses constituent la norme par laquelle le public devrait nous juger", a indiqué Naidoo.