POLITIQUE-SOMALIE: Un peu de fermeté en douceur pour des leaders de faction

NAIROBI, 13 juin (IPS) – Ces dernières semaines ont vu les autorités kényanes prendre une interdiction de voyager à l'encontre des dirigeants de faction somaliennes et de leurs associés, et l'arrestation ultérieure de l'un de ces leaders — Abdul Rashid Hussein Shiry — dans la capitale du Kenya.

Shiry appartient à une alliance vaincue par les milices islamiques au cours de récents combats dans la capitale somalienne, Mogadiscio; il a été arrêté le 7 juin par la police et des autorités en charge de l'immigration dans un hôtel à Nairobi.

Une déclaration du gouvernement a noté que le Kenya ne permettrait plus que son territoire soit utilisé par des personnes qui "déstabilisent" les efforts visant à ramener la paix en Somalie, un voisin du Kenya au nord-est. Les leaders de faction ont une relation étroite avec le Kenya, où ils dirigeraient une multitude d'entreprises. Ils ont été au centre de l'anarchie qui a prévalu en Somalie depuis la chute du gouvernement de Mohammad Siad Barre en 1991.

Le Kenya a abrité les pourparlers de paix qui ont débouché sur la formation d'une administration de transition pour la Somalie à la fin de 2004. Les discussions avaient démarré en 2002. Toutefois, le gouvernement intérimaire jouit de peu de soutien en Somalie.

Conduit par le président Abdullahi Yusuf, il opère de Baidoa dans la partie sud-centre du pays, puisqu'une insécurité persistante à Mogadiscio a empêché les députés d'y installer leur siège.

Au cours de ces derniers mois, la capitale a été plongée dans de violents combats entre des leaders de faction (dont quatre ministres du gouvernement) de l'Alliance pour la restauration de la paix et la lutte contre le terrorisme, et la Milice islamique alliée aux tribunaux islamiques.

La violence a fait plus de 300 morts ces dernières semaines, tandis que 1.500 personnes ont été blessées et 17.000 déplacées, selon les Nations Unies.

La prise de Mogadiscio a amené des habitants de Jowhar, à environ 90 kilomètres au nord-ouest, à commencer par fuir cette région — un bastion des leaders de faction. Ils craignaient un autre conflit entre les milices islamiques et les leaders de faction pour le contrôle de la ville.

Des affrontements ont commencé lorsque l'alliance opposée aux tribunaux islamiques s'est installée à Mogadiscio pour instaurer une certaine forme d'ordre. Les tribunaux avaient des liens avec des agents de al Qaeda.

Au début de la semaine dernière, des miliciens islamiques ont repris Mogadiscio, sous le contrôle des leaders de faction depuis la chute du dernier gouvernement de Somalie il y a 15 ans.

La position ferme adoptée par Nairobi a été reprise en écho dans des opinions exprimées par Bethwel Kiplagat, le médiateur en chef des négociations de paix.

"Les seigneurs de guerre ont violé la nouvelle charte, qui décrète un cessez-le-feu, et ont décidé de lancer une campagne pour attaquer le groupe islamique sans l'approbation ou le soutien du gouvernement avec lequel ils sont supposés marcher", a déclaré Kiplagat à IPS.

"Ils ont par ailleurs accepté l'assistance financière d'une puissance étrangère pour acheter des armes et créer des problèmes dans leur pays.

L'acceptation d'un financement étranger pour acheter des armes a été faite, en outre, sans l'approbation de leur gouvernement et semble par conséquent avoir ébranlé le gouvernement".

L'alliance serait financée par les Etats-Unis comme une partie de leur guerre contre le terrorisme.

Toutefois, des observateurs politiques préviennent qu'une quelconque intervention américaine en Somalie pourrait compliquer les efforts pour ramener la sécurité dans le pays assiégé.

"C'est malheureux que les Américains soient en train de soutenir et de donner de l'argent aux mauvaises personnes, qui ont maintenu la Somalie dans cet état d'anarchie pendant ces 15 dernières années", a dit à IPS, Ashara Awadh, un député somalien, à Nairobi.

Une précédente implication américaine en Somalie a débouché sur un désastre lorsque 18 soldats américains avaient été tués dans des affrontements avec des miliciens somaliens à Mogadiscio — en 1993, lorsque des forces américaines dirigeaient une mission de maintien de paix de l'ONU dans le pays.

Les Etats-Unis faisaient également partie des principaux partisans d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui avait décrété un embargo sur la fourniture d'armes à la Somalie en 1992 — au détriment des leaders de faction. Toutefois, les Etats-Unis sont maintenant accusés d'apporter leur soutien aux leaders.

En vue de pacifier Mogadiscio, le gouvernement somalien a commencé par négocier avec la direction des tribunaux islamiques.