COMMUNICATION-AFRIQUE: Changement du profil des utilisateurs de l'Internet.

JOHANNESBUR, 11 juin (IPS) – Lorsque le continent s'est connecté
pour la
première fois à l'Internet il y a quelques années, les
intellectuels, les
riches et essentiellement les hommes ont été les premiers à avoir
accès à
la nouvelle technologie de l'information.

Le profil des utilisateurs de l'Internet en Afrique n'a pas
beaucoup changé,
et les experts africains de l'information avancent que la nouvelle
bataille
consiste à mettre la nouvelle technologie de l'information à la
disposition
des pauvres.
Jusqu'à présent, plus de 47 pays sont entièrement connectés à
l'Internet.
"La vitesse avec laquelle nous sommes allés dans cette direction
a été
dictée par la disponibilité du matériel (les ordinateurs), des
téléphones,
du niveau des connaissances en informatique et de la
législation", déclare
Fred Bukachi de Satellite Healthnet à Nairobi (Kenya).
Bien qu'il y ait eu une augmentation des utilisateurs du
téléphone, du fax,
de la messagerie électronique et de l'Internet en Afrique, les
experts
estiment qu'il faut encore un changement de comportement vis-à-vis
du
partage et de l'échange des informations.
Les Africains sont tous habitués aux situations où lorsqu'un
nouvel
ordinateur atterrit dans un bureau, l'accès est limité à un nombre
restreint
des membres du personnel.
Une conférence de trois jours organisée du 2 au 4 juin par la
Commission
économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) à Addis-Abeba en
Ethiopie,
a examiné, entre autres, la façon dont les pays peuvent assurer
une
connectivité mondiale rentable, accessible aux pauvres, notamment
aux femmes
qui représentent la majorité des exclus.
"Il y a une grande coïncidence entre les 75 pour cent de la
population du
monde n'ayant accès aux téléphones sous aucune forme et les trois
milliards
de gens vivant de moins de deux dollars par jour", a affirmé
James Bond de
la Banque mondiale lors de la conférence.
"Les nouvelles technologies rentables telles que les circuits
locaux sans
fil et les centres d'information communautaires peuvent amener des
informations, des contacts et de nouvelles opportunités d'emplois
aux
pauvres, a-t-il ajouté.
Pour relever le défi que constitue la mise à la disposition des
pauvres de
la technologie de l'information, le continent doit augmenter son
taux de
connectivité de cinq lignes pour 1000 personnes à au moins cinq
lignes pour
100 personnes.
"La Chine a pu le faire. La Chine a aujourd'hui une couverture de
huit
lignes pour cent personnes, alors qu'il y a quelques années
seulement
qu'elle a dépassé le niveau de l'Afrique. Le taux de couverture de
la Chine
quadruple tous les dix ans", a démontré Bond.
"La technologie de l'information connaît un progrès rapide ; en
effet, nous
avons fait un long chemin en très peu de temps", a indiqué K. Y.
Amoako,
secrétaire général de la CEA. "Cependant, la participation de
l'Afrique à
la communauté mondiale demeure insignifiante".
Hormis l'Afrique du sud, une seule personne sur 10.000 a accès à
l'Internet
sur le continent. Les pays du Nord demeurent les grands fabricants
du
contenu de l'Internet, alors que l'Afrique n'en est qu'une
consommatrice.
En 1995, lors du symposium régional tenu dans la capitale
éthiopienne sur le
rôle de la télématique dans le développement africain, les
décideurs
africains ont d'abord souligné l'importance de la construction de
la
structure africaine de l'information comme un moyen de
développement. A ce
moment-là, seulement quatre pays étaient entièrement connectés sur
l'Internet.
Tous les 53 pays membres de la CEA ont approuvé en 1996
l'Initiative de la
création de la Société africaine de l'Information (AISI). Il
s'agit d'un
plan d'action destiné à réaliser la connectivité et à développer
l'infrastructure nationale de l'information dans la région.
Amoako pense que l'Afrique doit dire clairement ce qu'elle veut et
faire
connaître clairement ses désirs à tout le monde, car selon un
vieil adage,
"celui qui oublie le but de son voyage n'arrive jamais à
destination".
De l'avis des spécialistes de l'information, ce qu'il faut pour
changer le
profil des utilisateurs africains de l'Internet c'est une
meilleure
infrastructure, la réduction du contrôle et de la censure de
l'Etat, des
approches novatrices de l'éducation pour atteindre la majorité des
gens et
assurer que les jeunes sont à la pointe de ces technologies.
Marie-Hélène Mottin-Sylla de l'équipe d'ENDA (Sénégal) chargée de
la
synergie, du genre et du développement, a déclaré que les femmes
africaines
ont été marginalisées parce que la technologie ne leur a pas été
présentée
d'une façon sympathique.
"Les femmes ne font pas partie de ces technologies de
l'information parce
qu'elles ne sont pas instruites. Elles représentent la majorité
des pauvres
et elles n'ont pas d'argent pour acheter des ordinateurs. C'est un
problème
relatif à la condition sociale des femmes", a-t-elle expliqué
avant de
démontrer que souvent les programmes et les autres informations
"ne sont
pas digestibles car ils sont en anglais".
Les attitudes doivent aussi changer. Pour le moment, les gens
considèrent
les ordinateurs simplement comme des équipements de bureau. "Même
ceux qui
ont accès à la technologie n'arrivent pas à les utiliser, à moins
que nous
ne les formions et les reformions plusieurs fois", a signalé
Fatima Bhyat
du réseau des organisations non gouvernementales de l'Afrique
australe
(Sangonet).
Cependant, Bhyat est optimiste quant à l'avenir des populations
rurales
pauvres. Elle a raconté l'expérience d'Elan Hospital dans un bled
de
l'Afrique du sud, où l'électricité n'est disponible que pendant
certaines
heures de la journée. Il y a un téléphone équipé d'un remontoir.
Etant donné ces contraintes, les habitants du bled sont accrochés
à
l'Internet et ont pu trouver des solutions pour empêcher les
singes de
détruire leurs plantations de tomates.