AFRIQUE: Un optimisme prudent renaît

BERLIN, 1 juin (IPS) – L'Afrique a fini par être associée aux conflits, aux troubles politiques, à la famine et à la maladie. Un nouveau rapport indique qu'il y a tout lieu d'être optimiste au sujet du deuxième plus grand continent du monde.

Mais le message optimiste est accompagné de mots de prudence de deux économistes du développement de renom : Louka Katseli, directeur du Centre de développement de l'OCDE à Paris et Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD) à Tunis.

Un message prudemment optimiste vient également sur le front des droits de l'Homme, accompagné par de nombreux avertissements aussi bien sur les droits que sur le développement. "Alors que les perspectives pour une grande partie de l'Afrique sont plus favorables qu'elles ne l'ont été ces derniers temps, la sécurité humaine continue d'être très affectée par des structures de gouvernance fragiles, des conflits et la vulnérabilité qui accompagne l'extrême pauvreté", ont écrit Katseli et Kaberuka dans la préface de la dernière 'African Economic Outlook' (Perspectives économiques de l'Afrique – AEO).

C'est la cinquième d'une série de Perspectives annuelles publiées par le Centre de développement de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Le Centre de développement est une interface entre les pays membres de l'OCDE et les économies émergeantes et en développement.

L'étude offre un panorama comparatif de l'évolution économique, politique et sociale de 30 économies africaines de 2005 à 2007, couvrant 87 pour cent de la population et 90 pour cent des revenus du continent. Elle a été publiée le 16 mai à Paris.

Le manque de liberté – du fait de la misère – et d'opportunités pour satisfaire les besoins fondamentaux de l'Homme amène Katseli et Kaberuka à conclure : "Pour la plupart des pays africains, les chances d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement restent un défi".

Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), convenus au Sommet des Nations Unies en 2000, font obligation à la communauté internationale d'éradiquer l'extrême pauvreté et la faim, d'assurer l'éducation primaire pour tous, et de promouvoir l'égalité de genre et l'autonomisation des femmes.

L'objectif est également de réduire la mortalité infantile, d'améliorer la santé des jeunes mères, de combattre le VIH/SIDA, le paludisme et autres maladies, d'assurer un environnement durable, et de mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

Il y a un sentiment croissant selon lequel à moins d'un gros effort, les OMD ne seront simplement pas atteints d'ici à 2015. "Progresser signifie s'attaquer à l'essentiel, comme la famine, qui a affecté quelque 28 pour cent de la population en 2000-2002, et combattre des maladies comme le SIDA, la tuberculose et le paludisme", affirme un autre économiste du développement, Rory J. Clarke dans un article pour 'l'OCED Observer', un magazine et un service en ligne. Au même moment, des conflits et des désastres naturels dans des pays comme le Soudan, le Zimbabwe, l'Ethiopie et le Nigeria continuent de freiner la croissance économique en plus du fait qu'ils créent des désastres humanitaires.

Malgré ces conflits, l'Initiative du Commonwealth sur les droits de l'Homme voit au moins une amélioration partielle dans la situation des droits humains.

"Bien qu'il soit regrettable que la situation des droits de l'Homme dans une grande partie de l'Afrique soit en train de s'aggraver — des reportages quotidiens venant du Zimbabwe qui font particulièrement réfléchir à la lecture — un tableau exclusivement pessimiste donnerait une image injuste", a déclaré à IPS, Aditi Dutta de l'Initiative du Commonwealth sur les droits de l'Homme, à Londres.

"La force et l'activisme d'une bonne partie de la société civile, par exemple, ne peuvent être vus que comme édifiants. Que tant de gens — qu'ils soient syndicalistes, leaders religieux, travailleurs d'ONG, journalistes ou des mamans et des papas ordinaires — désirent risquer tant dans leur recherche d'une meilleure gouvernance, de l'accès à la justice et aux droits de l'Homme, reflète la passion, l'engagement et le pouvoir du peuple à travers le continent".

Ce n'est pas seulement à ce niveau local de l'activisme qu'il y a des changements positifs, mais également à certains niveaux nationaux, a indiqué Dutta. "Ceci inclut les pays qui reconnaissent peu à peu l'importance d'une gouvernance ouverte, comme on le voit par l'intérêt croissant pour des lois sur le droit à l'information".

Dutta a reconnu que ceci est également accompagné par d'autres pas vers le secret dans d'autres pays. "Mais qu'un pays comme l'Ouganda ait voté récemment une loi sur le droit à l'information et que d'autres aient des projets de loi, est un développement positif".

La situation des personnes et de la gouvernance est en train d'être étayée par l'amélioration économique. Plusieurs pays africains ont amélioré leur performance économique en 2005 en enregistrant une croissance globale de cinq pour cent, avec un revenu par tête d'habitant de trois pour cent et une inflation fixe de moins de 10 pour cent – notamment à cause d'une augmentation notable dans l'Aide publique au développement (APD) et de l'effacement de la dette.

Le rapport de l'OCDE souligne que l'Afrique est le plus grand receveur d'APD. En 2003 (année pour laquelle la Commission de l'aide au développement du club de donateurs fort de 30 membres a des statistiques fiables), l'Afrique a reçu 26,3 milliards de dollars — le plus gros montant allant à une seule région — de la cagnotte mondiale de 77,45 milliards de dollars.

La mobilisation pour des réformes, un soutien croissant de la communauté internationale qui a atteint une pointe avec la Commission de l'Afrique créée par le gouvernement britannique, et le Sommet du G8 de Gleneagles, de l'année dernière, ont également joué un rôle dans la hausse de l'optimisme.

Il y a également d'autres raisons. Les pays CFA (Communauté financière africaine), à peu près une douzaine de pays francophones dont le franc est lié à l'euro, ont profité d'une inflation faible dans le monde entier et d'un amortissement des effets des prix plus élevés des matières premières — libellés en dollars.

Ceux qui ont des taux de change fluctuants ont également eu de bons résultats, récoltant les bénéfices des politiques monétaires généralement prudentes et d'un dollar plus faible. Même en Afrique australe, où l'inflation est restée à deux chiffres, les augmentations de prix ont ralenti et sont tombées à environ 11 pour cent, de 16 pour cent l'année précédente, bien que le Zimbabwe et l'Angola soient restés au-dessus de 20 pour cent.

Avec cette toile de fond, un document 'd'aperçu de politique générale' envoyé sur Internet par le Centre de développement de l'OCDE va jusqu'à conclure : "Les progrès économiques de l'Afrique semblent maintenant être bien établis". Cependant, dans les secondes qui suivent, certains 'si' et 'mais' sont rajoutés à cette déclaration affirmative.

Le document avertit : "Si le beau temps de 2005 se poursuit, en même temps que les prix mondiaux des matières premières, l'amélioration pourrait continuer en 2006 et 2007. Mais si les prix du pétrole restent élevés, la menace pour les pays importateurs de pétrole du continent ne devrait pas être sous-estimée".

Ceci parce que même si les contrôles de prix et les subventions ont protégé les consommateurs contre les effets globaux des augmentations du prix du pétrole, des prix du pétrole plus élevés ont toujours été douloureux pour les pays importateurs nets de pétrole.

L'AEO estime leur déficit commercial moyen à plus de 5,6 pour cent du Produit intérieur brut (PIB). "Les prix du pétrole sans cesse croissants — qui semblent de plus en plus probables — sont un grand risque à moyen terme pour les importateurs de pétrole du continent et mettent sérieusement en danger leurs efforts de stabilité macroéconomique à travers le principal problème du financement et de la durabilité des déficits commerciaux", préviennent les auteurs de l'aperçu de politique générale 'Un continent à deux vitesses?' Cela rend également la réduction de la pauvreté beaucoup plus difficile en réduisant la marge de manœuvre financière des gouvernements et en menaçant de favoriser une progression de la pauvreté, affirment-ils.