KINHSASA, 11 mai (IPS) – Le débarquement à Kinshasa et Kisangani, mardi, des premiers équipements électoraux, a constitué un événement rassurant pour les Congolais dans le processus électoral en République démocratique du Congo (RDC).
Fabriqués en Afrique du Sud, ces équipements comprennent des urnes, des isoloirs, des bulletins de vote et autres matériels devant être utilisés dans les opérations électorales prévues du 30 juillet prochain, la dernière date officielle retenue à la fin-avril. L'événement est d'une importance psychologique certaine en ces moments où des doutes sont encore exprimés sur la tenue effective des élections en RDC, estiment des analystes à Kinshasa, la capitale congolaise. La Commission électorale indépendante (CEI) a été l'objet, ces derniers temps, de soupçons et de méfiance de la part de certains politiciens congolais qui l'accusent de vouloir manipuler les élections en faveur des tenants actuel du pouvoir. La CEI a donc tenu à faire le plus de publicité possible sur la présence de ces équipements électoraux sur le territoire congolais pour calmer les esprits, ajoutent les analystes. La presse nationale et internationale a été conviée à couvrir la réception des matériels électoraux. La télévision nationale congolaise a été spécialement mise à contribution pour retransmettre en direct le débarquement des équipements de façon, selon la CEI, à rassurer tous les Congolais, de Kinshasa comme des provinces, par rapport à la tenue effective et prochaine des élections. La CEI a réussi apparemment son opération marketing, à entendre les réactions positives de la population dans la capitale. “Enfin, nous sentons vraiment atteindre la fin de la pénible transition politique avec l'arrivée des kits électoraux”, racontent souvent des Congolais dans les rues de Kinshasa. Ou encore : “Les politiciens doivent laisser la CEI travailler car les urnes sont là”. Un scénario analogue a eu lieu à Kisangani, la capitale de la province Orientale, dans l'est du pays, où un autre gros porteur sud-africain a débarqué les mêmes types d'équipements. De Kisangani, ces matériels pourront être acheminés plus facilement dans les différentes circonscriptions électorales de l'est de la RDC. Pour Norbert Basengezi, le deuxième vice-président de la CEI, “l'arrivée de ces matériels constitue un signal fort lancé à l'endroit de tous ceux qui, sceptiques et par une mauvaise foi manifeste, ne cessent de vouer aux gémonies le travail abattu par la CEI, en dépit du retard mis dans l'organisation matérielle des scrutins”. Ces réactions sont consécutives à des prises de position de certains acteurs politiques dont 11 candidats à la présidence de la République, parmi les 33 retenus. Les 11 candidats vont même jusqu'à exiger la démission de l'abbé Apollinaire Malumalu de la présidence de la CEI pour avoir, disent-ils, "unilatéralement arrêté la date des élections". “Nous constatons malheureusement que la Commission électorale indépendante s'est arrogé le droit de proroger la transition au-delà du 30 juin 2006 sans qu'il y ait des négociations entre composantes politiques. Nous condamnons cette manière cavalière de mener les choses en République démocratique du Congo”, a déclaré Roger Lumbala, leader du Rassemblement congolais pour la démocratie des nationalistes. Cependant, c'est la Conférence épiscopale du Congo (CENCO), à travers son président, Monseigneur Laurent Monsengwo qui avait, la première, dénoncé ce quelle a taxé “d'unilatéralisme de la CEI dans la fixation de la date des élections”.
Mgr Monsengwo, qui est également archevêque de Kisangani, a notamment déclaré : “Etant donné qu'il sera impossible d'organiser les élections avant le 30 juin 2006, ainsi que cela a été prévu par l'Accord global et inclusif et par la constitution de la transition, il va de soi que tout réaménagement du calendrier électoral ne puisse se faire unilatéralement".
Selon lui, "il doit être le fruit d'un consensus entre les forces vives de la nation". A la CEI, on ne veut pas faire de commentaires sur ce remue-ménage politique autour d'une date, encore moins sur la revendication des 11 candidats à la magistrature suprême du pays de voir le président de la commission électorale démissionner de ses fonctions. Dieudonné Mirimo, le porte-parole de la CEI, rejette néanmoins catégoriquement ces accusations de politiciens qu'il qualifie de procès d'intention à l'endroit de la commission électorale et de son président.
“Nous avons une obligation de résultats. Les Congolais iront bel et bien aux élections le 30 juillet 2006”.
Au total 33 candidats briguent la magistrature suprême tandis que 9.630 candidats aux législatives vont se disputer les 500 sièges du parlement. L'Afrique du Sud a été choisie pour la production des équipements électoraux aux termes d'un accord avec le Programme des Nations Unies pour le développement. La communauté internationale finance le processus électoral en RDC à hauteur de 88 pour cent, sur un budget de la Commission électorale indépendante qui est de 480 millions de dollars, selon des sources diplomatiques à Kinshasa.
Pretoria s'était engagé à fournir tous les équipements avant le 30 juin 2006. Sissa Ngombane, l'ambassadeur de l'Afrique du Sud au Congo, a affirmé que le pari serait gagné. La contribution sud-africaine au processus électoral en RDC s'est déjà concrétisée dans un passé récent par la formation des logisticiens. Les prochaines élections doivent mettre un terme à une transition politique de trois ans, qui a suivi la fin à une longue guerre civile en RDC (1998-2002). Elle avait fait au moins 3,5 millions de morts, selon des sources indépendantes. Un accord global inclusif avait été signé par les belligérants en 2002, en Afrique du Sud.

