KIGALI, 10 mai (IPS) – Les gorilles de montagne du Parc national des volcans, situé à 120 kilomètres au nord de Kigali, la capitale du Rwanda, continuent d'être exterminés. Les autorités n'ayant pas réussi à empêcher le massacre des gorilles, ont annoncé la clôture prochaine du parc pour protéger la forêt et les animaux.
Quelque 380 gorilles de montagne vivent dans le Parc national des volcans.
Malgré plusieurs initiatives visant à sauvegarder ces espèces, les animaux sont toujours la proie des populations pauvres avoisinant cette forêt de bambous, mais aussi des braconniers. Les besoins croissants des hommes en terres agricoles et en pâturages les poussent souvent à empiéter sur les réserves naturelles et parcs nationaux.
Des chercheurs estiment à seulement quelque 650 individus le nombre de gorilles de montagne qui subsistent encore dans le monde, dont plus de la moitié (500) dans trois parcs nationaux africains, y compris celui du Rwanda.
Les gorilles de montagnes sont établis sur les flancs de la chaîne des Birunga (qui signifie volcans, en langue nationale Kinyarwanda, ou Virunga en Swahili), située entre 2.000 et 4.000 mètres d'altitude, dans une forêt tropicale très dense, constituée en grande partie de bambous. La chaîne s'étire du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) jusqu'au sud-ouest de l'Ouganda.
Fidèle Rusingizandekwe, un responsable du centre de conservation des gorilles situé dans le nord du pays, a déclaré à IPS que le chiffre de 500 a été établi au terme du premier recensement mené depuis la fin des conflits armés fratricides qui ont secoué cette région à cheval sur le Rwanda, l'Ouganda et la RDC, au cours de la décennie passée.
“L'exploitation abusive de ressources locales s'explique notamment par la destruction du parc par des populations à la recherche de l'eau et des pâturages, combinée au braconnage, a fait perdre à cette forêt des bambous une grande partie de son espace vital”, souligne à IPS, Rosette Rugamba, directrice de l'Office rwandais du tourisme et des parcs nationaux (ORTPN), une institution gouvernementale qui contrôle ce secteur.
“Le gorille de montagne est une espèce menacée, et l'augmentation de ses effectifs est une grande nouvelle pour nous et pour le reste du monde, surtout dans la valorisation de l'image du secteur touristique local”, ajoute Rugamba En avril 2003, un projet, appuyé par la coopération britannique à travers le 'Department For International Development', a été lancé pour revaloriser le secteur du tourisme au Rwanda d'ici à 2007, selon elle.
Etant donné l'ampleur de la destruction de la flore et de la faune, ce projet avait, entre autres objectifs, la promotion du tourisme, par une implication participative du secteur privé et des communautés locales avoisinant le parc.
Il est prévu également la construction, en plein centre du parc, d'un grand hôtel de luxe de trois étoiles, la formation du personnel en matière d'hôtellerie et du tourisme. Ces deux projets sont en cours d'exécution, indique Rugamba.
Faute de mécanismes adéquats pour assurer le suivi d'exécution de tous ces projets, les pouvoirs publics ont annoncé d'autres mesures, dont une prochaine clôture du parc, pour empêcher la destruction de la forêt et le braconnage sur les gorilles.
Cette décision n'est toutefois pas partagée par Venant Habyarimana, un cultivateur de pommes de terre à Musanze, un district du nord du pays, situé tout près de la chaîne des volcans.
“Cela est une manière de chercher des boucs émissaires. Nous avons toujours cohabité pacifiquement avec ces animaux. Pourquoi nous chasser de notre terre en nous accusant de cet acte atroce de braconnage?”, demande-t-il.
En effet, des spécialistes de la conservation affirment que la menace la plus insidieuse vient notamment du fait que le massif des volcans est situé dans une région au sol fertile et au climat pluvieux qui a toujours attiré des populations d'agriculteurs.
Les densités de population enregistrées dans cette région volcanique sont parmi les plus élevées au monde en milieu rural, et la pression humaine pèse lourdement sur l'avenir des forêts de montagne et des gorilles, expliquent les spécialistes.
Par exemple, en 1968, lorsque le gouvernement rwandais était confronté à des problèmes économiques croissants, plus d'un tiers de ce plus vieux parc naturel du continent africain avait été transformé en terres agricoles. Dix ans auparavant, la superficie du Parc des volcans était de 340 kilomètres carrés, et elle est aujourd'hui de 125 km², selon l'ORTPN.
“Nous nous étions rendu compte qu'il n'y avait aucune autre voie de sortie à cette difficulté. Mais, nous sommes confiants que des campagnes de sensibilisation et d'autres projets permettront à la population de prendre conscience de la protection de leur milieu écologique”, explique Rugamba à IPS.
En juin 2005, une vaste campagne, qui avait pour objectif la mobilisation de financements pour assurer la protection, la sauvegarde et le traitement des gorilles, avait été officiellement lancée dans le nord du pays en présence du président rwandais Paul Kagamé.
A cette occasion, s'était déroulée également une cérémonie spéciale d'attribution de noms à quelque 30 bébés gorilles. Au cours de cette campagne, environ 1,5 million de dollars ont été récoltés pour financer différents projets de protection des gorilles.
Entre autres programmes envisagés, il s'agissait notamment d'empêcher toute activité illégale conduisant aux incursions à l'intérieur du parc, sous la forme de déboisement, de mise en culture et d'élevage de bétail.
Par ailleurs, des responsables politiques d'avant le génocide de 1994, au Rwanda, avaient été également accusés d'avoir participé au trafic de la faune sauvage.
Cyprien Munyabikari, un paysan quinquagénaire habitant le centre commercial de Byangabo, dans le nord du pays, et qui avait servi à l'époque comme gardien du parc, confirme ces accusations.
“Des familles entières de ces espèces avaient été décimées, mais de jeunes gorilles étaient préservés pour être envoyés ensuite vers des zoos occidentaux où ils étaient vendus à de colossales sommes en dollars”, affirme à IPS, ce paysan originaire de Byangabo, une localité située dans la périphérie du parc des volcans.
Au cours du génocide, plus de 800.000 Tutsi et Hutu modérés ont été assassinés par des extrémistes hutu qui contrôlaient le pouvoir politique à l'époque, au Rwanda.

