JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE PRESSE: Peu de choses sur desjournalistes érythréens emprisonnés

JOHANNESBURG, 4 mai (IPS) – De bonnes nouvelles sur la liberté de la presse en Erythrée sont rares -il est donc compréhensible que la joie et le soulagement aient salué l'annonce faite en novembre dernier, selon laquelle Isaac Dawit, un journaliste érythréen de nationalité suédoise, avait été libéré après quatre ans de prison.

L'ambassadeur de Suède dans ce pays d'Afrique de l'est, Bengt Sparre, a présenté des félicitations. La famille de Dawit — attendant son retour en Suède — était enchantée.

Mais quelques jours après la nouvelle, le ministre érythréen de l'Information Ali Abdu a déclaré à l'Agence France-Presse que Dawit avait été libéré pour des tests médicaux — et qu'il retournait directement en prison.

Qu'est-ce qui a mal tourné? Une mauvaise communication entre l'ambassadeur suédois et le gouvernement érythréen? Un changement d'avis de la part des autorités à Asmara irritées par les militants de la liberté de presse? La vérité pourrait ne jamais être connue du public.

Décrit par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé à New York comme l'un des pires geôliers des journalistes au monde, l'Erythrée compte au moins 13 journalistes en prison. Et comme le montre l'histoire de Dawit, faire campagne sur la question est délicate et peut-être même contre-productif.

"Ils disent que c'est une question interne — rien à voir avec d'autres pays", a commenté un diplomate.

"Et il est préférable de ne pas les faire (les journalistes) passer en jugement parce que l'Erythrée a toujours la peine de mort — c'est le message que nous avons obtenu".

En 1991, un Erythrée euphorique a accédé à l'indépendance vis-à-vis de l'Ethiopie voisine après 30 ans de lutte, et d'énormes souffrances humaines. Les Erythréens sont rentrés de l'extérieur, l'économie a connu une croissance et le président américain d'alors Bill Clinton a décrit, avec admiration, le chef de l'Etat Isayas Afewerki comme un "nouveau leader" pour l'Afrique — marquant une rupture avec la précédente génération de dirigeants oppressifs et corrompus.

Mais le rêve a tourné à l'aigre.

Les relations entre l'Erythrée et l'Ethiopie se sont détériorées, et les deux pays ont eu un conflit frontalier entre 1998 et 2000. Lorsqu'un accord de paix a été signé, un quart de l'Erythrée était occupé, son infrastructure détruite, et un tiers de sa population déplacé. Isayas a été également accusé de n'avoir pas saisi des opportunités pour de meilleures propositions de paix.

Inévitablement, plusieurs personnes en Erythrée — y compris des journalistes emprisonnés maintenant — ont mis en cause la gestion que fait le gouvernement de la guerre et d'autres questions politiques.

Ensuite, alors que l'attention du monde était détournée par les attentats terroristes contre New York et Washington en septembre 2001 — des mesures de répression contre les médias avaient commencé.

"Avec l'attention du monde ainsi détournée, Isayas a ordonné l'arrestation du G-15 (un groupe de 15 politiciens en vue), la fermeture de toute la presse privée du pays, et la détention des principaux dirigeants de presse et reporters incriminés", affirme Dan Connell, un observateur réputé de la politique érythréenne dans son livre, 'Conversations avec des prisonniers politiques érythréens'.

Depuis lors, on n'a pas appris grand-chose sur les journalistes. Parmi les accusations contre eux, figurent apparemment le service militaire non accompli et la menace de la sécurité nationale.

"Les journalistes ont pratiquement disparu depuis la répression contre la presse et la fermeture de journaux privés, le 18 septembre 2001. Les autorités érythréennes ont refusé de donner des informations sur leur santé, leur lieu de détention ou leur statut légal", notait un communiqué de presse du CPJ publié en septembre de l'année dernière.

"Certains rapports indiquent qu'ils pourraient avoir été torturés. Le monopole de l'information détenu par le gouvernement, et la crainte d'intimidation des familles font qu'il est extrêmement difficile de réunir des informations sur les détenus".

Même le nombre de journalistes emprisonnés n'est pas clair.

En novembre 2005, Reporters sans frontière (RSF), basé à Paris, estimait à 13 leur nombre. Quelques mois plus tard, le CPJ a déclaré que 15 journalistes étaient toujours en prison. Selon le gouvernement américain, "au moins" 15 étaient toujours en détention — même si le nombre pourrait monter à 16.

Avec la plupart des journalistes pratiquement inconnus au moment de leur arrestation, il s'est révélé difficile de faire de leur sort une priorité sur le plan international. Par ailleurs, ils disputent l'attention avec des détenus politiques et des minorités religieuses persécutées, entre autres. Localement, la plupart des Erythréens n'ont pas accès à l'information sur les journalistes, ni sur rien d'autre, mais à celle qui est approuvée par le gouvernement; en outre, ils travaillent dur juste pour s'occuper d'eux-mêmes et de leurs familles. L'opposition à l'administration pourrait ne pas avoir été écrasée en Erythrée, mais elle a été complètement réduite au silence.

Les rapports du CPJ, de RSF — et le rapport annuel du gouvernement américain sur les droits de l'Homme — signifient que le sort des journalistes emprisonnés n'est pas oublié. Et la question a été sans aucun doute débattue le 3 mai, lorsque la communauté mondiale a commémoré la Journée internationale de la liberté de la presse. Mais cela semble être en bonne voie. Des diplomates ont d'autres choses qui les préoccupent. Un nouveau conflit avec l'Ethiopie est encore une possibilité, comme l'est une crise humanitaire liée aux restrictions gouvernementales sur l'aide d'urgence pour aider le pays à s'attaquer aux effets d'une grave sécheresse.

Les journalistes qui seraient en prison (sources : CPJ, Amnesty International): Arrêté en janvier 1999 1. Zemenfes Haile Arrêté en juin 2000 2. Ghebrehiwet Keleta Arrêtés en septembre 2001 3. Amanuel Asrat 4. Medhanie Haile 5. Yusuf Mohamed 6. Mattewos Habteab 7. Temesgen Ghebreyesus 8. Said Abdelkader 9. Dawit Isaac 10. Seyoum Tsehaye 11. Dawit Habtemichael 12. Fesshaye “Joshua” Yohannes Arrêté à la fin de 2001 13. Selamyinghes Beyene Arrêtés en février 2002 14. Hamid Mohammed 15. Saidia Ahmed 16. Saleh Aljezeeri Journalistes arrêtés et libérés depuis : Ruth Simon, Semret Seyoum et Aklilu Solomon.