DROITS-MALAWI: ''Les hommes dans notre pays ont-ils choisi d'être piresque des bêtes?''

BLANTYRE, 11 fév (IPS) – Lorsque la police a annoncé récemment qu'elle avait arrêté un homme dans la ville septentrionale de Karonga pour le meurtre présumé de sa femme après son refus d'avoir des relations sexuelles avec lui, on avait espéré que cette arrestation allait constituer un avertissement sévère pour d'autres maris très enclins à la violence.

Apparemment, cela n'a pas été le cas.

Dans la semaine du meurtre de Karonga, au Malawi, deux autres maris ont tenté de tuer leurs épouses : l'un en coupant les deux bras de la femme, l'autre en lançant un cocktail Molotov sur sa conjointe.

Peu de temps après cela, une femme et son bébé d'un mois ont été retrouvés dans un champ de maïs. Ils auraient été tués et mutilés par le mari de la femme, avant qu'il ne tente lui-même de se pendre.

Des rapports de police indiquent que le mois dernier seul, cinq femmes ont été tuées par leurs maris, de même que deux enfants ayant moins de cinq ans.

Toutefois, des groupes de la société civile estiment que de tels incidents ne sont que la partie visible de l'iceberg.

"Nous sommes conscients du fait que ces cas révélés ne représentent qu'une fraction de la réalité de l'ampleur de la violence à l'égard des femmes dans le pays", affirme un communiqué conjoint de 17 organisations non gouvernementales (ONG) en réponse aux récents incidents de violence à l'encontre des femmes et des enfants.

La plupart des cas d'abus ne sont pas signalés, ajoutent-elles — en particulier en ce qui concerne les femmes.

"Nous sommes informées par diverses études qu'un grand nombre de cas de violence basée sur le genre sont étouffés par la culture du silence", notent les ONG.

Dans un pays où les normes culturelles sont souvent en contradiction avec l'égalité de genre, les femmes peuvent se retrouver sans voix au chapitre dans la famille; cette oppression persiste quoique les femmes soient plus nombreuses que les hommes au Malawi.

Les événements de ces dernières semaines ont poussé le président Bingu wa Mutharika à demander aux femmes de rompre avec cette tradition. "Rompez avec cette culture du silence à partir de maintenant. N'écoutez pas les mythes qui disent que vous devez…vous taire même lorsqu'il (votre mari) coupe vos bras", a-t-il déclaré dans un discours sur l'état de la nation vers la fin du mois dernier.

"Ces choses sinistres ressemblent à des cauchemars, mais elles sont réelles. En tant que votre président, je suis agacé, inquiet et profondément attristé. Les hommes dans notre pays ont-ils choisi de devenir pires que des bêtes?", a demandé Mutharika. Le gouvernement dit qu'il a mis en place un fonds de 176.000 dollars pour aider à la réhabilitation des victimes de violence conjugale. Une partie de cet argent sera accordée sous forme de prêts, et d'autres montants sous forme de dons — suivant le type de préjudice subi par la victime.

Même si la culture est largement perçue comme contribuant aux maltraitances des femmes et des enfants, elle n'est pas le seul facteur en jeu.

Une étude publiée le mois dernier par la 'Southern Region Community Policing Unit' (Unité de régulation de la région communautaire australe) a montré que la faim et la pauvreté sans cesse croissante avaient conduit à une hausse généralisée de la criminalité — y compris l'abus contre des épouses et des enfants.

Selon l'étude, les crimes signalés dans la région sont passés de 4,5 pour cent l'année dernière, avec 23.353 cas qui ont été enregistrés en 2005 contre 22.331 en 2004. Pas moins de 60 pour cent des agressions commises l'année dernière étaient liées aux pénuries alimentaires nationales.

"La plupart des suspects ont dit qu'ils ont commis divers crimes dans le besoin de nécessités comme la nourriture", a déclaré Constable Jacqueline De Silva, qui a travaillé sur l'étude.

Environ cinq millions sur les quelque 12 millions de citoyens du Malawi ont besoin d'aide alimentaire à l'heure actuelle, selon la Commission d'évaluation de la vulnérabilité du Malawi — regroupant des représentants du gouvernement et des donateurs. A ce jour, les autorités et les agences d'aide n'ont pas pu atteindre tous ceux qui sont dans le besoin.

L'étude de l'unité de régulation a également déploré un manque d'agents de police pour faire face aux cas croissants de crimes.

La région australe, la plus peuplée des trois régions du Malawi, compte actuellement 2.338 agents de police — soit un policier pour 1.137 civils — souligne l'étude, ajoutant : "Ceci est en dessous duàratio standard policier/population qui est d'un policier pour 500 civils".

En plus de leurs inquiétudes au sujet de la maltraitance des femmes, les activistes affirment qu'ils sont préoccupés par les hausses apparentes de cas de viol, de relations sexuelles avec des mineurs et d'attentat à la pudeur, perpétrés par des hommes qui croient que les rapports sexuels avec une enfant ou une vierge peuvent les guérir du VIH.

"Il y a (une) théorie appliquée par des sorciers guérisseurs selon laquelle les gens qui sont séropositifs pourraient guérir du virus s'ils couchaient avec des fillettes", a noté Henry Phoya, ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles.

Des statistiques officielles indiquent qu'au moins un million de Malawites ont contracté le virus; le taux national de prévalence au sein de la population adulte est estimé à 15 pour cent. Mais, sur les 170.000 malades du SIDA ayant besoin d'anti-rétroviraux, seuls 82.000 devraient avoir accès aux médicaments d'ici à mars, selon la Commission nationale de lutte contre le SIDA.

Le département de Phoya, en collaboration avec le ministère du Genre et des Services en charge du Bien-être des Enfants, a proposé un nouveau projet de loi pour augmenter la pression sur la violence domestique. Dans la législation proposée, les violeurs pourraient écoper de la peine de mort, des hommes coupables de relations sexuelles avec des mineurs risquant des peines de prison allant de 14 ans à l'emprisonnement à vie.

En Tanzanie voisine, les autorités ont voté récemment des lois sévères qui prévoient une condamnation minimum de 30 ans pour viol, et une condamnation maximum d'emprisonnement à vie pour des rapports sexuels avec un enfant.