ALGER, 11 fév (IPS) – Alors que le marché des pièces de rechange en Algérie fourmille de produits contrefaits, avec des conséquences mortelles sur des vies humaines à chaque accident de la route, le contrôle strict et la régulation font toujours défaut dans le pays.
Les dernières statistiques, établies par les services algériens de la protection civile, révèlent que pour les neuf premiers mois de 2005, 13.158 interventions ont eu lieu sur des cas d'accidents de la route qui ont causé la mort de 1.558 personnes.
Entre janvier et septembre 2004, au total 32.738 accidents de la route ont été enregistrés en Algérie, avec 3.205 morts et 48.410 blessés, tandis qu'en 2003, en tout 4.314 personnes sont décédées sur les routes algériennes, selon la protection civile. Les pièces de rechange d'origine se font de plus en plus rares dans un marché où la contrefaçon hante tous les esprits. Quand elles sont disponibles, ces pièces d'origine ont un coût inabordable pour la plupart des automobilistes algériens. C'est dans l'impossibilité de concilier prix et qualité que les clients, très regardants sur les dépenses, se rabattent souvent sur les pièces contrefaites coûtant moins chères, même si cela se fait au détriment de leur propre sécurité.
La valeur des importations des pièces de rechange automobile a atteint, durant l'année 2004, plus de 142 millions de dollars contre 123 millions de dollars pour les neuf mois de 2005, selon des données fournies en décembre par le Centre national de l'informatique et des statistiques (CNIS), une structure officielle qui relève des douanes algériennes.
Selon le CNIS, les pièces de rechange les plus importées sont les accessoires de véhicules comme des amortisseurs, des radiateurs, des boîtes de vitesse, des freins et servofreins, des organes de transmission, des châssis…, dont la valeur globale est estimée à 40 millions de dollars, pendant que les embrayages et les différentes parties dépendantes reviennent à 14 millions de dollars durant la même période.
Le centre indique qu'au cours des neuf premiers mois de l'année passée, les autres accessoires essentiels – comme les roues – ont été importés également en grande quantité, soit 22.000 unités. Ces différents chiffres expliquent un peu la dépendance du marché algérien de l'importation de pièces d'automobiles.
L'Algérie, qui est un grand pays pétrolier, ne possède pas une industrie automobile qui fabrique des véhicules et des pièces de rechange. Le pays avait eu un projet dans ce sens en 1989, mais il n'a pas abouti. Mais, des pièces de rechange importées telles que des radiateurs, des amortisseurs, des freins et des châssis sont des parties essentielles participant au système de sécurité des véhicules.
Le mouvement des importateurs a pris son ascension depuis 1994 lorsque la Société nationale des véhicules industriels a perdu son monopole à la faveur de l'économie de marché, selon le CNIS.
Une législation a été adoptée depuis 2004, prenant en considération la nouvelle donne du parc automobile et du marché algériens, avec notamment l'exigence d'un contrôle technique obligatoire et périodique des véhicules âgés de 15 à 20 ans. Mais, cette loi n'a rien changé dans les comportements des automobilistes, ni dans la fréquence des accidents mortels.
Ce contrôle, qui s'apparente à un examen de la santé du véhicule, s'effectue tous les ans contre le paiement de 10 dollars dans toutes les agences de contrôle technique automobile agrées par le ministère des Transports, réparties à travers tout le pays.
Mais, des analystes estiment que "Cet habillage législatif" conçu pour réduire quelque peu le nombre de victimes des accidents, n'est pas encore suivi d'un contrôle rigoureux sur les composants indispensables à la remise en bon état d'un véhicule défectueux.
Ammi Hocine, mécanicien et contrôleur technique privé en Kabylie, dans le nord de l'Algérie, affirme à IPS qu'il est parfois impossible de distinguer la bonne pièce de la mauvaise. "Il y a des pièces de rechange contrefaites que l'on ne peut détecter à cause de sa totale ressemblance avec la pièce d'origine. Les contrefacteurs excellent dans cet art; et sans des laboratoires spécialisés de contrôle, le marché algérien continuera de souffrir".
Selon Hocine, "certains composants essentiels sont à l'origine de beaucoup d'accidents quand ils sont contrefaits".
Ammar Zahem, distributeur de pièces de rechange automobile dans la même région de Kabylie, souligne, pour sa part, que la contrefaçon est un phénomène mondial. "Ce phénomène d'envergure mondiale n'est pas spécifique à notre pays. Pour y remédier, il faut avoir l'exclusivité de la distribution de la pièce, ce qui est très difficile compte tenu de la multiplicité des contrefacteurs". Zahem reconnaît également que même pour les distributeurs qui travaillent dans le domaine, "il est difficile de distinguer la bonne pièce de la moins bonne, ce qui constitue un danger permanent pour l'automobiliste".
Mais, outre ce phénomène, des erreurs humaines sont aussi souvent à l'origine de plusieurs accidents de la route, ce qui explique le durcissement des sanctions à l'encontre des contrevenants, notamment avec le retrait immédiat du permis de conduire pour une période allant de six mois à une année. Cette mesure remonte à 2004 lorsque le gouvernement algérien, face à la gravité de la situation des accidents répétés, a décidé de prendre des sanctions fermes.
Rachid Marzouk, un conducteur de 33 ans habitant la capitale Alger, déclare à IPS avoir échappé à la mort après avoir constaté que le système de freinage était défectueux. "J'ai failli perdre la vie à cause de ce système mal fait; et grâce à un réflexe de dernier instant, j'ai immobilisé le véhicule à l'aide des freins à main".
Rachid Ouali, 50 ans, habitant en Kabylie, a fait le même constat. "Les systèmes de freinage occasionnent beaucoup de dégâts matériels et humains quand ils sont contrefaits. Je roulais à Alger a une vitesse considérable quand je me suis rendu compte que le système de freinage ne marchait pas, et c'est l'usage des freins à main qui m'a sauvé la vie".
Ouali admet néanmoins que le "retrait du permis de conduire est une bonne chose dans la mesure où cela dissuade les chauffards dont le nombre devient de plus en plus croissant dans notre pays". Mais pour freiner l'hécatombe routière faisant de l'Algérie un pays classé au quatrième rang mondial en matière d'accidents de circulation, selon la protection civile algérienne, la gendarmerie nationale propose de soumettre la vente des pièces détachées à un contrôle plus rigoureux, en plus de l'application stricte des sanctions.
"Les pièces de rechange automobile sont en tête des produits contrefaits commercialisés sur le marché algérien après les cosmétiques", a expliqué Abdellah Ghrieb, directeur de l'Etablissement national du contrôle technique automobile. C'était à l'occasion d'un salon international du contrôle technique de véhicules et de prévention routière, organisé à Alger, en décembre.

