WASHINGTON, 3 jan (IPS) – La tension monte entre la Banque mondiale et une nation africaine, le Tchad, l'un des pays les plus pauvres au monde, au sujet de la décision de ce dernier de s'emparer des fonds d'un oléoduc pétrolier controversé, financé par la Banque mondiale, fonds qu'il refuse de consacrer aux secteurs sociaux.
La semaine dernière, l'Assemblée nationale tchadienne, le parlement du pays, a (LGRP), un accord juridique régissant les richesses pétrolières – passé avec la Banque mondiale en échange de fonds d'investissement. Les changements permettent maintenant au gouvernement de N'Djamena de contrôler entièrement les recettes pétrolières de l'oléoduc pétrolier Tchad-Cameroun, très en vue, et de tirer de plus grands profits pour satisfaire des exigences budgétaires de plus en plus croissantes. Mais la Banque mondiale, dont le soutien a été décisif pour le démarrage du projet en 2000, et un certain nombre de groupes d'observation disent que les changements vont presque certainement affaiblir le programme de réduction de la pauvreté mutuellement arrêté comme condition du prêt. La loi initiale était la pièce centrale et la principale "garantie" de gouvernance de l'oléoduc financé par la Banque mondiale, destiné à s'assurer que les revenus pétroliers bénéficient aux pauvres en allouant la plupart des revenus pétroliers aux "secteurs prioritaires", comme la santé, l'éducation, les services sociaux et le développement rural. La loi exige également que 10 pour cent des recettes issues des ventes de pétrole soient mis de côté, dans le Fonds pour les générations futures (FGF) – un compte bloqué – pour l'ère post-pétrolière. Les nouveaux changements incluent, toutefois, une augmentation de 15 à 30 pour cent des recettes déposées dans les caisses du gouvernement. Ils ont également annulé le fonds qui permet d'économiser l'argent du projet pour les générations futures et veulent utiliser les sous accumulés pour des dépenses immédiates, ainsi que pour redéfinir les dépenses "prioritaires" afin d'y inclure les dépenses de sécurité. L'affaire est particulièrement importante pour la Banque parce qu'elle a vanté sa participation au projet comme un modèle de projet de lutte contre la pauvreté dans le monde entier. La décision de la Banque a été prise en dépit des vives protestations d'organisations non gouvernementales et de militants de la lutte contre la pauvreté qui ont dit que les projets pétroliers avaient tendance à conduire à la corruption et à la mauvaise gestion. Les installations pétrolières controversées de quatre milliards de dollars, qui incluent un oléoduc de 1.000 kilomètres destiné à transporter le pétrole du Tchad à la côte atlantique du Cameroun voisin, devaient, selon les prévisions, renflouer les caisses de l'Etat d'au moins deux milliards de dollars au cours des 25 prochaines années, soit 80 millions de dollars par an. L'oléoduc transporte 225.000 barils de pétrole par jour. C'est une entreprise commune entre les géants américains du pétrole Exxon Mobil (qui détient 40 pour cent des capitaux privés), Chevron (25 pour cent), et la société pétrolière de l'Etat de Malaisie – Petronas (35 pour cent). La Banque mondiale a été prompte à condamner le récent amendement, qui attend toujours d'être ratifié par le président tchadien, Idriss Deby.
L'institution publique de prêt basée à Washington indique qu'elle est en consultations avec un certain nombre de parties sur la réaction à avoir. "Si ces amendements sont votés, cela va nuire au bien-être des citoyens les plus pauvres et les plus vulnérables du Tchad et représentera une importante violation de l'accord initial", a déclaré le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. "Je suis en consultations avec d'autres partenaires et nos actionnaires sur les mesures appropriées qui suivront". Parmi les options que la Banque peut invoquer en représailles figurent la suspension possible de nouveaux crédits ou dons au Tchad; un arrêt des décaissements de fonds dans le cadre de certains ou de tous les accords en cours; et un remboursement accéléré de prêts accordés au gouvernement du Tchad. La Banque dit qu'elle comprend les difficultés financières du gouvernement.
Elle s'est proposée d'aider le pays à améliorer sa politique fiscale. Mais le Tchad a accusé la Banque mondiale de se comporter comme un colonisateur et de ne pas prêter attentions à ses croissantes contraintes budgétaires. Le pays fait maintenant face à des dépenses de sécurité croissantes pour protéger ses frontières avec la région soudanaise du Darfour voisin, où des milliers de réfugiés fuient la violence des milices. La semaine dernière, le Tchad a déclaré qu'il était en "état de guerre" vis-à-vis du Soudan et a accusé Khartoum d'apporter de l'aide aux rebelles tchadiens. Le pays a une population d'environ neuf millions, avec 80 pour cent vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour.
Selon la Banque mondiale, la majeure partie du Tchad est désertique et semi-aride, avec un environnement physique rude et une base économique très limitée. La dernière querelle entre la Banque et le Tchad portait sur les précédents avertissements des groupes de la société civile selon lesquels le grand projet d'oléoduc pourrait en fait conduire à l'aggravation des conditions socioéconomiques dans ce pays d'Afrique centrale, tout en renforçant l'oligarchie corrompue qui a le pouvoir. Le gouvernement tchadien fait partie des plus corrompus et des plus grands auteurs d'abus des droits de l'Homme au monde. Le gouvernement a utilisé les 4,5 premiers millions de dollars de prime de signature qu'il a reçus des sociétés pétrolières pour acheter des armes en vue de combattre ses rebelles du Nord. Des critiques ont estimé que les antécédents de la Banque mondiale favorisant des entreprises, de même que la corruption ambiante et l'incompétence du gouvernement tchadien, mettent en doute l'efficacité d'un quelconque mécanisme visant à aider à gérer la richesse pétrolière du pays. ***** +DEVELOPPEMENT-TCHAD : L'accord sur le modèle pétrolier de la Banque mondiale en jeu (http://www.ipsnews.net/fr)

