NAIROBI, 22 sep (IPS) – L'armée ougandaise est en train de commettre des atrocités contre des civils qu'elle est supposée protéger, estime une importante organisation de défense des droits de l'Homme.
Human Rights Watch (HRW), basée à New York, a déclaré que la 'Uganda People's Defence Force' (UPDF) avait commis les crimes durant sa campagne contre les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord de l'Ouganda.
"Les abus sont non seulement commis par la LRA, mais également par l'UPDF..
L'UPDF manque de système disciplinaire. Au lieu qu'elle protège les citoyens, elle contribue aux abus et cela est en train d'accroître l'animosité entre les populations du nord de l'Ouganda et le gouvernement central", a indiqué Jemera Rone, un chercheur de HRW, le 19 septembre.
Elle parlait à des journalistes dans la capitale kényane, Nairobi, au cours du lancement d'un rapport intitulé 'Déracinés et oubliés : l'Impunité et les violations des droits de l'Homme dans le nord de l'Ouganda'.
Le rapport de 76 pages expose en détail comment l'impunité totale — de poursuites — dont continuent de jouir les rebelles et l'armée, a aggravé la situation des droits de l'Homme dans la région. Depuis 19 ans, la LRA, sous la direction de Joseph Kony, cherche à renverser le président du pays, Yoweri Museveni, pour instaurer son propre gouvernement basé sur les Dix commandements de la bible.
La LRA, qui opère dans le nord de l'Ouganda, attaque des civils, les ampute des parties de leurs corps et les tue, de même qu'elle enlève des enfants qu'elle recrute comme combattants, ouvriers ou esclaves sexuels.
Plus de 50 pour cent des combattants de la LRA seraient des enfants âgés de six à 17 ans. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), plus de 20.000 enfants ont été enlevés pour servir comme enfants soldats et esclaves sexuels depuis le début du conflit qui a vu plus de 1,9 million de personnes déracinées et contraintes de vivre dans des camps pour déplacés. L'armée a été accusée d'avoir commis des atrocités comme le viol, des arrestations et détentions arbitraires, ainsi que des bastonnades et des tueries dans les camps.
"Human Rights Watch a établi quatre assassinats involontaires ou volontaires de civils par l'UPDF en trois semaines dans le mois de février 2005 seul. Ceci n'inclut pas une autre personne suspectée d'avoir été sommairement exécutée par l'armée et deux personnes qui auraient été fusillées et grièvement blessées", a indiqué une partie du rapport de HRW.
Des tentatives de HRW pour recueillir des explications du gouvernement n'ont pas abouti. "Lorsqu'il y a des plaintes, aucune mesure n'est prise ou chaque fois qu'il y a une réaction de la part du gouvernement, c'est toujours en faveur de l'armée", a souligné Rone.
HRW veut que les Nations Unies, qu'elle accuse de laxisme, interviennent et aident à résoudre le conflit, qualifié une fois de pire désastre humanitaire du monde parle sous-secrétaire général de l'ONU, coordonnateur des Affaires humanitaires et de l'aide d'urgence, Jan Egeland.
"L'ONU ne s'est pas souciée de trouver une solution pour le nord de l'Ouganda. Bien sûr, il y a eu l'aide de l'ONU; mais au niveau politique, l'ONU a été presque silencieuse", a remarqué Rone. La rencontre du Conseil de sécurité de l'ONU, tenue en novembre 2004 à Nairobi, n'a jamais abordé la question du nord de l'Ouganda, mais a fait pression sur le Soudan pour qu'il mette fin à son conflit. La pression a abouti à un accord de paix entre l'Armée/Mouvement populaire de libération du Soudan et le gouvernement — en conflit — au début de cette année, mettant fin à une guerre de 21 ans dans le pays, la plus longue en Afrique.
HRW a exhorté l'ONU à faire pression sur le gouvernement afin qu'il poursuive tous les auteurs de violations des droits de l'Homme dans le nord de l'Ouganda, y compris au sein de sa propre armée.
Mais l'UPDF soutient qu'elle a toujours pris des mesures contre ses soldats qui n'ont pas respecté les droits de l'Homme.
"Notre histoire montre que nous avons pris des mesures sévères contre nos hommes qui se conduisent mal. En 2002, nous avons exécuté deux soldats après qu'ils ont tué et dévalisé un prêtre irlandais dans le nord de l'Ouganda. En 2004, un capitaine a été condamné à l'emprisonnement à vie pour n'avoir pas protégé un camp dans la région. Il est allé boire et pendant ce temps, le camp a été attaqué par la LRA", a indiqué à IPS, le lieutenant-colonel Shabaan Bantariza, porte-parole de l'UPDF, dans un entretien téléphonique, depuis la capitale ougandaise, Kampala.
"Il n'y a pas une seule journée où nous avons manqué de protéger les populations. Il y a plus de 100 camps pour personnes déplacées dans le nord de l'Ouganda et chacun d'eux dispose d'un bataillon de soldats de l'UPDF qui les protégent. Les soldats sont payés pour protéger ces gens", a-t-il souligné.
Bantariza dit que le gouvernement est également préoccupé par la crise, et a mis en place des mesures visant à ramener le calme dans la région, y compris une loi d'amnistie. Promulguée en 2000, la loi tente d'encourager les combattants de la LRA à déposer leurs armes et à se rendre en échange de propositions d'amnistie constituées d'argent en espèce et d'autres fournitures leur permettant de recommencer leurs vies.
Jusqu'ici, 15.000 personnes ont bénéficié de l'amnistie, une opération à laquelle s'oppose HRW.
"Nous ne sommes pas contre une amnistie pour des gens qui n'ont pas commis des crimes contre l'humanité, mais nous nous opposons à une amnistie pour des gens qui ont commis des violations des droits de l'Homme. Ce sont des crimes qui ne devraient pas rester impunis", a déclaré Rone.
D'après des analystes, pour que la paix revienne dans le nord de l'Ouganda, le Soudan devrait être impliqué. Le Soudan a pendant longtemps été accusé de soutenir la LRA, en représailles à un soutien présumé que l'Ouganda offrirait aux rebelles soudanais.
Malgré un accord signé en 1999 entre les deux pays pour mettre fin au soutien au groupe rebelle de l'un et l'autre, le gouvernement soudanais a continué par abriter sur son sol la LRA, selon la HRW. "Manifestement, le gouvernement du Soudan ne désire pas prendre les mesures nécessaires pour arrêter la LRA parce que plusieurs fois, Kony aurait été repéré à Khartoum (la capitale du Soudan)", a déclaré Rone.
Le gouvernement soudanais a réfuté les allégations de HRW.
"Ce n'est certainement pas le gouvernement soudanais. Nous essayons de repousser la LRA de notre région. Je ne pense pas que le gouvernement soit impliqué", a dit à IPS, Neimat Bilal, porte-parole de l'ambassade du Soudan à Nairobi.

