ECONOMIE-ALGERIE: Les surprises de l'accord d'association avec l'Union européenne – Analyse

ALGER, 22 sep (IPS) – Un accord d'association conclu entre l'Algérie et l'Union européenne (UE), est entré en vigueur depuis début septembre, et est devenu effectif, avec des conséquences directes sur les prix qui ont connu une certaine baisse à la grande joie des consommateurs algériens.

Aux termes de l'accord, plus de 2.000 produits agricoles de large consommation en provenance des pays de l'UE, comme les pâtes alimentaires, la margarine, les jus de fruits, la bière, et les agrumes sont, en effet, exonérés des droits de douane, ce qui a rendu leurs prix accessibles sur le marché algérien. Les négociations de l'accord d'association ont duré trois années. En retour, les produits algériens qui seront mis sur le marché européen sont les dattes, les figues, les pommes et les oranges; et seront exonérés également des droits de douanes. Cet accord apparaît comme une opportunité pour les consommateurs algériens dont le pouvoir d'achat connaîtra une certaine consolidation, tandis que les exportateurs en profiteront pour placer leurs produits sur le marché européen. La mise en œuvre de l'accord d'association n'est en revanche pas de bon augure pour les salariés de certains secteurs d'activités en Algérie, qui laissent apparaître un signe d'inquiétude par rapport à leur avenir socioprofessionnel.

A. Ali, un salarié à l'Office national du lait basé à Draa Ben Khedda, en Kabylie, estime que "les produits en provenance d'Europe risquent de concurrencer déloyalement des produits nationaux, ce qui pourrait engendrer la fermeture de pas mal d'entreprises".

Pour sa part, T. Smail de Cométal, une société de construction métallique, en Kabylie, affirme que le "consommateur algérien a un penchant beaucoup plus fort pour les produits importés, ce qui peut jouer un mauvais tour pour les entreprises algériennes dont les salariés en subiront les conséquences". Mais tous les secteurs ne risquent pas de s'effondrer devant la concurrence que va engendrer l'ouverture du marché algérien aux produits aux produits européens. Par exemple, les responsables du géant algérien des produits pharmaceutiques, Saidal, ne semblent nullement inquiets devant la compétitivité des produits européens.

Le président directeur général du groupe Saidal, Ali Aoun, a déclaré à la presse que la "sérénité règne" au sein de la firme pharmaceutique.

Le démantèlement tarifaire, qui a suivi l'entrée en vigueur, le 1er septembre, de l'accord d'association, aura des conséquences favorables pour sa firme, selon le premier responsable du groupe. Aoun s'appuie sur une étude réalisée en mai 2005 par des experts du groupe pour indiquer que "sur les 2.400 produits industriels concernés par ce démantèlement tarifaire, Saidal est touché par la totalité de ses inputs dont la majorité est importée".

Saidal réduira de 15 pour cent son volume d'importation, permettant à la firme d'atteindre la vitesse de croisière en procédant à la baisse des prix de certains de ses produits, ce qui lui garantira "le maintien sur le marché", estime Aoun. Avec un chiffre d'affaires estimé à plus de 500 millions de dollars, le géant algérien de produits pharmaceutiques semble mieux loti, selon des spécialistes.

Nasri Ali Bey, vice-président de l'Association nationale des exportateurs algériens, exprime également la même confiance. Il a déclaré à la presse, la semaine dernière, que de nombreux postes d'emploi sont prévus avec "l'avènement des accords d'association conclus avec l'UE", jusqu'à 20.000 emplois dans certains secteurs.

Pour sa part, le président de l'organisation du patronat algérien, Habib Yousfi, partage le même optimisme, tout en souhaitant que la "volonté des opérateurs économiques algériens soit basée sur l'esprit d'innovation exercé dans le cadre de la compétitivité qui tienne compte des avantages comparatifs en restant dans les limites d'une loyale compétition".

Pour réussir le pari, l'Etat semble ne pas lésiner sur les moyens devant permettre aux entreprises algériennes d'être au diapason de leurs homologues européennes. Ainsi, dans l'optique d'un lendemain meilleur pour les opérateurs économiques locaux, le ministère de l'Industrie a mis en œuvre des mécanismes à la disposition des petites et moyennes entreprises (PME) pour leur permettre de relever le défi.

Par exemple, un Programme national pour la promotion des PME a été créé depuis mai, avec un budget annuel de 166,6 millions de dollars, qui s'étalera sur une période de six ans.

Plus de 300 PME bénéficieront des avantages de ce projet à partir de l'année prochaine, ce qui les mettrait dans la bonne voie dans un monde où l'économie est régie par la concurrence rude, selon un rapport officiel publié ce mois par le programme.

Toutefois, les conséquences négatives que pourrait avoir l'accord d'association sur certains secteurs d'activités, en Algérie, porteraient sur les textiles pour lesquels certains économistes augurent déjà des lendemains incertains.

A cet égard, des syndicalistes de Cotonnière et textile (COTITEX) de DRAA Ben Khedda, la principale usine textile en Algérie, s'inquiètent sérieusement pour leur avenir socioprofessionnel, notamment à un moment où le marché mondial est inondé par des produits chinois au moindre coût.

"Il est difficile de faire face à la concurrence — et déloyale dans certains cas — imposée par l'économie de marché, et nous sommes tenus par un impératif d'efficacité, sinon, l'on ne pourra que mettre la clé sous le paillasson", affirme à IPS, I. Mohand, syndicaliste à COTITEX.

Pour B. Madjid, un économiste en Kabylie, "les entreprises algériennes habituées au bricolage doivent impérativement changer leurs habitudes pour redémarrer sur de bases solides". "Déjà, avec le manque de compétences humaines dont souffre considérablement notre pays, il faudra mobiliser toutes les énergies, surtout que l'élite est partie sous d'autres cieux plus cléments, pour pouvoir tenir le coup devant la concurrence", ajoute-t-il à IPS.

A. Arezki, un commerçant grossiste de produits laitiers à Alger, estime que "si la volonté du gouvernement et des travailleurs revient, les Algériens pourront tenir la dragée haute à n'importe quel producteur du monde".

A présent, seuls les consommateurs affichent une bonne mine, notamment à l'approche de la période de ramadan (le carême musulman), en octobre, au cours de laquelle la consommation des denrées alimentaires doublera dans les foyers algériens.