NAIROBI, 5 sep (IPS) – A première vue, les femmes au Kenya ont un puissant instrument à leur disposition pour traiter avec des politiciens qui manient maladroitement les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), une série internationale d'objectifs qui s'attaquent à l'inégalité de genre, entre autres questions.
Si elles votent en nombres suffisants, ces femmes pourraient envoyer promener les traînards. Selon la Commission électorale du Kenya, environ 50 pour cent de personnes ayant voté pendant la dernière élection générale — en 2002 — étaient des femmes.
"Nous pouvons, si seulement nous sensibilisons toutes les femmes au fait qu'elles ont le droit d'exiger de leurs dirigeants des explications sur les raisons pour lesquelles certaines promesses n'ont pas été tenues", a déclaré à IPS, Monica Amolo, directrice exécutive du 'Programme for Rehabilitation of Women in Socio-Economic Difficulty' (Programme pour la réhabilitation des femmes ayant des difficultés socio-économiques – PROWED).
"Nous en avons assez des promesses en l'air, et ce que les femmes veulent maintenant, c'est l'action. Ceci demande des efforts accrus dans le domaine de l'éducation civique", a-t-elle ajouté. Le PROWED travaille avec des communautés dans l'ouest du Kenya.
Cependant, même avec la meilleure volonté du monde, le PROWED et d'autres groupes comme lui peuvent-ils donner aux femmes kényanes toute l'information dont elles ont besoin pour faire un choix avisé aux élections? Et si non, les femmes pourraient-elles obtenir cette information ailleurs? La presse écrite pourrait paraître une bonne source de couverture de ce que sont les OMD, et analyser si oui ou non les politiciens ont fait leurs preuves par rapport à leur mise en œuvre. Mais, l'analphabétisme empêcherait des millions de femmes de bénéficier de cette information.
Selon les derniers chiffres disponibles (pour 1999) au département pour l'éducation des adultes du ministère de Genre, des Sports, de la Culture et des Services sociaux, cinq millions sur les quelque 30 millions de citoyens du Kenya sont analphabètes. Parmi eux, 60 pour cent sont des femmes.
On pourrait dire que les médias audiovisuels du pays devraient s'engouffrer dans la brèche ici, puisque les programmes de radio et de télévision sur les questions de développement éludent les problèmes d'alphabétisation. Les stations de radios communautaires, qui se tiennent étroitement au courant des développements locaux, semblent être un moyen prometteur pour faire passer l'information — en particulier celles qui émettent en langues locales.
Toutefois, les préoccupations du gouvernement sur les effets possibles d'un réseau de stations communautaires vivant semblent être à même de saper le rôle que ces stations audiovisuelles pourraient jouer pour informer les femmes sur les OMD.
"Lorsque vous donnez l'information sur des questions sensibles comme la gouvernance et qu'ensuite vous permettez aux communautés d'exposer des points de vue sur la même chose, vous êtes en train de démocratiser l'information à la fureur du gouvernement", a dit à IPS, Grace Githaiga, coordonnatrice de 'Kenya Community Media Network' (Réseau des médias communautaires du Kenya – KCOMNET).
"Le gouvernement craint d'être contredit par une audience bien informée".
(Le KCOMNET, qui réunit des journalistes, des organes de presse et des groupes non gouvernementaux, est basé dans la capitale kényane — Nairobi). Il est peut-être en train de dire que le Kenya compte seulement une station de radio communautaire à l'heure actuelle : Mang'elete Community Radio (Radio communautaire Mang'elete), située dans l'est du pays. Elle a été autorisée à émettre l'année dernière après une décennie d'intenses pressions de la part des activistes des médias.
Même si ses femmes réussissent à savoir si leurs leaders honorent ou non les promesses faites concernant le développement, leurs votes peuvent toujours aller à des politiciens peu méritants, prévient Amolo.
"La plupart des femmes dans les zones rurales votent pour quiconque leur distribue des choses telles que le sucre, la farine et de l'argent, étant donné le niveau élevé de la pauvreté", affirme-t-elle. Il semble que l'information sur les questions de développement devra aller de pair avec des initiatives de réduction de la pauvreté si on ne veut pas que la faim et le besoin étouffent les efforts pour tenir les politiciens pour responsables.
"Ceci peut réussir si seulement nous nous lançons dans des programmes socio-économiques pour émanciper les femmes, en particulier la femme rurale", note Amolo.
"Il est nécessaire de collecter des données sur le nombre de femmes rurales ayant une certaine source de revenu, puis trouver combien de femmes ne disposant pas de revenus peuvent être aidées à se prendre en charge", ajoute-t-elle. "Il devient alors facile de parler à quelqu'un qui est capable de les aider elles-mêmes, que de voter pour de mauvais acteurs".
Des statistiques gouvernementales indiquent qu'environ 56 pour cent de Kényans vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
Par ailleurs, la question ethnique peut détruire le travail des activistes, des stations communautaires et d'autres institutions du genre.
"Les gens ne votent pas à partir d'un point de vue bien éclairé. Il y a des questions de culture selon lesquelles le pouvoir appartient à l'homme; l'ethnie joue également un rôle en ce que l'on ne peut voter que pour quelqu'un de son propre groupe ethnique, entre autres", a dit à IPS, Winnie Mitullah, un chercheur principal de l'Institut des études sur le développement à l'Université de Nairobi.
Le Kenya compte plusieurs douzaines de groupes ethniques dont le plus grand est le Kikuyu, représentant environ un cinquième de la population.
Huit OMD ont été convenus par des dirigeants de la planète pendant le Sommet du millénaire, tenu aux Nations Unies, à New York en 2000. Le délai pour la réalisation des objectifs est 2015.
Les OMD se focalisent sur la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et de la faim, la réalisation de l'éducation primaire universelle et la promotion de l'égalité de genre (qu'on doit mesurer en cherchant à savoir si les garçons et les filles reçoivent une même éducation aux cours primaire et secondaire).
Les objectifs traitent également de la réduction de la mortalité infantile et maternelle, de la lutte contre le SIDA et d'autres grandes maladies, de la garantie de la viabilité de l'environnement – et de la résolution de questions de développement comme les déséquilibres commerciaux et les niveaux élevés des dettes nationales.
Plus tard ce mois (du 14 à 16 septembre), un autre sommet aura lieu au siège de l'ONU pour évaluer les progrès faits en vue de la réalisation des OMD.
L'espoir est que des discussions à cette réunion donneront une nouvelle impulsion à la campagne des OMD, mettant finalement les femmes au Kenya — et sur le reste du continent — dans une position où elles peuvent, comme l'affirme l'activiste des droits Yassine Fall, "utiliser leurs votes intelligemment".
Fall avait fait ce commentaire en mai à une conférence organisée par une organisation non gouvernementale basée à Dakar, l'Initiative du millénaire des femmes africaines sur la pauvreté et les droits de l'Homme dont elle est la présidente. Cette rencontre avait traité de la mise en œuvre des OMD. "Elles doivent exiger de leurs dirigeants qu'ils leur disent quand les traités ou lois signés en leur faveur seront mis en œuvre, avant de voter", a déclaré Fall à IPS. "Cela devrait être quelque chose comme 'Dis-moi ce que tu fais pour moi et quand, si je dois te donner ma voix'."

