POLITIQUE-SOUDAN: N'oubliez pas le Darfour

NAIROBI, 3 sep (IPS) – Le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a renouvelé des appels à la communauté internationale pour faire pression en faveur de la paix dans la région occidentale du Soudan, le Darfour.

"Il est important de faire en sorte que la communauté internationale n'oublie pas le Darfour", a déclaré Antonio Guterres à une conférence de presse, mercredi dans la capitale kényane, Nairobi. "Le Darfour sans la paix est une tragédie que nous ne pouvons pas imaginer. La paix n'est pas seulement une opportunité, mais une obligation".

La rencontre faisait suite à une tournée de 10 jours effectuée par Guterres au Soudan, au Tchad et au Kenya pendant laquelle il a visité des camps pour personnes déplacées par le conflit au Soudan.

Environ deux millions de personnes ont été contraintes de quitter leurs maisons depuis le début des combats au Darfour, en février 2003 – tandis que 300.000 auraient été tuées. De nombreux déplacés se sont installés dans des camps au Soudan; 200.000 ont traversé la frontière pour se rendre au Tchad, selon le HCR.

Au début de 2003, des rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont attaqué des positions du gouvernement pour protester contre la négligence présumée des communautés au Darfour. Les autorités ont riposté en attaquant des villages des groupes ethniques Fur, Masalit et Zaghawa, perçus comme étant compréhensifs vis-à-vis des rebelles.

Le gouvernement a été également accusé de soutenir des militants arabes connus sous le nom de "janjaweed" ("cavaliers") dans une campagne contre les trois groupes, qui a provoqué des tueries généralisées, la destruction de villages et de cultures – ainsi que des viols massifs.

Les rebelles et les autorités soudanaises ont entamé des pourparlers sous la médiation de l'Union africaine (UA). Toutefois, ces négociations, qui se déroulaient dans la capitale nigériane, Abuja, n'ont pas donné de grands résultats à ce jour – les deux parties s'accusant mutuellement de violer un cessez-le-feu signé en novembre 2004. L'UA, forte de 52 membres a annoncé la semaine dernière que les discussions allaient reprendre le 15 septembre.

Guterres craint que le conflit actuel au Darfour ne sape un accord visant à mettre fin à une autre guerre civile au Soudan : la lutte de 21 ans entre Khartoum et le Mouvement rebelle/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A).

Le SPLM/A a pris les armes contre le gouvernement musulman en vue d'obtenir une autonomie religieuse et politique pour le sud essentiellement chrétien et animiste. En janvier de cette année, les deux parties ont signé un accord de paix qui a débouché sur un gouvernement d'union nationale de transition, avec une possibilité ultime d'indépendance pour le Sud-Soudan.

Les combats dans le sud ont entraîné la mort de plus de deux millions de personnes, et le déplacement de plus de quatre autres millions. Environ 500.000 réfugiés se sont enfuis au Kenya, en Ouganda et en République démocratique du Congo (RDC), selon le HCR.

La mort récente du président du SPLM/A John Garang a également donné lieu à des inquiétudes à propos de la durabilité de la paix au Sud-Soudan.

L'ancien leader rebelle, qui était devenu vice-président du Soudan aux termes de l'accord de janvier, a été tué dans un crash d'hélicoptère en juillet.

Guterres a exprimé l'espoir de voir le nouveau chef du SPLM/A Salva Kiir Mayardit faire en sorte que l'accord de janvier soit totalement mis en œuvre.

"Le nouveau leader a montré un courage immense et beaucoup de sagesse, et ceci nous donne l'espoir que la paix ne sera pas affectée", a-t-il déclaré.

Guterres a indiqué par ailleurs que le développement devait être accéléré au Sud-Soudan.

"Il faut que la communauté internationale soit fortement impliquée dans l'investissement au Sud-Soudan pour que des conditions qui garantiront le retour réussi des personnes déplacées dans leurs maisons soient créées", a-t-il observé. "Nous voulons que les gens retournent chez eux, mais nous voulons qu'ils rentrent dans la dignité dans une région ayant au moins des infrastructures de base".

Au cours d'une conférence tenue dans la capitale norvégienne, Oslo, plus tôt cette année, la communauté internationale a promis de mobiliser environ sept milliards de dollars pour financer le développement au Soudan – en particulier dans le sud du pays.

A l'heure actuelle, cette région est dépourvue de routes bitumées. Dans la capitale administrative, Rumbek, des chars d'assaut rouillés et les carcasses de bâtiments bombardés sont le témoin muet du fait que la ville a vécu plus de deux décennies de guerre civile.

Le HCR est impliqué dans des initiatives de déminage au Soudan, et dans le forage de puits artésiens – ceci en vue du rapatriement volontaire de réfugiés soudanais du Kenya, d'Ethiopie, d'Ouganda et de la RDC. Le rapatriement de ces personnes est prévu pour commencer après la saison des pluies, en octobre.