ADDIS ABEBA, 2 juin (IPS) – Les élections nationales de l'Ethiopie vont vers une fin tumultueuse cette semaine comme les deux plus grands regroupements de l'opposition ont refusé d'accepter des résultats provisoires montrant que le parti au pouvoir s'était maintenu en place.
Le principal groupe d'opposition, la Coalition pour l'unité et la démocratie (CUD), a menacé de boycotter la prochaine session parlementaire et d'organiser des manifestations si ses recours portant sur des irrégularités dans 139 circonscriptions électorales n'étaient pas examinés correctement.
La CUD, qui affirme être le véritable vainqueur de l'élection du 15 mai, est également allée en justice pour faire cesser la publication, par la Commission électorale nationale, des résultats contestés, au motif que cela favorisait le gouvernement. En outre, la coalition a demandé aux juges de lever la récente interdiction contre les manifestations publiques dans la capitale, Addis Abeba.
Des observateurs internationaux ont déclaré que l'élection avait été, dans l'ensemble, juste et équitable, même si une équipe de l'Union européenne a noté plus tard que des retards dans le décompte des voix et le parti pris dans les médias d'Etat, pouvaient avoir ouvert la porte à des abus.
Les résultats qui parvenaient au compte-gouttes durant le week-end indiquaient que le parti au pouvoir, le Front populaire révolutionnaire démocratique (EPRDF) avait obtenu une majorité absolue au parlement.
Contre le score provisoire d'environ 300 sièges pour le EPRDF, les deux principales coalitions de l'opposition avaient juste recueilli un peu moins du tiers du total. Obtenir plus de circonscriptions pour contrôler un tiers des sièges (plus de 182) n'est pas une petite affaire pour l'opposition, puisque cela lui permettra de bloquer des lois dans certains cas – ou au moins d'exiger des concessions du gouvernement.
Selon des chiffres publiés tard mardi, la CUD et son partenaire – les Forces démocratiques unies de l'Ethiopie (EUDF) – avaient jusqu'ici remporté un nombre sans précédent de 175 sièges, y compris tous les 23 sièges disponibles à Addis abeba.
"Si nous parvenons à obtenir au moins un tiers des sièges dans la Chambre, alors nous pouvons alors faire des affaires", a déclaré à IPS, Beyene Petros, vice-président de l'EUDF. Mais, "avec une majorité des deux-tiers, ce parlement serait une autre caisse de résonance sans débat. J'en ai assez de cela. J'y suis resté pendant cinq ans et en fin de compte, j'en ai eu marre".
Actuellement, une majorité des deux-tiers au parlement est requise pour diverses décisions importantes, au nombre desquelles celles sur les projets de modifications de la constitution. Des députés ont également besoin du soutien d'au moins un tiers de la législature pour commencer un débat ou obtenir un vote sur une question particulière.
Beyene a indiqué qu'il était trop tôt de parler des nouvelles lois que les partis d'opposition tenteraient de bloquer – ou des propositions de lois qu'ils chercheraient à introduire de leur propre initiative.
"Il serait prématuré de désigner une initiative spécifique. Mais les questions urbaines seront d'un intérêt".
La question litigieuse de la propriété de la terre pour les agriculteurs qui produisent le minimum vital était une autre question d'importance.
"Nous ne parlons pas d'une nouvelle politique agraire, mais ces paysans ont-ils un quelconque titre de propriété pour le lopin de terre qu'ils possèdent? Ces genres de choses peuvent être introduits et examinés", a souligné Beyene.
Même si l'opposition n'arrive pas à s'assurer un tiers des sièges au parlement, les acquis auxquels ils sont parvenus dans le scrutin du mois dernier représentent une amélioration notable sur sa performance pendant les précédentes élections. Le parlement sortant de l'Ethiopie était dominé par le EPRDF, qui contrôlait un peu moins de 88 pour cent des 547 sièges..
Mercredi, la ministre éthiopienne de l'Information, Netsanet Asfaw, a reconnu l'ampleur de la victoire de l'opposition à Addis Abeba et dans d'autres régions. Toutefois, elle l'a attribuée plus à l'insatisfaction par rapport au taux de développement actuel du pays plutôt qu'à un enthousiasme particulier pour les partis d'opposition.
"Le chômage pourrait être l'un des facteurs. Les taux peuvent ne pas être aussi élevés que dans d'autres pays, mais nous avons le chômage. Nous essayons de créer des emplois, mais cela ne signifie pas que nous courons aussi vite que les gens veulent que nous le fassions".
La Commission électorale nationale, chargée de superviser l'élection du mois dernier, a accepté au début de cette semaine de créer un comité constitué de représentants de tous les partis politiques pour enquêter sur les recours portant sur des irrégularités dans plus de 200 circonscriptions électorales.
Toutefois, le président de la commission, Kemal Bedri, a prévenu que les plaintes relatives à l'élection dans une circonscription électorale devraient être importantes pour que l'institution prenne des mesures à cet endroit : "Une reprise de l'élection ne peut être ordonnée que lorsqu'on croit que les irrégularités commises pourraient déterminer les résultats définitifs dans cette circonscription".
La CUD a accueilli favorablement la formation de la nouvelle commission conjointe, mercredi.
"Mais", a déclaré le vice-président de la coalition, Berhanu Nega, "nous avons également dit clairement que toute tentative visant à faire échouer ce processus, toute tentative pour s'accrocher au pouvoir par la force ne sera pas acceptée. Et nous nous apprêtons à prendre toutes sortes de mesures pacifiques et légales".
"L'une des options pacifiques dans notre arsenal est de décider s'il faut ou non faire partie d'un tel gouvernement illégal", a-t-il ajouté. "Mais il est trop tôt pour prendre une quelconque décision". D'autres options de protestations qui ont été mentionnées vont de l'organisation des grèves générales à la fermeture des écoles ainsi que le blocage du commerce et du transport.
La Commission électorale nationale a encore 15 sièges à proclamer dans l'élection. Le vote dans la région somalie, dans le sud de l'Ethiopie, qui compte 23 sièges, a été repoussé jusqu'au 21 août.
Des responsables électoraux affirment qu'ils envisagent d'annoncer les résultats définitifs de l'élection le 8 juin, une fois que toutes les irrégularités présumées auront été examinées.
Le nouveau parlement, qui exercera pendant un mandat de cinq ans, est également chargé de nommer le Premier ministre d'Ethiopie. Meles Zenawi, l'actuel chef du gouvernement, devrait obtenir un troisième mandat si le EPRDF conservait sa majorité parlementaire.

