ACCR, 13 juill. (IPS) – Découragés par des prises de moins en
moins
abondantes, les pêcheurs ghanéens se livrent à des pratiques
aussi
désespérantes que le sacrifice des taureaux dans la mer ou
l'aspersion de
sang sur leurs filets pour attraper plus de poissons.
Certains pêcheurs malins, qui ont des familles nombreuses, disent
avec
fureur que les poissons sont actuellement obligés de réduire leur
nombre de
la même façon que la planification familiale est imposée aux
Ghanéens.
Selon E. N. Aryee, agent de développement de la pêche, la
quantité de
poissons pêchés annuellement est faible à cause des mauvaises
pratiques de
pêche. "Il est par conséquent nécessaire d'impliquer les pêcheurs
dans la
gestion des pêcheries pour mettre fin à la situation", a déclaré
Aryee
avant d'ajouter que les lois municipales sur la pêche sont
impunément
enfreintes.
La participation des pêcheurs aux méthodes de conservation est une
façon de
protéger les 400 miles (643,6 km) que compte le littoral ghanéen,
a-t-il
affirmé.
La pêche à la pirogue est la principale activité des habitants du
littoral
ghanéen. Elle est une source d'emploi pour plus de 500.000
personnes
installées dans 200 villages de pêcheurs.
Tandis que le service des pêches a entamé un programme de
sensibilisation
des communautés de pêcheurs, le conseil national ghanéen des
pêcheurs,
conjointement avec les groupes de conservation, a décidé de jouer
sur les
superstitions traditionnelles des populations pour les amener à
adhérer aux
règles de conservation.
Tous les pêcheurs de cette nation ouest-africaine croient encore
aux dieux
traditionnels de la mer pour assurer leur protection en mer et
pour leur
accorder une pêche fructueuse.
Lors d'une récente cérémonie à Mumford, dans la région centrale du
Ghana,
100 pêcheurs ont prêté serment devant Nana Akrama Effirim, chef
des
pêcheurs, et quelques membres du conseil national des pêcheurs,
s'engageant
à pratiquer de bonnes méthodes de conservation pendant la pêche.
Les pêcheurs de cette région doivent utiliser des filets
appropriés et
adopter d'autres bonnes méthodes de pêche. Le conseil a prévenu
qu'il
confisquera les filets non autorisés.
"Si pour une raison ou une autre je ne respecte pas ce serment,
que le dieu
de la mer ne me permette jamais de retourner à la maison", ont
déclaré les
pêcheurs à la fin du serment.
D'après Nana Effirim, la mauvaise utilisation de la mer est
devenue l'un des
plus grands casse-tête environnementaux, et le serment n'était
qu'un moyen
de régler le problème. "Le serment ne s'adresse à aucun dieu.
C'est pour
notre bien-être et notre avenir en tant que paysans", a-t-il
souligné.
Une cérémonie du même genre a eu lieu à Yeji sur le lac volta où
367
pêcheurs ont aussi prêté serment, s'engageant à adopter de
meilleures
méthodes de pêche.
Autrefois, la conservation faisait partie de la culture ghanéenne
de la
pêche. Un prêtre catholique du nord du Ghana, monseigneur Joseph
Apuri,
pense qu'il est urgent de sensibiliser et de conscientiser
davantage les
pêcheurs sur les méthodes de conservation pour protéger les
rivières et
conserver l'écosystème.
De l'avis des conservateurs, cette sensibilisation doit aussi être
élargie
aux chalutiers et aux bateaux étrangers et locaux qui utilisent
également
des filets non autorisés pour faire la pêche tout au long du
littoral national.
Bien que le service des pêches et la marine ghanéenne aient pu
mettre en
application la loi sur l'utilisation des filets, et contrôler le
braconnage
effectué par les bateaux étrangers, ils n'ont pas eu autant de
chance avec
les piroguiers.
Cependant, Aryee estime que si les bénéficiaires immédiats des
pêches
abondantes sont sensibilisés sur les meilleures méthodes de
conservation et
de gestion des ressources halieutiques, ils protégeront le
littoral et
contrôleront les abus eux-mêmes.

