NATIONS UNIES, 4 mars (IPS) – Munie d'un mandat pour mettre fin aux atrocités répandues dans la région occidentale du Darfour au Soudan, en proie à la violence, une petite force d'observation militaire de l'Union africaine (UA) se trouve handicapée par un manque de soldats, de financements, de soutien logistique et d'équipements de communications.
A ce jour, à peu près la moitié seulement des 3.320 soldats promis – tous d'Afrique – est arrivée au Darfour, dont la crise humanitaire massive a été décrite par le secrétaire général de l'ONU la semaine dernière comme "un enfer sur terre".
"La force élargie de l'UA a été promise en octobre (l'année dernière)", a déclaré à IPS, Adrian McIntyre de l'agence internationale d'aide Oxfam..
"Chaque jour qu'elles ne sont pas déployées signifie un autre jour où des centaines de milliers de civils au Darfour restent vulnérables aux violentes attaques".
Emira Woods, co-directrice de la Politique étrangère en relief à l'Institut d'études politiques, basé à Washington, dit que l'UA est terriblement sous-financée. "C'est comme si la communauté internationale pousse l'UA à échouer", a-t-elle indiqué.
Le Liberia, un pays de trois millions d'habitants, a la plus grande mission de maintien de paix de l'ONU au monde, s'élevant à environ 15.000 hommes.
Pendant ce temps, l'Union africaine a tout juste un peu plus de 1.000 hommes pour une région de la taille de la France. "Ceci est inadmissible", a dit Woods à IPS.
L'ambassadeur Baba Gana Kingibe, le représentant spécial de l'UA au Soudan, a déclaré au Conseil de sécurité le mois dernier qu'il faisait tout son possible pour accélérer le programme actuel de déploiement total de toute la force, composée de 3.320 hommes, d'ici à la mi-avril.
Mais il a souligné qu'il attendait "du matériel indispensable et un soutien financier continus de nos partenaires" — en particulier les Etats-Unis, l'Union européenne, le Canada, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Allemagne, entre autres.
Mais l'assistance a apparemment mis du temps à venir — ou ne vient pas du tout.
Lorsqu'il était en Europe le mois dernier, Annan a dit aux membres de l'Union européenne (UE) et de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) que l'UA avait désespérément besoin d'aide. "De l'aide, s'il vous plait", aurait déclaré Annan.
"Ce n'était pas pour nous substituer à l'Union africaine; c'était pour appuyer l'Union africaine (au Darfour)", a indiqué aux journalistes, Fred Eckhard, le porte-parole de l'ONU.
La force de l'UA comprend des troupes de plusieurs pays africains dans la région, dont le Nigeria et le Rwanda, avec des soldats supplémentaires d'Afrique du Sud et du Tchad pour les rejoindre plus tard.
Dans une déclaration publiée lundi (28 février), Oxfam a indique que "le monde n'avait pas apporté suffisamment d'aide nécessaire pour protéger les civils au Darfour…Des atrocités ont été commises sur une grande échelle et plus de souffrances infligées quotidiennement".
Au moins 300.000 personnes seraient mortes dans le Darfour, avec plus de deux millions de déplacés, depuis le début de 2003.
"Nous avons constaté qu'une présence de l'UA aide à réduire les menaces de violence dans les zones limitées où elles (les troupes) sont déployées", a déclaré Caroline Nursey, directrice régionale d'Oxfam pour la Corne de l'Afrique.
"Mais la mission de l'UA actuelle a besoin de plus de ressources et de personnel pour faire convenablement le travail. Une mission de l'UA bien étendue au Darfour, y compris des hommes supplémentaires, des observateurs du cessez-le-feu et une police civile, doit être déployée immédiatement", a-t-elle ajouté.
S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, un porte-parole d'une agence internationale d'aide a dit à IPS que ce n'était pas forcément vrai que les pays africains étaient réticents à envoyer des troupes ("même si plusieurs soldats préfèreraient probablement se joindre à la force de maintien de paix de l'ONU puisque les salaires sont meilleurs").
Le plus grand problème semble être la capacité logistique et un manque de personnel expérimenté, a-t-il souligné. Certains pays pourraient individuellement avoir la volonté d'envoyer des troupes, mais manquent de capacité, et peut-être de financement, pour recruter, former et déployer la bonne catégorie de personnes assez rapidement.
"Et ce ne sont pas seulement les troupes qui sont nécessaires : une meilleure gestion, planification et utilisation de l'information pour amener la mission de l'UA à être à la hauteur. Nous avons appris qu'il n'existe absolument pas la capacité administrative à Addis Abeba (le siège de l'UA) — sans compter au niveau local – pour gérer une mission de la taille/compétence requise", a-t-il ajouté.
L'UA doit également surmonter sa fierté et être prête à demander de l'aide.
Le slogan "des solutions africaines pour des problèmes africains" est génial, en principe, mais seulement si les solutions disponibles ont une bonne chance de s'attaquer à l'ampleur du problème, a-t-il déclaré.
Lorsqu'on lui a demandé ce qui est nécessaire, Woods a affirmé : "D'abord et avant tout, un soutien financier à l'UA. Elle a fait remarquer que l'UE et les Etats-Unis avaient accordé un financement minimum, toutefois les fonds promis à ce jour sont largement en dessous de ce qui est requis.
L'administration du président George W. Bush avait une excellente opportunité d'aider à rendre justice au Darfour en allouant des fonds pour l'Union africaine dans le budget supplémentaire avancé le mois dernier, a-t-elle souligné.
Toutefois, la majeure partie des fonds américains est actuellement consacrée au Sud-Soudan; le remboursement des acomptes de l'Agence américaine pour le développement international (USAID); le remboursement de l'aide alimentaire Titre II; et la contribution à un tribunal sur les crimes de guerre, proposé par les Etats-Unis, qui sont fortement opposés au transfert des atrocités du Darfour à la juridiction de la Cour pénale internationale basée à la Haye.
Les fonds limités alloués pour soutenir l'opération de maintien de la paix de l'UA ont été morcelés, avec d'importantes portions restées aux Etats-Unis à travers l'utilisation de fournisseurs militaires comme 'Pacific Architects and Engineers', a déclaré Woods. Ces fournisseurs ponctionnent non seulement les ressources limitées, mais, dans le cas du Darfour comme ailleurs, sont également trop chers, inefficaces et prennent du retard à honorer les clauses du contrat.
L'UA a besoin de soutien logistique pour une région qui a peu de voies pavées, des opérations aériennes pour empêcher les bombardements interminables du gouvernement; le transport et la logistique pour loger une force entière; ainsi que le satellite et autre appui technique pour protéger les civils.
"La communauté internationale semble peu disposée à fournir ces ressources clés", a indiqué Woods. Elle a également dit que la mission de l'UA devait en fin de compte être passée à une force de l'ONU qui est capable d'établir une présence plus permanente au Darfour, comme elle le sera bientôt dans le Sud-Soudan.
La semaine dernière, Annan a déclaré au Conseil de sécurité que la force proposée de l'ONU pour le maintien de la paix, forte de 10.000 hommes dans le Sud-Soudan, qui observera un accord de paix ayant suivi une guerre civile de 21 ans, coûtera environ un milliard de dollars dans la première année d'opération.
Mais cette force ne sera impliquée dans aucune mission de maintien de paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan.
Pendant ce temps, dans un rapport publié le mois dernier, Human Rights Watch (HRW), basée à New York, a indiqué que des témoins dans le sud du Darfour ont affirmé que des éléments des milices Janjaweed, soutenues par le gouvernement, avaient attaqué des villages et choisi des jeunes femmes et des filles qu'ils ont violées.
Des parents hommes qui ont protesté ont été battus, mis à poil, attachés à des arbres et contraints de regarder le viol des femmes et des filles. Dans certains cas, a indiqué HRW, les hommes avaient ensuite été marqués à l'aide d'un couteau chaud comme un signe de leur humiliation. Ces rapports de viol, de torture et de mutilation par des milices soutenues par le gouvernement, mettent en évidence la manière dont le Conseil de sécurité doit engager une action urgente pour protéger les civils et punir les auteurs, a souligné HRW.
Mais le Conseil de Sécurité fort de 15 membres tarde à prendre des sanctions sévères à la fois contre le gouvernement soudanais et les milices, principalement parce que certains des membres détenteurs du droit de veto tiennent à protéger leurs intérêts politiques, économiques et militaires.
Woods a dit que la communauté internationale a choisi plutôt de calmer le gouvernement soudanais, menaçant de sanctions mois après mois, mais n'appuyant ces menaces par aucune sanction.
L'année dernière, une initiative pour imposer des sanctions au Soudan a provoqué des réserves d'au moins quatre membres du Conseil de sécurité : la Chine, la Russie, le Pakistan et l'Algérie.
Aussi bien la Chine que la Russie possèdent de puissants intérêts économiques et militaires au Soudan. Le Soudan, qui produit environ 250.000 barils de pétrole par jour, s'est engagé par contrat à vendre une partie à la Chine. La Chine comme la Russie sont également les principaux fournisseurs d'armes au Soudan.
Parmi les avions de chasse de la ligne de front dans l'armée de l'air soudanaise, figurent des MiG-23s russes et des MiG-17s Shenyang chinois. Le Soudan possède également des missiles et des chars d'assaut Silkworm de fabrication chinoise, de même que des véhicules de combats blindés de fabrication russe.

