BAMAKO, 4 mars (IPS) – "Entre la tenue de la conférence de Beijing en 1995 et aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a eu des avancées au Mali, notamment dans la participation des femmes à la vie publique", a déclaré à IPS, Kané Nana Sanou, présidente du Groupe pivot, droits et citoyenneté des femmes.
La tenue de la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Beijing, en 1995, a nourri bien des espoirs pour une amélioration substantielle de la condition des femmes en Afrique, notamment au Mali. Mais tous ces espoirs sont loin d'avoir été comblés, selon plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) de ce pays d'Afrique de l'ouest. La déclaration et le programme d'action de Beijing engageaient les Etats à mener des actions concrètes dans 12 domaines prioritaires en vue de l'autonomisation des femmes. Ces domaines concernent notamment la santé, l'éducation, et les droits fondamentaux de la femme.
Ces domaines visent essentiellement l'élimination des obstacles qui empêchent la femme de jouer pleinement un rôle dans tous les secteurs de la vie publique. Les objectifs étaient de mettre la femme sur un pied d'égalité avec l'homme en la faisant participer à la prise de décision dans les domaines économique, social, culturel et politique. Dix ans après, les femmes maliennes ont essayé de tirer le bilan de la mise en œuvre de la plate-forme de Beijing, au cours d'un atelier tenu le 17 février, à Bamako, la capitale malienne, qui a réuni les différents acteurs et défenseurs de la cause des femmes. Selon Ichata Sahi Alwata, secrétaire exécutive du bureau Afrique de l'ouest de l'Organisation panafricaine des femmes (OPF), parmi les 12 domaines prioritaires, il y en a qui ont enregistré quelques progrès, comme l'éducation, même s'ils sont encore timides. "Avant Beijing, le taux d'analphabétisme des femmes était de 77 pour cent au Mali…, il est passé à 67,8 en 2003", a-t-elle indiqué à IPS. L'une des avancées notoires au Mali est la participation des femmes à la vie publique, a souligné Nana Sanou du Groupe pivot droits et citoyenneté des femmes, qui est un consortium d'ONG. Les statistiques suivantes le prouvent, dit-elle à IPS. "Aujourd'hui, nous avons 15 femmes députées contre trois avant Beijing, et cinq femmes ministres contre trois également en 1995". Mais Alwata déplore néanmoins la régression enregistrée à l'Assemblée nationale. "Car, durant la dernière législature, on avait 18 femmes contre 15 aujourd'hui, sur les 147 députés que compte le parlement malien", explique-t-elle. "Au lieu de doubler les 18, on a régressé à 15…Au niveau des gouverneurs, des préfets, des procureurs, on a pas de femme", regrette Alwata. Pour Sékou Touré, conseiller technique et point focal genre au ministère malien de la Jeunesse, Beijing a été une bonne chose. "Je pense qu'on ne peut pas forcer les choses. Mais, il faut reconnaître qu'il y a eu quand même un mieux, ne serait-ce que sur le plan de la sensibilisation de la population par rapport à la situation de la femme", dit-il. Par ailleurs, le cadre institutionnel de la promotion de la femme s'est quelque peu amélioré après Beijing, sous l'impulsion des associations et ONG féminines. Les autorités maliennes ont décidé d'ériger le Commissariat à la promotion de la femme en un ministère plein dénommé ministère de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille, en septembre 1997. Il est chargé d'élaborer et de mettre en œuvre la politique nationale de promotion de la femme, de l'enfant et de la famille. Scrutant l'avenir avec optimisme, Bouaré Bintou Founé Samaké, membre de la Clinique juridique des femmes maliennes, déclare avoir foi aux femmes maliennes et à la plate-forme de Beijing "parce que les femmes maliennes sont des battantes…qui croient en quelque chose". Toutefois, dans le domaine des droits humains, Samaké, qui est juriste, a mis l'accent sur la situation de la petite fille qui n'est pas prise en compte, selon elle, ni dans le monde des femmes, ni dans celui des enfants. Selon Samaké, la petite fille est victime, comme les femmes, des mêmes violations de droits, notamment par le harcèlement sexuel, le mariage précoce, les stéréotypes…
"Au Mali, une fille sur deux ne va pas à l'école…les filles abandonnent aussi beaucoup plus l'école que les garçons à partir de la troisième année du primaire", selon un rapport des Nations Unies en 2003.
Dans le domaine de la santé de la reproduction, la situation de la femme malienne n'est pas plus reluisante non plus. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), en 2004, chaque jour au Mali, en moyenne 1.530 femmes tombent enceintes, 230 ont des complications obstétricales, 20 perdent la vie et 100 nouveau-nés meurent.
Certaines des femmes ayant la vie sauve souffrent de séquelles graves, telles que les fistules vésico-vaginales, les infections, la stérilité et la descente de l'utérus. Pour Alwata de l'OPF, "il est inadmissible que les femmes meurent en donnant la vie". Selon le ministre de l'Administration territoriale, Kafagouné Koné, le statut juridique de la femme malienne a connu certes des avancées indéniables, "mais, force est de constater que la participation des femmes à la vie publique est restée faible en dépit de leur longue tradition d'engagement politique depuis l'avènement de notre pays à l'indépendance (en 1960)", regrette-t-il. Les statistiques sont éloquentes : en dehors des 15 femmes députées sur les 147; seulement sept femmes sont maires sur les 703 que compte le Mali; et seules 28 femmes siègent dans les conseils de cercle sur un total de 689 conseillers. Pourtant, les femmes représentent plus de 50 pour cent de la population malienne – 11,7 millions d'habitants – et du corps électoral, selon des statistiques officielles. Environ 65 pour cent des Maliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, selon une statistique officielle publiée en 2003. Ce tableau ne semble guère désolant pour la directrice nationale de la promotion de la femme, Kanté Dandéré Touré. Toute souriante, elle déclare à IPS : "Beijing en 1995 était un décollage; 10 ans après, il y a eu des avancées; 20 après, on obtiendra des résultats significatifs, en surmontant beaucoup d'obstacles".

