LAGOS, 22 fév (IPS) – Plus d'une décennie après son dernier dénombrement, le Nigeria se prépare à organiser le cinquième recensement du pays cette année. Toutefois, la religion et l'ethnie pendant longtemps la peste de la vie nationale – semblent vouloir troubler le processus.
Le Conseil national d'Etat (National Council of State), une institution qui comprend le président, les 36 gouverneurs d'Etat et d'anciens chefs d'Etat, a décidé le mois dernier que le formulaire de recensement de 2005 n'inclurait pas des questions sur la religion ou le groupe ethnique des personnes interrogées.
Ceci est intervenu après que Ahmed Makarfi, gouverneur de l'Etat de Kaduna, dans le nord du Nigeria, a menacé d'organiser un boycott du recensement si ces questions étaient abordées dans le questionnaire. Au cours d'une opération conduite à la fin de l'année dernière par la Commission nationale sur la population (NPC) pour informer les gens du recensement, Mafarki a déclaré que la publication éventuelle des statistiques sur la religion et l'ethnie pourraient renforcer les divisions existantes depuis longtemps – et conduire même à des troubles sociaux.
Le président de la NPC Samaila Makama semblait avoir été convaincu par cet argument, indiquant : "Comme chaque groupe religieux et ethnique préfèrerait une supériorité numérique sur l'autre, il serait peut-être plus sûr d'ignorer la religion et l'ethnie puisqu'il y aurait la tentation de la part de chaque groupe d'explorer les voies et moyens d'avoir un léger avantage sur l'autre".
Le nord du Nigeria est majoritairement musulman, tandis que le sud a une concentration de chrétiens et d'animistes. On estime que les musulmans constituent environ 50 pour cent de la population du pays, et les chrétiens 40 pour cent. Les 10 pour cent restants de Nigériens pratiquent d'autres religions.
En 2000, plusieurs Etats du nord ont été secoués par des affrontements entre musulmans et chrétiens suite à l'introduction de la loi islamique – la charia – dans ces territoires.
Les divisions religieuses du pays ont été aggravées par des différences tribales (le Nigeria compte environ 250 groupes ethniques).
L'un des affrontements ethniques les plus violents a vu des membres de la troisième plus grande tribu au Nigeria, les Ibos, faire une tentative infructueuse de sécession en 1967. Maintenant, certains Ibos, qui croient que leur tribu a été marginalisée par le gouvernement, semble voir le recensement comme une manière de recueillir des statistiques qui appuieront leur réclamation d'une plus grande part des ressources du Nigeria.
Par conséquent, des gouverneurs des Etats du sud-est où plusieurs Ibos résident exigent que l'ethnie et les confessions religieuses soient couvertes par le recensement. Et, ils ont, eux-aussi, menacé de boycotter le recensement s'il ne traitait pas de ces questions.
Une autre menace de boycott est déjà venue des responsables de l'Association des chrétiens du Nigeria (Christian Association of Nigeria), basée à Kaduna, qui veulent également que le recensement prenne en compte la religion et l'ethnie. Les Nations Unies recommandent que les formulaires de recensement incluent des questions sur ces sujets.
Le dernier recensement du Nigeria, organisé en 1991, a également fait l'objet de controverse, donnant lieu à plus d'une centaine de procès de la part des parties qui contestaient les résultats.
Le nombre de députés au parlement qu'une région peut nommer, et la somme d'argent qu'elle reçoit du gouvernement central sont largement déterminés par sa population. Par conséquent, plusieurs communautés auraient gonflé leurs chiffres durant de précédents dénombrements, donnant lieu à des contestations juridiques de la part des groupes qui s'étaient senti défavorisés par les résultats du recensement.
"Le problème avec le Nigeria est que nous avions tendance à mettre beaucoup plus l'accent sur l'utilisation des données du recensement pour l'allocation de revenus plutôt que pour la planification d'un développement durable", affirme Makama.
Ceux qui organisent le recensement de 2005 espèrent rompre avec cette tendance en utilisant l'étude non seulement pour compter les gens, mais également les habitations au Nigeria. En outre, le recensement permettra de savoir si les gens ont, oui ou non, accès aux services comme l'eau courante, l'électricité et la communication téléphonique.
A l'heure actuelle, des responsables chargés du recensement divisent le pays en ce qui est appelé "zones de dénombrement", des zones assez petites pour être traversées par des agents recenseurs lorsque le décompte se fera durant les derniers mois de cette année. On estime que le recensement prendra trois à quatre jours pour s'effectuer.
L'opération devrait coûter environ 265 millions de dollars.
Le département pour le Développement international de la Grande-Bretagne fournit actuellement une imagerie par satellite pour aider les autorités à décider des périmètres des zones de dénombrement, à un coût d'environ 60.000 dollars.
L'Union européenne appuie le recensement avec un financement d'environ 15 millions de dollars, tandis que le Fonds des Nations Unies pour la population ainsi que l'Agence américaine pour le développement international ont également promis une assistance pour le recensement.

