WINDHOEK, 21 fév (IPS) – C'est le type de pension de retraite qui pourrait séduire même ces dirigeants les plus accrochés au pouvoir.
Lorsque le président namibien sortant Sam Nujoma passera le témoin à son successeur, Hifikepunye Pohamba, le 21 mars, il continuera à recevoir le même salaire mensuel que le nouveau dirigeant de ce pays d'Afrique australe. Pour la première année de retraite, Nujoma recevra également une prime de départ supplémentaire équivalant à une année de salaire (qui s'élève à un peu plus de 71.000 dollars US). Tout cet argent sera exonéré d'impôt.
Trois voitures seront offertes à Nujoma : une Mercedes Benz S500 (qui est actuellement vendue dans le pays à environ 146.000 dollars US), une voiture break 4X4 et une camionnette.
Les contribuables namibiens vont également payer la note pour environ dix agents de sécurité, trois chauffeurs, deux secrétaires particuliers, deux assistants personnels, deux agents de bureaux, trois domestiques, trois jardiniers, deux cuisiniers et deux blanchisseurs pour tenir la maison de Nujoma.
En outre, il aura un bureau équipé d'ordinateurs, de téléphones, de meubles et d'autres matériels, comme pourrait le décider la présidence. Des dispositions ont été prises pour la couverture médicale, des sièges en première classe sur des vols internationaux et les voyages à l'intérieur du pays – ainsi que des spectacles, l'eau et l'électricité.
Le projet de loi autorisant ces avantages, contre lequel des partis d'opposition ont voté, a été adopté vers la fin de l'année dernière.
Durant le débat sur le projet de loi au parlement, Nora Schimming-Chase – vice-président du 'Congress of Democrats' (Congrès des démocrates), le principal groupe d'opposition en Namibie – a soutenu que Nujoma, en tant que propriétaire de plus d'une ferme, devrait payer une contribution au fonds de son assistance médicale. Carola Engelbrecht, secrétaire général du Republican Party (Parti républicain), a déclaré à IPS qu'elle n'était pas opposée à ce qu'une pension raisonnable de retraite soit octroyée au président. Toutefois, il était "incompréhensible" que Nujoma ait pu accepter les avantages qui lui ont été accordés, étant donné les niveaux actuels de pauvreté en Namibie : "Où est la compassion pour son peuple qui a lutté et a souffert avec lui avant l'indépendance?".
Le parti au pouvoir, le South West Africa People's Organisation (l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain, SWAPO), avec sa majorité des deux-tiers au parlement, a pu passer outre les souhaits des partis d'opposition dans cette affaire.
Mais, cela n'a pas empêché que la pension de Nujoma devienne une question de débat animé parmi les citoyens namibiens.
"Ce n'est pas une pension, c'est une fortune", estime Rosa Uiras, une domestique, célibataire et mère de trois enfants. Comparant les avantages du président sortant à la pension mensuelle d'environ 51 dollars US que le gouvernement donne à d'autres citoyens plus âgés, elle ajoute : "Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. C'est très mauvais".
Uiras, qui vit à Katutura, une banlieue à faible revenu de la capitale – Windhoek – se sent particulièrement chagrinée par le fait que le président à la retraite n'aura même pas à payer ses factures d'électricité et d'eau.
"Il doit se sentir comme un être humain et devrait dire 'non' à cette pension", a-t-elle souligné.
Parlant en son nom personnel, Ndapewa Nghipandulwa – la présidente du Syndicat national des enseignants de la Namibie (Namibia National Teachers' Union) – a déclaré : "Bien que nous appréciions ce que Nujoma a fait pour la nation, pouvons-nous réellement nous permettre une telle extravagance?".
Nghipandulwa met l'accent sur le fait qu'il n'y a toujours pas assez d'écoles dans le pays, tandis que beaucoup de gens "ne trouvent pas…assez à manger et n'ont pas de logement, pas d'électricité" – quelque chose qu'elle voit comme une menace potentielle à la stabilité à long-terme de la Namibie. Selon le dernier Rapport des Nations Unies sur le développement humain durable, près de 35 pour cent des Namibiens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
Pour sa part, Paulus Kapia, secrétaire général de la Ligue des jeunes de la SWAPO, est pleinement favorable à la pension de retraite.
Cependant, dans un entretien avec la chaîne internationale allemande, Radio Deutsche Welle (la Voix de l'Allemagne), il a refusé de dire si les énormes besoins de la société namibienne pourraient ou non amener certains à se poser des questions sur la sagesse d'octroyer à Nujoma ces nombreux avantages. Il a qualifié de "complètement irresponsable" la question de savoir si un président à la retraite avait réellement besoin de trois voitures.
Nujoma est devenu le premier président de la Namibie (précédemment connu sous le nom de Sud-Ouest africain) après que le pays a obtenu son indépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud en 1990. Ceci a été précédé d'une lutte armée menée par la SWAPO, qui a commencé en 1966.
Le président a été réélu en 1994 et en 1999. Des informations indiquent qu'il poursuivra des études de géologie à l'Université de Namibie après son départ de la présidence, le mois prochain.

