ABIDJA, 11 juin (IPS) – Lorsque le consul général du Mali à
Abidjan a lu un
journal qui parlait du trafic d'enfants en provenance de son pays
vers la
Côte d'Ivoire, il a tout de suite pensé que la presse avait
inventé une
histoire.
"Je sais qu'il a existé pendant longtemps, des immigrants
saisonniers
adultes en provenance du Mali vers la Côte d'Ivoire, mais mon
département et
les autorités ivoiriennes ne sont pas au courant de l'existence
d'un réseau
de trafic d'enfants opérant à travers la frontière des deux
pays", a
indiqué Fassiriman Dembele en réponse à une dépêche parue dans le
quotidien
local 'Le Jour'.
Le journal a récemment rapporté que les trafiquants recrutent les
enfant au
Mali, leur promettant "des emplois de gérants de boutiques dans
les villes
ivoiriennes où ils peuvent gagner environ 160 dollars américains
par mois".
"Mais contrairement à la promesse, les enfants finissent par se
retrouver
dans les plantations où ils sont vendus par leurs recruteurs aux
fermiers
pour 30 à 35 dollars par personne", a révélé 'Le Jour'. Les
trafiquants y
retournent à la fin de la moisson pour percevoir les salaires des
enfants.
D'après 'Le Jour', le réseau de recrutement opère à partir de
Sikasso la
ville malienne, dans le sud du pays, où des centaines
d'adolescents naïfs
ont été recrutés pour travailler comme des esclaves dans les
plantations de
la Côte d'Ivoire. Leurs parents, a indiqué le journal, ne savent
pas que
leurs enfants sont exploités dans des travaux forcés".
Dembele a décidé de vérifier la véracité des faits publiés par le
journal.
Il a visité la région centrale de la Côte d'Ivoire où les enfants
travailleraient comme esclaves. Ce qu'il a trouvé, l'a étonné.
"Dans un village, j'ai vu une plantation de coton d'environ 30 à
40
hectares sur laquelle 15 adolescents, tous des Maliens,
travaillaient.
C'était pour moi une surprise", a déclaré Dembele.
Le Consul général malien a immédiatement initié une opération qui
a permis
l'arrestation de cinq personnes impliquées dans le trafic
d'enfants, et
quelque 35 enfants et adolescents ont été libérés.
Selon Dembele, les fermiers ivoiriens ont rapidement accepté de
libérer les
enfants lorsqu'ils ont appris qu'ils pouvaient être arrêtés et
accusés de
complicité.
Cette région centrale compte près de 50 grandes fermes. Dembele a
déclaré
qu'il existe encore beaucoup d'enfants et d'adolescents qu'il
faut
retrouver et libérer. "Le gouvernement nous a apportés toute
l'assistance
nécessaire qui puisse nous permettre de mettre fin au trafic
d'hommes",
a-t-il indiqué.
Souleymane Konaté, l'un des adolescents libérés, a décrit aux
journalistes à
Abidjan, les conditions difficiles qui prévalaient dans les
plantations. Le
jeune garçon âgé de 12 ans a affirmé que les enfants se
réveillaient au
lever du soleil, prenaient de la bouillie de maïs, et
travaillaient dans
les plantations jusqu'au coucher du soleil.
"Nous étions entre 30 et 40, enfermés dans les chambres, où le
sol nous
servaient de lit. Si par malchance l'un d'entre nous ressentait le
besoin
d'aller aux toilettes la nuit, ce dernier était obligé de le faire
dans la
chambre, parce qu'il n'y avait aucun moyen pour sortir", a
indiqué Konaté.
"Même mon chien ne pouvait dormir là où nous étions contraints de
passer la
nuit… Je suis heureux de retourner chez mes parents", a-t-il
ajouté
D'après l'Organisation Internationale du Travail (OIT), au moins
250
millions d'enfants pratiquent diverses formes de travaux forcés
dans les
pays en développement
"Quatre vingt millions d'entre eux sont localisés en Afrique,
travaillant
dans l'agriculture, la construction et les travaux domestiques",
rapporte
l'OIT.
En Afrique de l'Ouest, le phénomène de l'exploitation des enfants
serait un
problème grandissant au Mali, en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso,
au Bénin et
au Togo.

