POLITIQUE-TOGO: Faure Gnassingbé veut diriger la transition, malgré lescontestations

LOME, 19 fév (IPS) – L'opposition togolaise a manifesté, samedi à Lomé, la capitale du Togo, pour exiger un retour à l'ordre constitutionnel dans le pays alors que les partisans du pouvoir demandent au président autoproclamé Faure Gnassingbé d'être candidat à la prochaine élection présidentielle.

Quelque 30.000 personnes ont manifesté à l'appel de six partis de l'opposition togolaise pour exiger le départ du fils du président défunt Gnassingbé Eyadéma de la tête du pays, alors que celui-ci a décidé de diriger la transition pour organiser une nouvelle élection présidentielle dans 60 jours.

"Nous n'avons pas d'autres armes, nous n'avons que la mobilisation et nous comptons sur elle pour faire reculer le régime et pour le faire partir", a déclaré à IPS, l'opposant Jean Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces du changement (UFC), l'un des organisateurs de la marche populaire.

"Le roi est mort et le régent explique qu'il veut prendre sa place", a indiqué, pour sa part, Yaovi Agboyibo, président du Comité d'action pour le renouveau (CAR), un autre parti d'opposition.

Les manifestants ont sillonné plusieurs artères de la capitale togolaise avant de se réunir sur place publique, dans le centre-ville. Tout le long du parcours, ils scandaient des slogans et brandissaient des pancartes portant des inscriptions hostiles au nouveau président.

Les manifestants ont dénoncé également la "complicité et l'hypocrisie" de la France, en particulier du président Jacques Chirac qui, selon eux, a toujours soutenu le régime dictatorial du Togo. Ils ont même brûlé un drapeau aux couleurs françaises. "J'exerce provisoirement les fonctions de président de la République comme le stipule la constitution", avait déclaré Faure Gnassingbé, dans un message à la nation diffusé par la radio et la télévision d'Etat, vendredi soir.

Il a ajouté : "Investi de la fonction présidentielle par la représentation nationale (le parlement), nous assurons la continuité de l'Etat en attendant l'élection d'un nouveau président". De leur côté, quelques milliers de partisans du régime en place, réunis également samedi au domicile privé du défunt chef de l'Etat togolais – au moment où l'opposition le contestait dans les rues – ont souhaité que Gnassingbé soit leur candidat à la prochaine élection présidentielle..

"Puisque certains détracteurs de notre pays veulent des élections, nous irons aux élections et vous serez notre candidat", a indiqué Harvey d'Almeida, le porte-parole des partisans du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT).

"J'ai accepté votre requête pour me présenter comme candidat aux prochaines élections", a répondu le nouvel homme fort du Togo.

Mais pour Zeus Ajavon, président d'un collectif d'associations et de syndicats de la société civile togolaise, le fait que Gnassingbé soit candidat aux prochaines élections ne constitue pas un problème. "Ce n'est pas à lui d'ailleurs de dire que les élections auront lieu dans deux mois", a martelé Ajavon.

Gnassingbé a également affirmé dans son message : "J'ai décidé, dans l'intérêt supérieur de la nation, de poursuivre le processus de transition conformément à la constitution de 1992, amendée en décembre 2002, et d'organiser l'élection présidentielle dans les délais constitutionnels de 60 jours".

Il a souhaité que la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) accompagne le Togo dans ce processus électoral.

Il a indiqué que des mesures exceptionnelles ont été prises depuis la disparition du président Gnassingbé Eyadema "pour garantir l'intégrité territoriale, préserver la paix, la sécurité et l'unité nationale". "Dans un pays comme le nôtre où le tissu social demeure fragile, la vacance du pouvoir, consécutive au décès du chef de l'Etat, risquait d'avoir des conséquences imprévisibles", a ajouté Gnassingbé.

"Dans le souci de préserver le climat de paix et de sécurité dans lequel nous vivons et qui seul peut nous permettre de mener à bien l'œuvre de construction nationale, il fallait prendre des mesures urgentes pour garantir la continuité de l'Etat tout en assurant à tous les conditions idéales de confiance et de sérénité leur permettant de vaquer librement à leurs occupations" a expliqué Gnassingbé.

Pour Ajavon, les Togolais et la communauté internationale n'ont pas besoin de ces explications "qui n'ont même pas de sens. Tout ce qui nous intéresse, c'est que Faure quitte le pouvoir, nous voulons un retour à la légalité, nous ne voulons pas d'un régime issu de coup d'Etat", a-t-il souligné à IPS.

Madeleine Agbéléwou, une commerçante résidant à Lomé, invite, pour sa part, les Togolais à ne pas baisser les bras. "Il faut que nous-mêmes, nous luttions contre ce régime illégal avant que la communauté internationale ne nous appuie", a-t-elle dit à IPS avant de saluer l'engagement et la détermination du président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, qui a rejeté les décisions du président autoproclamé du Togo.

Réagissant à la déclaration du nouvel homme fort togolais vendredi soir, Obasanjo, qui est également président en exercice de l'Union africaine (UA), a jugé "inacceptable" la réponse de Faure Gnassingbé à la CEDEAO, indiquant que le Togo s'exposait à des sanctions imminentes, selon son porte-parole Remi Oyo.

Selon un communiqué de presse publié au siège de l'UA à Addis Abeba, en Ethiopie, Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l'union, a dénoncé la décision de Gnassingbé de se maintenir au pouvoir, estimant qu'elle ne consacrait pas le retour à la légalité constitutionnelle exigée par la CEDEAO.