ENVIRONEMENT-AFRIQUE: La désertification persiste.

NAIROB, 22 juin (IPS) – Chez les Luo (peuplade originaire de
l'ouest du
Kenya), la plantation des arbres par les femmes est considérée
comme un
tabou. Et dans la province aride du nord-est, les bergers
continuent d'errer
d'un endroit à un autre avec un grand nombre de bétail qui détruit
le sol.

La désertification persiste toujours en Afrique de l'Est, malgré
les projets
et les stratégies adoptées pour lutter contre le phénomène. Cette
persistance serait la conséquence de ces projets et d'autres
pratiques
traditionnelles et tabous qui favorisent la sécheresse, explique
Ager
Onyango, expert en agro-foresterie.
Après avoir distribué des plants d'arbres dans une communauté,
"nous avons
été convoqués par le chef qui nous a informé que les gens ne
pouvaient pas
planter ce genre d'arbre car il apporterait malheur à la
communauté",
rappelle Onyango.
La lutte contre la désertification, particulièrement en Afrique,
est
toujours l'un des grands défis environnementaux, près d'un quart
de siècle
après que cela a été identifié comme l'une des questions
environnementales
les plus saillantes au monde.
En dehors du programme mondial fixé pour l'an 2000, il y a peu
d'initiatives
à l'horizon destinées à prévenir la menace que la désertification
représente
pour des millions de personnes vivant dans les zones arides.
Selon le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE),
la
dégradation de la terre s'est étendue à plus de 3,6 milliards
d'hectares, à
peu près le quart de la surface totale de la terre. Cette
dégradation
affecte les moyens de subsistance d'un milliard de personnes.
"Le continent le plus affecté est l'Asie. En Afrique, 73 pour
cent des
1,433 milliards d'hectares de terres arides montrent des signes de
désertification", a indiqué Till Darnhoefer, agent du PNUE chargé
du
contrôle de la désertification, au cours d'un entretien avec la
presse dans
la capitale kenyane, le 17 juin, marquant la 'journée mondiale de
lutte
contre la désertification'.
Malgré la menace que représente la dégradation de la terre pour la
sécurité
alimentaire, Darnhoefer a démontré que bien que plusieurs
gouvernements
aient signé un certain nombre de traités sur la désertification, y
compris
la convention des Nations Unies sur la lutte contre la
désertification
entrée en vigueur en 1996, les pays disposent de très peu de
preuves pour
montrer leur engagement vis-à-vis des traités signés.
"La connaissance et les compétences techniques nécessaires pour
stopper la
dégradation des terres arides sont disponibles. Cependant, ce sont
les
facteurs politiques et économiques, et non la recherche
scientifique, qui
détermineront si oui ou non le double objectif de lutte contre la
dégradation et d'atténuation des effets de la sécheresse sera
atteint", a
déclaré Darnhoefer.
La désertification a créé le nouveau phénomène des réfugiés de
l'environnement, ces personnes qui quittent leurs zones rurales
pour se
rendre en ville parce que la terre n'est plus fructueuse.
"Les difficultés rencontrées par des millions de personnes qui
décident de
quitter leurs milieux appauvris pour aller mener une existence
plus
misérable dans un centre urbain, sont les manifestations sociales
de ce
malaise", a souligné Klaus Toepfer, directeur général du PNUE.
Au Kenya, par exemple, 10 millions de personnes sur les 30
millions
d'habitants que compte cette nation de l'Afrique de l'Est, vivent
dans la
ceinture aride et semi-aride couvrant 80 pour cent des 583.000
kilomètres
carrés que représente la superficie du pays.
Darnhoefer a aussi indiqué qu'il y a des preuves selon lesquelles
les
conflits sévissant dans la corne de l'Afrique peuvent être
attribués à la
dégradation de l'environnement. "Il est, par exemple, prouvé que
la guerre
civile somalienne est en partie due aux problèmes de la
sécheresse",
a-t-il déclaré.
La désertification représente également un énorme manque à gagner
pour
l'économie des pays concernés. Les experts estiment que la valeur
des
revenus perdus annuellement à cause de la surexploitation des
terres et de
la sécheresse, s'élève dans le monde à 42 milliards de dollars
américains
dont 9,3 milliards de dollars sont perdus en Afrique.
Dans le cadre de la stratégie de lutte contre la désertification,
la
convention des Nations Unies, signée par plus de 125
gouvernements, insiste
sur la participation des populations locales, notamment les
femmes, dans
les activités de reboisement.
En dehors des pratiques traditionnelles et des tabous africains
qui ont
freiné la mise en application des stratégies de lutte contre la
désertification, Sam Mbogo, expert en agro-foresterie, trouve que
le
problème est dû au système d'appropriation des terres en Afrique.
Dans les pays comme le Kenya et le Zimbabwe, où la plupart des
citoyens
n'ont aucun titre de propriété sur les terres, le couvert
forestier se
rétrécit et l'érosion du sol est accentuée car les gens ne se
sentent pas
responsables de la façon dont ils utilisent la terre.
"Lorsque les gens ne reçoivent pas les titres fonciers de leurs
terres, ils
ne peuvent pas se dire responsables de ces terres-là et cela les
amène à les
négliger ", a affirmé Mbogo. Au Kenya, plus de 75 pour cent des
populations
rurales n'ont pas de titres fonciers.
Il existe cependant, un certain nombre de bonnes pratiques. Par
exemple, le
Sonnleited Ranch Project au centre de la Namibie (en Afrique
australe) a
développé un système intégré de gestion des terres grâce à
l'utilisation de
petits champs et du contrôle de l'érosion des sols.
En outre, dans la région septentrionale aride du Sénégal, les
populations
locales, notamment les filles et les femmes, ont été sensibilisées
et sont
impliquées dans les activités de conservation de la terre.