SANTE: Des Visites Conjugales Pour Lutter Contre le SIDA Dans Les Prisons.

HARAR, 23 juill. (IPS) – Les autorités zimbabwéennes, de plus en
plus
alarmées par l'incidence croissante du syndrome d'immunodéficience
acquise
(SIDA) dans les prisons, envisagent de permettre aux prisonniers
des visites
conjugales pour limiter la propagation de la maladie.

L'idée a été suggérée par le ministre de la Justice, Emmerson
Mnangagwa, la
semaine dernière. C'était une façon de renouer le débat sur le
VIH/SIDA dans
les prisons.
Cependant, selon les organisations nationales de lutte contre le
SIDA, les
droits conjugaux accordés aux prisonniers peuvent être une bonne
idée, mais
sa mise en application nécessite l'amélioration des conditions de
vie dans
les prisons.
"Nous n'avons pas assez de chambres pour les prisonniers eux-
mêmes, avant
de penser à des chambres privées pour satisfaire les obligations
conjugales", déclare Zorodzaï Machekanyanga, agent du service
d'information
du réseau d'aide aux femmes séropositives (WASN).
"Nous approuverons, mais il faut d'abord que les conditions de
vie dans nos
prisons soient améliorées. L'environnement est rude même pour les
prisonniers endurcis, il l'est encore plus pour les gens venant de
l'extérieur", ajoute-t-elle.
Norman Nyazema, président du centre d'information sur le SIDA
(ACT),
reconnaît aussi qu'il serait trop tôt de parler des droits
conjugaux des
prisonniers comme une stratégie de prévention du SIDA.
Selon Nyazema, lors d'une récente visite de causerie avec les
prisonniers,
qui a porté sur les préservatifs, plusieurs d'entre eux se sont
carrément
opposés à l'idée d'accepter que leurs épouses viennent passer du
temps avec
eux en prison.
"Le cadre des prisons est tellement médiocre. Un lieu conjugal
doit être
confortable", affirme Nyazema avant de signaler que les
prisonniers
condamnés à de longues peines de prison "ont refusé qu'on leur
arrange des
visites conjugales".
"Pour eux (les prisonniers de longue durée), la vie c'est ce qui
se passe
dans les prisons", explique Nyazema. "C'est seulement les
prisonniers de
courte durée qui ont approuvé l'idée d'autoriser les visites de
leurs
épouses pour satisfaire les besoins sexuels".
Le gouvernement zimbabwéen, qui semble désormais prêt et disposé
à parler
ouvertement de la pandémie du SIDA dans cette nation de l'Afrique
australe,
fait face, selon les estimations, à une population de 1,5 millions
de
personnes infectées par le virus immunodéficitaire humain (VIH)
responsable
du SIDA.
Un Zimbabwéen sur quatre est séropositif et, d'après les chiffres
officiels,
700 personnes meurent quotidiennement de maladies liées au SIDA.
Une récente enquête effectuée par les services pénitentiaires au
cours de
ces cinq dernières années montre aussi que le nombre de détenus
ayant le
VIH/SIDA est un sujet de préoccupation. Un nombre total de 642 cas
de SIDA a
été enregistré et un nombre supplémentaire de 2908 prisonniers ont
montré
des symptômes cliniques de la maladie dans les 40 prisons du pays.
Il y a 17.000 personnes dans les prisons dont 800 femmes. Bien que
uête
des services pénitentiaires ne précise pas si les compagnons de
cellule ont
contracté la maladie dans les prisons, la plupart des gens croient
qu'ils
l'ont contractée pendant leur détention. En 1995, 72 pour cent des
décès
survenus parmi les prisonniers étaient liés au SIDA, révèlent les
statistiques officielles.
"Avant d'autoriser les visites conjugales, nous avons besoin de
chercher à
savoir si cela peut réduire l'homosexualité et la violence
sexuelle dans les
prisons", suggère Elizabeth Matenga, directeur général de l'ACT.
Ironiquement, alors que le ministre de la Justice, Mnangagwa,
approuve les
droits conjugaux des prisonniers, il est contre l'idée de leur
fournir des
préservatifs car, dit-il, cela pourrait être perçu comme une façon
d'encourager l'homosexualité qui est un délit au Zimbabwe.
Cependant, Matenga estime que la fourniture des préservatifs aux
prisonniers
est un devoir. "Nous ne pouvons pas continuer à dire que cela ne
se produit
pas, alors que nous savons tous que cela se produit. Nous ne
pouvons pas
enterrer nos têtes et dire qu'il n'y a rien de tel.
"Nous n'encourageons pas l'homosexualité, mais nous devons
choisir le
moindre mal : refuser un préservatif à quelqu'un et le condamner à
une mort
provoquée par le SIDA ou distribuer les préservatifs afin que les
gens
tentés par les désirs sexuels puissent au moins rester sains", a
souligné
Matenga.
Machekanyanga approuve cette idée. "Les préservatifs devraient
être
disponibles. Je pense que les faits montrent que dans toutes nos
prisons, il
y a des rapports homosexuels consentis et non consentis. Pour
sauver des
vies humaines, il faudrait distribuer des préservatifs".
Toutefois, de la même façon que certains prisonniers s'opposent à
l'idée des
visites conjugales, les préservatifs n'étaient pas non plus perçus
comme une
option.
"Nous sommes allés proposer des préservatifs aux prisonniers,
mais ils ont
refusé", a dit Nyazema à IPS. "Ils ont expliqué que les rapports
homosexuels avaient lieu non pas parce qu'ils le voulaient mais
parce que
la plupart d'entre eux étaient forcés par des prisonniers endurcis
.. . .
alors, ils ont ouvertement refusé les préservatifs. Nous en étions
même
surpris".
Le gouvernement zimbabwéen, à la suite de la visite d'une
délégation de haut
niveau en Ouganda, a annoncé qu'il commencera à parler plus
ouvertement du
SIDA. "Le fait d'avoir voilé le SIDA a été notre plus grande
faiblesse", a
dit le vice président, Simon Muzenda, à la délégation de 12
membres, qui l'a
rencontré cette semaine-ci.
"Nous n'avons aucune échappatoire face à ce problème. Nous ne
pouvons
simplement pas le négliger surtout après avoir constaté l'impact
de la
pandémie sur notre jeunesse", a souligné Muzenda.
La délégation zimbabwéenne, conduite par Oppah Muchinguri,
ministre d'Etat,
délégué à la présidence, chargé des questions de genres, a passé
une semaine
en Ouganda pour savoir comment ce pays avait réussi à faire
baisser les taux
d'infection du VIH.