RUMBEK, sud du Soudan, 28 jan (IPS) – Les routes sont recouvertes d'épaisses couches de poussière. Des blindés, des camions militaires et les vestiges squelettiques de bâtiments parsèment l'horizon. Bienvenue à Rumbek : la capitale administrative du Sud-Soudan, nouvellement désignée.
Ce qui est moins visible que des bâtiments détruits par des bombardements, ce sont les souvenirs dommageables que les gens ont du conflit qui a entraîné cette partie du pays dans le gouffre pendant plus de deux décennies, et qui a pris fin tout récemment.
"J'ai perdu huit de mes neuf enfants et mon mari dans la guerre avant d'être violée par des soldats, il y a quelques années. J'ai vécu pendant longtemps dans la désolation, nourrissant des sentiments de colère et de haine", déclare Alek Akuer, âgée de 55 ans, qui a pris l'habitude de dire des prières tous les matins lorsqu'elle est en face d'un blindé stationné à côté de sa cabane en toit de chaume. Elle fait cela dans l'espoir que la paix durera.
En survivant simplement à la guerre, Akuer s'est, d'une manière remarquable, battue contre des montagnes. Environ deux millions d'autres personnes dans le Sud-Soudan sont morts dans le conflit – ou ont succombé à la maladie et à la famine auxquels les combats ont ouvert la voie. Encore plus de personnes ont été déplacées : quatre millions d'individus dénombrés.
Maintenant, Akuer et d'autres qui vivent à Rumbek espèrent un dividende substantiel de la paix qui inclura de nouvelles écoles, de meilleurs services de santé et des routes bitumées dans une région qui n'a pratiquement pas d'infrastructure.
"Nous sommes satisfaits de la paix et nous prions pour que Dieu nous aide.
Nous avons besoin de toutes ces choses sur place, en particulier les écoles pour offrir une éducation gratuite. Nous n'avons pas d'argent, et puisque l'enseignement n'est pas gratuit ici, nos enfants ne vont pas à l'école", a dit à IPS, Apodha Maditshe, une habitante de Rumbek, montrant du doigt ses cinq neveux jouant nus dehors.
Dans un développement prometteur le Mouvement rebelle/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) qui a pris les armes contre Khartoum en 1983, semble être en train de donner la priorité à l'éducation.
Ceci se fait dans la ligne des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), adoptés par les Nations Unies en 2000 en vue de relever les niveaux de vie dans le monde entier d'ici à 2015. L'un des huit OMD demande l'instauration de l'éducation primaire universelle dans tous les pays au cours de la prochaine décennie.
Le SPLM/A estime que l'éducation pour les filles recevra une attention particulière.
Selon un rapport publié conjointement en juin de l'année dernière par le 'New Sudan Center for Statistics and Evaluation' (Centre de statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, 'Vers une base : Meilleures estimations des indicateurs sociaux pour le Sud-Soudan', les filles de la région ont plus de chances de mourir pendant la grossesse ou en couches que de finir l'école primaire.
Le 'New Sudan Center for Statistics and Evaluation' fait partie du SPLM/A.
L'accent sur l'éducation des filles reflète une stratégie plus large au sein du mouvement, pour s'attaquer aux facteurs culturels qui sapent le statut des femmes.
"Les femmes sont les marginalisées des marginalisés", a déclaré John Garang, le leader du SPLM/A, à une conférence de presse à Rumbek ce week-end, durant sa première visite dans la ville depuis la signature d'un accord de paix le 9 janvier. "Le gouvernement du Sud-Soudan apportera l'environnement nécessaire pour la réussite des femmes".
Les femmes constitueraient 65 pour cent de la population du Sud-Soudan.
"Le projet de constitution du SPLM/A prévoit que les femmes seront représentées à hauteur de 25 pour cent dans tous les aspects de prise de décision, et ensuite, elles entreront en compétition avec les hommes pour les 75 pour cent restants", a indiqué Garang aux journalistes, ajoutant : "Nous aurons des programmes pour les femmes, mais les femmes elles-mêmes doivent s'organiser pour se battre pour l'autre pourcentage, plutôt que d'attendre qu'on leur mâche le travail".
Aux termes de l'accord de paix pour le Sud-Soudan, signé au Kenya, d'anciens rebelles doivent participer à un gouvernement d'union nationale pendant six ans après quoi un référendum sera organisé pour savoir si le sud devrait ou non faire sécession. Entre-temps, la région sera autonome sous Garang.
La guerre dans le sud avait largement été menée pour obtenir l'indépendance et la liberté religieuse pour les habitants chrétiens et animistes de la région, qui résistaient au contrôle des autorités islamiques dans le nord.
Les deux parties ont été également en désaccord sur celui qui devrait profiter des ressources pétrolières au Sud-Soudan.
Un traitement égal pour les femmes est également stipulé dans l'accord du 9 janvier, parafé après plus de deux ans de pourparlers organisés sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement – un regroupement régional.
Néanmoins, des activistes de défense des droits des femmes comme Aguil de'Chut Deng restent sceptiques par rapport à la capacité du SPLM/A à passer aux actes en ce qui concerne l'amélioration du sort des femmes.
"Le projet de constitution parle d'une représentation de 25 pour cent de femmes à tous les postes clés. Ceci a été dit maintes et maintes fois avant même la signature de l'accord de paix, mais ce que nous n'avons pas vu est l'application. Nous disons que ce que nous voulons dans le nouveau Soudan maintenant, c'est l'action", a-t-elle indiqué à IPS, à Rumbek.
En plus de diriger le Sud-Soudan, Garang exercera la fonction de vice-président dans un gouvernement d'union nationale qui administrera le pays jusqu'à la tenue du référendum sur l'indépendance du sud.
Les forces du SPLM/A et du gouvernement seront intégrées dans une armée unique, tandis que les revenus pétroliers seront partagés entre les deux parties.

