MAPUTO, 23 déc (IPS) – Il y a eu très peu de surprises cette semaine lorsque les résultats définitifs des élections générales des 1er et 2 décembre au Mozambique ont été annoncés.
Mardi, la Commission nationale des élections (CNE) a déclaré que le scrutin présidentiel avait été remporté par Armando Guebuza du parti au pouvoir, le Frelimo. Ce groupe a également recueilli une majorité de sièges au parlement.
"C'est une grande responsabilité. Les gens ont montré une confiance continue en nous, et ont de grandes attentes. Nous ne devrions pas décevoir", a dit aux journalistes, Veronica Macamo, représentante du Frelimo à la cérémonie de proclamation des résultats. Le verdict de la CNE a confirmé les résultats préliminaires, qui indiquaient une nette victoire pour le Frelimo. Les résultats définitifs auraient dû être publiés la semaine dernière (17 décembre); la CNE a évoqué des problèmes logistiques comme faisant partie des facteurs ayant contribué à l'annonce tardive de l'issue du scrutin.
Le président de la CNE, Arão Litsuri, déclaré que Guebuza a obtenu 63,74 pour cent de voix, contre 31,74 pour cent pour son plus proche rival, le leader du parti de la Renamo, Afonso Dhlakama.
Raul Domigos, qui a quitté la Renamo en 2000 pour créer le Parti pour la paix, la démocratie et le développement, a beaucoup déçu en obtenant juste 2,73 pour cent des suffrages.
Le Frelimo a obtenu 160 sièges sur les 250 du parlement, soit une augmentation de 27 par rapport au nombre de sièges remportés dans les élections de 1999. Par contre, la Renamo a subi des pertes considérables dans le scrutin législatif. Elle a obtenu juste 90 sièges, une baisse par rapport aux 117 qu'elle avait gagnés cinq ans auparavant.
Le parti, précédemment un groupe rebelle qui a mené une guerre de 16 ans contre le gouvernement, a allégué une fraude massive dans les élections – et a affirmé qu'il n'occuperait pas ses sièges au parlement. Le groupe a néanmoins exclu toute reprise de conflit.
"La Renamo ne reconnaît pas ses 90 sièges, et nous ferons appel devant la Cour constitutionnelle", a indiqué aux journalistes, le porte-parole Fernando Mazanga. Le Parti indépendant du Mozambique (PIMO) a également fait des allégations de truquage de vote. "Il y a une émergence d'un système de parti unique qui a été conçu quelque part dans un bureau", a affirmé le représentant du parti, Mussagy Magalhães.
Il a dit que le PIMO informerait les populations que "l'élection n'était pas libre, juste et transparente – et que leurs votes n'avaient pas été comptés".
Dans une certaine mesure, des groupes d'observateurs ont confirmé ces affirmations. La preuve de bourrage d'urnes a été faite dans la province occidentale de Tete, par exemple; c'était également le cas dans les régions australe de Gaza, et septentrionale de Niassa, où des cas de bourrage d'urnes semblaient favoriser Guebuza et le Frelimo.
Le Centre Carter basé à Atlanta – qui a déployé des observateurs au Mozambique – a publié un communiqué mardi dans lequel il se plaignait de "résultats de feuilles de dépouillement de bureau de vote manquant de crédibilité, de problèmes avec le logiciel de présentation des résultats (et) de différence entre le nombre de bureaux de vote et de feuilles de dépouillement", entre autres.
Toutefois, aussi bien les observateurs nationaux qu'internationaux ont également affirmé que les irrégularités, quoique sérieuses, n'étaient pas d'une ampleur susceptible de remettre en cause l'issue du scrutin présidentiel. En revanche, les observateurs croient que la fraude électorale aurait peut-être influencé la répartition des sièges parlementaires.
"Même si le centre ne s'attend pas à ce que ces irrégularités changent l'issue du scrutin présidentiel, elles sapent vraiment la crédibilité des autorités électorales du Mozambique", a indiqué le communiqué rendu public par le Centre Carter mardi.
La Renamo avait également menacé de boycotter le parlement pour protester contre l'issue de l'élection de 1999. Mais, puisque les députés qui ne vont pas à l'hémicycle doivent également perdre leurs salaires, l'aspect économique a finalement triomphé de l'indignation – et les délégués de la Renamo ont repris leurs sièges.
Comme l'a rapporté précédemment IPS, l'élection a été par ailleurs entachée par un faible taux de participation : 36 pour cent seulement de ceux qui remplissaient les conditions pour voter l'ont fait.
Sans se laisser ébranlé par les déclarations de truquage électoral, Guebuza aurait demandé à l'opposition de travailler avec lui dans la lutte contre les nombreux problèmes qui minent le Mozambique.
Au nombre de ceux-ci, figure l'extrême pauvreté : le Rapport 2004 des Nations Unies sur le développement humain, estime qu'environ 38 pour cent de Mozambicains vivent avec moins d'un dollar par jour.
Le chômage, la corruption et le SIDA ont également de fortes chances de figurer parmi les priorités de Guebuza, un riche hommes d'affaires qui a précédemment servi en qualité de ministre de l'Intérieur du Mozambique.
Le nouveau président de ce pays d'Afrique australe, qui succédera à Joachim Chissano, doit être investi dans ces fonctions le mois prochain. Le départ de Chissano marquera la fin d'une carrière politique marathon : il est resté au pouvoir pendant 18 ans.

