SANTE-ZIMBABWE: Les enfants de la rue vulnérables au SIDA

HARARE, 9 juil (IPS) – Molin, âgée de 10 ans, considère les rues de Harare, la capitale du Zimbabwe, comme sa maison. Elle n'est pas seule.

Des recherches faites par une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Harare – Futures International – en mai 2004, indiquaient qu'au moins 12.000 enfants vivotent sur les autoroutes et petites routes du pays.

Molin dit qu'elle préfère son existence actuelle à la vie avec sa belle-mère, qu'elle qualifie d'abusive. "J'ai perdu ma mère lorsque j'avais cinq ans", a-t-elle dit à IPS, "et maintenant je ne peux pas rester avec ma belle-mère".

Ignorés, à la fois pitoyables et craints, Molin et ses frères et sœurs de la cité sont devenus une partie de l'infrastructure des villes du Zimbabwe, en dégradation, offrant des pots-de-vin aux policiers, et dormant dans des égouts. Une bande fragile de mendiants, de voleurs et de filous, ces enfants de la rue peuvent sembler terriblement vulnérables – même s'ils peuvent parvenir à assurer leur survie si besoin est, une lutte qui a rendu certains violents, et insolents.

Ils sont également menacés de contracter le SIDA.

Bien qu'aucune statistique officielle sur la prévalence du VIH parmi les enfants de la rue n'existe, une ONG à Harare – Streets Ahead (En avant les rues) – dit qu'elle aide à traiter jusqu'à 150 de ces enfants chaque mois pour des maladies sexuellement transmissibles.

"Nous avons plus de 150 enfants de la rue qui viennent chaque mois retirer des lettres pour aller se faire soigner gratuitement pour des maladies sexuellement transmissibles, auprès d'un médecin que nous avons identifié ici à Harare", a indiqué à IPS, le responsable à l'information du programme, Jack Maravanyika.

"La tranche d'âge des enfants est inquiétante, puisque la plupart ont moins de 16 ans. Ces enfants sont continuellement en train de s'exposer au VIH".

Un jeune orphelin, qui a dit ne pas connaître son âge, a admis être conscient des dangers que représente le SIDA. Mais, il a ajouté : "Je préfèrerais plutôt mourir de SIDA que de faim".

Janah Ncube, présidente de la Coalition des femmes du Zimbabwe, souligne qu'une recherche a montré que 18 pour cent des femmes zimbabwéennes, y compris les filles de la rue, ont été violées dans leur vie. La grande majorité des victimes de viol sont également infectées par le VIH, selon la coalition.

S'attaquer à la situation critique des enfants de la rue nécessitera un engagement sérieux de la part du gouvernement et de la société dans son ensemble, selon des militants de défense des droits.

Selon Doreen Mukwena, directrice de la Société pour la protection de l'enfant, "L'environnement rude de la vie dans la rue expose souvent ces enfants à la possibilité des blessures physiques ou de décès dus à la violence".

Toutefois, les autorités doivent encore se montrer à la hauteur du défi, celui d'aider les enfants.

Le conseil municipal d'Harare s'est lancé dans une "campagne de nettoyage" qui vise à débarrasser la capitale des enfants de la rue, souvent perçus comme une menace sociale.

En mai, le pays a été choqué par des reportages sur un comptable qui aurait réussi à se faire aider par deux enfants de la rue pour voler l'argent de son employeur, (les jeunes ont été également accusés du vol de 12 téléphones portables).

La campagne du conseil implique qu'il faut emmener les enfants dans des fermes où ils sont supposés trouver du travail. Toutefois, certains des enfants affectés disent qu'ils ont été largués en plein milieu de la brousse après avoir été sortis d'Harare. Inutile de dire que, dès que les autorités municipales avaient disparu, les enfants étaient de nouveau dans les rues. D'autres sont placés dans des foyers pour enfants. Mais, presque tous les cinq foyers pour enfants à Harare ont maintenant beaucoup trop de locataires à leur charge. Les enfants ne sont supposés rester là que pendant une quinzaine de jours en attendant que l'Etat localise leurs familles ou trouve des foyers permanents pour eux; mais, ceci arrive rarement en pratique.

"Dans la plupart des cas, le foyer est lui-même bondé d'enfants qui sont supposés être en transit, parce que le Département des services sociaux n'a pas d'effectif pour faire le travail de mise à l'épreuve de délinquants sous le contrôle d'un comité les aidant à se reclasser", a déclaré la directrice du Foyer pour enfants de Chinyaradzo à Highfield.

Comble de malheur, ces institutions se débattent actuellement pour joindre les deux bouts. Le gouvernement leur donne moins d'un dollar US par mois par enfant, à peine assez pour un repas. Plusieurs enfants finissent par quitter ces foyers, tout comme ils avaient quitté leurs familles.

Tandis que les autorités ont mis en place des politiques qui encouragent les communautés à prendre soin des enfants dans le besoin, très peu de financements ont été apportés à cet égard.

En outre, la traditionnelle notion africaine selon laquelle un enfant appartient à tout le monde dans la communauté semble s'être volatilisée – quelquefois remplacé par une indifférence malicieuse. De simples citoyens présents au procès des enfants accusés d'avoir volé de l'argent et des téléphones mobiles ont simplement ri lorsque les détenus ont donné le nom d'une rue de la ville comme adresse de leur maison.

Pourquoi quelqu'un choisirait-t-il une telle vie? Les raisons des enfants sont aussi variées que leurs histoires personnelles et leurs noms.

Molin a fui les mauvais traitements. D'autres sont abandonnés, ou ont perdu leurs patents – souvent pour cause de SIDA. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), environ 34 pour cent d'adultes zimbabwéens seraient séropositifs, tandis que plus de 600.000 enfants ont perdu leurs parents pour cause de SIDA, dans le pays.

La pandémie, combinée avec le déclin rapide de l'économie zimbabwéenne ces dernières années, a mis plusieurs familles dans une position où elles sont simplement incapables de s'occuper de leurs enfants.

Depuis le début de 2000, une campagne d'invasions des fermes, parrainée par l'Etat, a eu un impact profond sur l'agriculture – une partie clé de l'économie zimbabwéenne. Les autorités soutiennent que la campagne vise à corriger les déséquilibres dans la possession de terres qui remontent à l'époque coloniale, et qui a résulté en la possession, par la minorité blanche, de la plupart des meilleures terres du pays.

La violence politique et les violations des droits humains, principalement de la part des partisans du gouvernement, a également joué une partie dans l'ébranlement de la confiance des investisseurs.

Le Zimbabwe a non seulement une obligation morale à l'égard de ses enfants, mais également une obligation légale. En signant la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, le gouvernement s'est engagé à faire en sorte que ses citoyens respectent les droits des enfants.

La convention stipule qu'un enfant a le droit d'être soigné par sa famille, et que si la famille est incapable ou peu disposée à le faire, l'Etat devrait accepter cette obligation.