SANTE-MOZAMBIQUE: Des leçons tirées de la prévention du SIDA

MAPUTO, 2 juil (IPS) – La pandémie du SIDA a particulièrement ébranlé les pays d'Afrique australe le Mozambique n'est pas des moindres. Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), les dernières statistiques indiquent qu'environ 13 pour cent de la population du pays, forte de 19 millions d'habitants, sont infectés par le VIH.

Comme dans d'autres Etats ailleurs dans la région, les autorités et les organisations non gouvernementales (ONG) au Mozambique sont en train de consacrer leur attention à la fourniture des médicaments anti-rétroviraux qui peuvent prolonger la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Toutefois, avec le nombre de nouvelles infections dans le pays, estimées à environ 700 par jour, la prévention du SIDA reste une question de grande importance. Le gouvernement se montre-t-il à la hauteur du défi? Les autorités semblent admettre que leurs efforts à ce jour laissent à désirer.

Diogo Milagre, secrétaire général adjoint du Conseil national de lutte contre le VIH/SIDA (CNCS), déclare que durant la phase initiale de la pandémie du SIDA, les programmes de prévention avaient plus pour but la fourniture de l'information de base sur le VIH – et non pas de convaincre les gens à changer les habitudes qui pourraient les amener à contracter le virus. Il admet également que les messages écrits destinés à donner des informations sur le SIDA n'ont servi à rien dans un pays où environ 50 pour cent de la population est analphabète.

Milagre fait remarquer que certains activistes n'étaient pas eux-mêmes bien informés sur la maladie, et que les messages de prévention qu'ils transmettaient à la population auraient pu être erronés.

Mais, ajoute-t-il, tout changement culturel de l'ordre des choses qui est essentiel pour mettre fin au SIDA va – nécessairement – prendre quelque part beaucoup de temps.

"Il faut du temps et du courage pour faire une analyse claire et posée de ce qui se passe, en considérant qu'un changement de comportement ira à l'encontre les valeurs culturelles", a-t-il à IPS. "Il nous faudra un peu de temps pour voir les résultats de notre travail".

Milagre a également affirmé que les impressions selon lesquelles le SIDA empire au Mozambique peuvent simplement être le résultat de reportages plus efficaces sur la pandémie – plutôt que des augmentations réelles dans la prévalence du VIH.

Les statistiques sur le SIDA au Mozambique sont compilées à partir de tests du SIDA pratiqués sur des femmes enceintes dans divers "sites sentinelles' dans le pays. Il y a maintenant 40 sites de ce genre au Mozambique, une hausse par rapport au 12 en 2000. Le dépistage volontaire et des centres de conseils pour d'autres citoyens n'existent toutefois que dans les capitales provinciales et une poignée de districts. L'ONUSIDA estime que moins de 40 pour cent de la population ont accès aux services de santé.

Dans le but d'accroître l'efficacité des efforts de prévention, le gouvernement a inclus, cette année, le sujet du VIH/SIDA dans le programme scolaire. En outre, les enseignants à tous les niveaux reçoivent une formation pouvant leur permettre d'aborder les questions liées au SIDA durant les cours.

Plusieurs activistes anti-SIDA ont mis l'accent sur la nécessité de donner aux femmes le soutien social et l'indépendance financière qui leur permettraient d'éviter les relations ou les professions qui accroissent leur vulnérabilité au VIH. D'autres soutiennent que les habitudes sexuelles des hommes, notamment la tendance de certains d'entre eux à avoir des partenaires multiples, doivent être changées.

Milagre ajoute que le gouvernement mozambicain n'accepte pas le fait que les hommes soient les plus grands coupables lorsqu'il s'agit de la propagation du VIH, même si beaucoup cherchent du travail dans les pays voisins, fondant une deuxième famille dans ces Etats. Pour cette raison, les responsables n'ont pas fait attention aux programmes de sensibilisation qui sont spécifiquement destinés aux hommes.

Le gouvernement a commencé par inclure la société civile dans son programme de prévention du SIDA – avec le CNCS servant de coordonnateur de cette initiative. Le conseil reçoit présentement des fonds de diverses sources, y compris la Banque mondiale, dont certains sont octroyés aux ONG (bien que de nombreux groupes se soient plaints des retards inutiles dans le décaissement des fonds par les autorités mozambicaines).

Dans des conclusions nationales publiées en juin 2003, l'ONUSIDA a noté qu'alors qu'il y avait des centaines de groupes civiques et d'organisations communautaires travaillant dans la prévention du VIH au Mozambique, plusieurs avaient des "capacités institutionnelles et techniques faibles" qui "limitaient leur implication effective" dans ce domaine. L'aide financière et autres formes d'assistance sont manifestement nécessaires pour faire d'eux des groupes avec lesquels il faut compter.

AMODEFA est l'une des organisations civiques impliquées dans l'éducation sur le SIDA, formant des activistes communautaires dans les questions de santé sexuelle et de prévention du VIH.

Pour Odete Uarota, qui aide à la formation, bien qu'il ait eu plusieurs initiatives pour arrêter la progression de la pandémie, la plupart n'ont pas donné les résultats souhaités.

Plus d'importance doit être accordée, ajoute-t-elle, au changement de comportement.