DROITS-AFRIQUE AUSTRALE: Le trafic d'êtres humains s'étend à toute la région

BENONI, Afrique du Sud, 25 juin (IPS) – De jeunes femmes sud-africaines reçoivent de fausses offres d'emploi destinées à les attirer dans la prostitution à Macao, une ancienne colonie portugaise en Chine maintenant sous contrôle chinois, déclare l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Le responsable de l'OIM Jonathan Martens a dit à une conférence de trois jours qui s'est ouverte à Benoni, non loin de la principale ville commerciale d'Afrique du Sud, Johannesburg, cette semaine (22 juin), qu'on promettait aux femmes un emploi, un logement de luxe, et un salaire entre 10.000 et 20.000 dollars. Leurs passeports sont confisqués une fois qu'elles arrivent à Macao.

La rencontre, intitulée 'Prochaines étapes vers des stratégies révolutionnaires dans la lutte globale contre le trafic sexuel en Afrique du Sud', a attiré plus de 100 participants.

Martens a indiqué que les trafiquants sud-africains gagnent environ 500 dollars pour chaque femme recrutée pour la prostitution à Macao, qui a été étiquetée comme le "Las Vegas de l'Asie" pour ses nombreux casinos et night-clubs. Les stupéfiants jouent un "très grand rôle" dans le recrutement, a-t-il ajouté.

Une femme de 23 ans identifiée comme Nicola a rapporté à l'OIM qu'elle avait rencontré neuf autres Sud-Africaines noires, blanches et métisses âgées de 18 à 21 ans à Macao, qui étaient contraintes de se prostituer dans l'ancienne colonie.

S'adressant aux délégués à Benoni, Linda Smith – fondatrice de 'l'Alliance pour la guerre contre le trafic' – a décrit les moyens par lesquels le trafic de femmes était devenu un phénomène mondial. "Nous avons retrouvé des femmes d'Afrique du Sud travaillant dans des maisons de passe aux Pays-Bas. Nous avons également retrouvé des filles de Thaïlande en Afrique du Sud. Les trafiquants s'en moquent. Ce qui les intéresse, c'est l'argent".

L'organisation internationale de la police criminelle (Interpol) estime que les trafiquants gagnent jusqu'à 19 milliards de dollars par an.

Selon les Nations Unies, près de 900.000 êtres humains sont vendus de part et d'autre des frontières internationales chaque année. Si le nombre de personnes victimes de trafic à l'intérieur des frontières est pris en compte, ce chiffre oscillera entre deux et quatre millions.

Des femmes de la Chine rurale, dont la plupart ont un bas niveau d'instruction, sont souvent emmenées en Afrique du Sud, a déclaré Martens.

Les femmes sont emmenées par avion à Johannesburg, et ensuite conduites au Swaziland, au Lesotho ou au Mozambique. Elles traversent ensuite la frontière pour retourner en Afrique du Sud – tout ceci pour contourner les contrôles d'immigration à l'aéroport.

Des femmes de l'Europe de l'est prennent un itinéraire similaire pour se rendre en Afrique du Sud. Elles sont vendues par des membres de la mafia russe et les syndicats du crime de Bulgarie, qui sont propriétaires des night-clubs en Afrique du Sud. Contrairement aux recrues chinoises, les femmes d'Europe de l'est ont tendance à être hautement instruites.

Toutefois, elles sont également pauvres et sans emploi, a constaté Martens.

Dès leur arrivée, les femmes sont informées qu'elles doivent payer une dette estimée entre 12.000 et 15.000 dollars. Les menaces de violence physique, en particulier de la part des trafiquants bulgares, sont fréquemment traduites en action contre celles qui désobéissent à leurs ravisseurs.

Selon l'Institut pour les études sécuritaires, basé à Pretoria, près de 500 groupes de crimes organisés opèrent en Afrique du Sud. Au nombre de ceux-ci, figurent des gangs nigérians qui opèrent principalement au Malawi, en Zambie, et en Afrique du Sud.

De tels gangs font également le trafic de femmes mozambicaines vers l'Afrique du Sud, où elles sont vendues comme "épouses" aux personnes travaillant dans les mines non loin de Johannesburg. Effectivement, les femmes deviennent des esclaves sexuels pour ceux qui les achètent, fournissant également de la main d'œuvre non rémunérée, affirme l'OIM.

En outre, les enfants se trouvent pris dans le commerce. Seuls quelques chanceux reçoivent des abris dans des maisons sûres en Afrique du Sud.

"Les enfants ne font confiance à personne : ils sont traumatisés (et) ils parlent à peine de leurs problèmes personnels", souligne Dumisani Mlambo de Amazing Grace, un foyer pour enfants à Malelane, une petite ville sud-africaine non loin de la frontière avec le Swaziland et le Mozambique.

C'est seulement "après une année ou deux" qu'ils s'ouvrent finalement", ajoute Mlambo – qui travaille également comme personne en charge du trafic d'enfants. Amazing Grace prend soin de 50 enfants : 15 viennent du Mozambique, trois du Swaziland et le reste d'Afrique du Sud.

"Certains passent illégalement la frontière. D'autres sont passés clandestinement par des trafiquants d'êtres humains", a-t-il indiqué à IPS, le mardi, 22 juin.

"Les trafiquants appâtent les enfants par l'intermédiaire de leurs parents, avec la promesse d'une éducation et de cieux plus cléments en Afrique du Sud. Une fois qu'ils traversent la frontière, ce qu'ils font illégalement bien sûr, les choses changent", a remarqué Mlambo.

Les enfants qui ne se prostituent pas peuvent également finir comme ouvriers bon marché dans des fermes, ou dans l'industrie de la construction. Selon Mlambo, plusieurs des enfants dans cette situation difficile viennent également de foyers désunis.

"Une fois qu'ils sont pris par la police, ils sont remis aux travailleurs sociaux qui les amènent dans des foyers sûrs comme le nôtre", a-t-il dit à IPS. "Malheureusement, il ne nous est pas facile de retrouver leurs parents ou tuteurs au Mozambique et au Swaziland".

Thabisile Msezane dirige un foyer appelé Sithabile Child et un Centre de jeunes, qui s'occupe de plus de 100 enfants à Benoni. Près d'un quart des pensionnaires du foyer viennent de pays voisins.

"Le plus jeune que nous avons est âgé de trois mois. Sa mère est une jeune fille âgée de 16 ans avec un accent zimbabwéen. Elle nous a été emmenée lorsque sa grossesse avait sept mois", a indiqué Msezane dans un entretien avec IPS.

Des groupes de défense des droits des enfants, comme Molo Songolo basé au Cap, estiment que 28.000 enfants sont dans la prostitution en Afrique du Sud – et que 25 pour cent des prostitués au Cap sont des enfants. Environ 5.000 jeunes garçons et filles satisferaient les besoins des touristes étrangers dans cette ville seulement.

Un vidéo-clip court montré aux participants de la conférence de Benoni a exposé les dangers de la prostitution infantile au Cap.

Dans le vidéo-clip, une fille âgée de 13 ans dit que l'un de ses clients est un vieil homme de 73 ans. Lorsqu'on a demandé si elle n'avait pas peur de contracter le VIH, une autre fille de 14 ans a simplement haussé les épaules et a déclaré : "C'est mieux de mourir, parce nous n'avons pas de raison de vivre".

Certains des participants ne réalisaient pas l'ampleur du trafic en Afrique australe avant de prendre part à la conférence.

"A partir de ce que j'ai entendu et vu sur la vidéo, je suis choqué", a dit à IPS, Zodidi Tshotshu de 'Family and Victim Empowerment' (Emancipation de la famille et de la victime), une organisation non gouvernementale.

"Nous avons besoin d'une approche globale. Nous ne pouvons pas faire cela seuls. Nous avons besoin du soutien de chaque pays pour lutter contre les trafiquants".

Thoko Majokweni, chef de l'Unité chargée de l'infraction sexuelle à la 'National Prosecuting Authority' (l'Autorité nationale chargée des poursuites en Afrique du Sud), a indiqué à la conférence que le gouvernement travaillait sur des lois qui combattraient le trafic d'êtres humains.

"A l'heure actuelle, nos lois sont fragmentées. Nous espérons que le Projet d'amendement sur les délits sexuels, qui condamne le trafic à des fins sexuelles, aiderait dans la lutte contre le trafic", a-t-elle déclaré.