JOHANNESBUR, 23 juin (IPS) – Les rangées de cabanes en plastique
et en
boîtes de conserve construites sur les espaces vides dans la
banlieue
d'Alexandra, à la périphérie de Johannesburg, marquent un net
contraste par
rapport aux routes bien pavées et aux beaux jardins des faubourgs
voisins.
Plusieurs projets de développement ont été entrepris à Alexandra,
mais à
l'heure actuelle, Themba Mangena devra se contenter du taudis de
deux mètres
carrés qu'il partage avec sa famille de quatre membres.
Installés sur la rive d'une rivière polluée (la Juskei River), les
étages de
la cabane de Mangena sont toujours mouillés, le toit cède
dangereusement et
seulement un mètre sépare la cabane ce celle des voisins.
"Il y a des toilettes communautaires et nous dépendons aussi d'un
robinet
communautaire pour recueillir l'eau que nous buvons et celle dont
nous nous
servons pour nous laver", affirme Mangena qui est arrivé dans la
plus riche
ville métropolitaine de l'Afrique subsaharienne depuis trois ans,
dans
l'espoir de faire fortune. Depuis, il n'a pas trouvé de travail et
refuse de
dire comment il gagne sa vie.
D'après les estimations, entre 150.000 et 350.000 personnes vivent
dans des
cases étroites et, dans certains cas, ces endroits ont une densité
de 770
personnes par hectare.
Seuls 57 pour cent de la population bénéficient de l'électricité
de la
municipalité pour faire la cuisine et il y a seulement un
cinquième des
résidents qui ont de l'eau courante dans les maisons. Une
personne sur 10,
fait ses besoins dans un seau, révèle une enquête réalisée par
l'agence
communautaire chargée des enquêtes sociales (CASE).
"Le statu quo est vraiment triste à Alexandra. L'infrastructure
est en
place, mais elle ne peut pas être entretenue parce qu'il y a des
gens qui
vivent là-dessus, sur des tuyaux et des égouts", affirme Paul
Kotze,
planificateur du développement. "Un certain nombre de personne
doit être
délogé car tout le monde ne peut pas vivre à Alexandra".
La plupart des habitants de 'Alex' (diminutif d'Alexandra) disent
que sa
proximité par rapport à leur lieu de travail, aux zones
commerciales et aux
moyens de transport est ce qui les amène à y demeurer. N'eut été
les raisons
susmentionnées, ils ne côtoieraient pas les crimes perpétrés dans
cette
localité. Les cas de meurtre, de viol et le mauvais traitement
infligé aux
enfants sont incroyablement énormes. En plus, Alexandra et ses
environs sont
réputés pour les braquages de voitures.
Mangena estime que la lutte contre la criminalité est le principal
défi du
développement et cela signifie la lutte contre la pauvreté, la
création des
emplois, le rétablissement de l'ordre, la construction des centres
communautaires pour occuper les jeunes oisifs et l'isolement des
immigrants
illégaux (les étrangers) perçus comme les précurseurs des crimes.
"Plusieurs projets ont été suggérés. Il y a, par exemple, le
plan
d'ensemble de 1980 destiné à la construction d'une cité-jardin
dont les rues
seront goudronnées et bordées d'arbres qui se balanceront lg de la
rivière Juskei. Cette cité aurait une variété d'appartements, de
parcs, de
centres commerciaux, de bibliothèques, et comportera 6500
maisons", annonce
Pauline Morris, urbaniste à la banque de développement de
l'Afrique
australe. "Malheureusement, les autorités n'ont pas voulu prendre
la
responsabilité de reloger les gens, et les fonds ne sont pas
disponibles".
Les statistiques démographiques d'Alexandra sont basées sur des
estimations
et les planificateurs travaillent avec des chiffres communément
évoqués, en
attendant la publication en septembre des résultats du dernier
recensement.
"Certains estiment qu'il y a 150.000 habitants à Alexandra,
tandis que
d'autres parlent plutôt de 270.000. Si nous n'avons pas le chiffre
exact,
rien ne peut être fait", déclare Beyers Naude, membre et
travailleur loyal
d'une organisation non gouvernementale. "C'est presque impossible
de faire
des propositions concrètes concernant le logement, la santé et
l'éducation".
Alexandra aurait pu être un faubourg réservé uniquement aux Blancs
et aurait
raisonnablement été développée comme une zone résidentielle. En
1905, elle
avait un statut de faubourg blanc, mais par la suite elle a été
déclarée
faubourg de peuplement mixte. Enfin, Alex est devenue une banlieue
noire en
raison des relations raciales en Afrique du sud. C'était la
première zone
résidentielle à offrir gratuitement le droit de propriété aux
personnes de
couleur.
En 1960, on a eu l'idée grandiose de démolir toutes les maisons
familiales
et de transformer la banlieue en une zone résidentielle pour les
travailleurs immigrés. Cette idée a été battue en brèche par les
résidents
protestataires.
Les planificateurs s'accordent à dire qu'il faut faire quelque
chose, mais
des questions subsistent sur la nature de la direction à prendre.
Par
ailleurs, la question des droits de propriété reste posée, en
raison de
l'expropriation des terres des Noirs par l'Etat, suite à
l'abolition des
droits de propriété des Noirs.
Un projet de construction d'habitations à loyer modéré pour des
milliers de
résidents d'Alexandra est actuellement suspendu. Cette suspension
fait suite
à une décision du tribunal de haute instance qui a limité les
droits de
propriété sur toutes les terres de 300 hectares car ces terres
pouvaient
servir à construire 7200 maisons individuelles.
"Le logement est un problème social clé à Alexandra. Un autre
problème est
l'hostilité vis-à-vis des immigrés", explique David Everatt de la
CASE. Il
effectue librement une enquête sur la banlieue, qui est intitulée
'Déterminons notre propre développement'.
Les taux de scolarisation sont aussi faibles dans la zone. "Ce
qui est
gênant c'est que le nombre d'habitants d'Alexandra ayant le
'matric'
(certificat de fin d'études secondaires) est deux fois inférieur à
la
moyenne nationale", déclare Mark Isserow, un autre chercheur de
la CASE,
qui contribue aussi à la réalisation de l'enquête. "Ceux qui ont
des
diplômes supérieurs au 'matric' déménagent.
Toutefois, malgré leur pauvreté, un grand nombre de résidents est
actif dans
les organisations sociales et civiques. Les statistiques montrent
que
seulement 25 pour cent de la population ne participe à aucune
organisation
civique ou sociale, par rapport à un taux national de 59 pour
cent.
"C'est un message très fort à l'intention des agents de
développement. Ils
arrivent à atteindre les trois quarts de la population d'Alexandra
grâce à
une forme d'organisation", souligne Everatt.

