ECONOMIE-ZIMBABWE: Des agents de recouvrement de créances sont surveillés de près

BULAWAYO, 22 jan (IPS) – Il aurait bien pu être un avocat parce qu'il est réputé pour sa capacité à traiter beaucoup plus d'affaires juridiques que la plupart des gens dans cette profession. En fait, beaucoup de gens en ville pensent qu'il a – une étiquette qui, sans aucun doute, rehausse son profil professionnel.

Mais Khoza est un agent de recouvrement de créances, qui a, parmi ses clients, un hôpital, un lycée d'enseignement secondaire et une grande pharmacie.

Bien qu'il fasse partie de ce qui est train de devenir un commerce florissant au Zimbabwe, son bureau – situé dans la partie la plus mal famée de la ville – ne montre aucun signe de prospérité.

Ironie du sort, ses lignes téléphoniques ont été coupées parce qu'il n'a pas payé sa dernière facture.

Le fait que Khoza ait un bureau ne signifie pas non plus nécessairement qu'il est facile à localiser. Des clients potentiels ou des journalistes curieux, peuvent se retrouver dans l'impasse, malgré plusieurs efforts pour entrer en contact avec lui.

Khoza sait toutefois comment vous trouver – comme le font d'autres agents de recouvrement de créances, dont certains peuvent être beaucoup moins aimables lorsqu'ils finissent par vous localiser.

Ainsi, après plusieurs plaintes de harcèlement provenant des débiteurs – dont plusieurs se battent pour s'acquitter de leurs obligations dans l'environnement inflationniste du Zimbabwe – le gouvernement a décidé d'agir.

A travers sa Commission juridique de développement, l'Etat enquête actuellement sur les activités des agents de recouvrement de créances, dont les activités ne sont présentement soumises à aucune réglementation ou sanction. Dans un récent papier sur la question, la commission a dit que le déclin des normes dans la procédure judiciaire du Zimbabwe "peut avoir contribué à …l'augmentation des agents de recouvrement de créances extra-judiciaires".

Toutefois, elle a rejeté le gros de la responsabilité sur un désir général d'éviter des procès coûteux, et d'observer l'intimité dans les affaires financières. Pour ceux qui souhaitent simplement éviter la paperasserie des poursuites judiciaires, il est également plus rapide de s'assurer les services des agents de recouvrement de créances, bien qu'ils soient réputés pour l'utilisation de méthodes peu orthodoxes pour recouvrer des fonds.

Pour rester dans les affaires, l'agent de recouvrement doit amener les débiteurs à payer, à tout prix. Ceci, indique la commission, met une forte pression sur l'agent de recouvrement, tout en créant un climat qui est propice à la faute professionnelle.

Des agents de recouvrement de créances ont souvent recours à des méthodes "brutales" pour intimider le débiteur ou leur famille, afin de les amener à régler leurs comptes vis-à-vis de leurs créanciers. Ces méthodes incluent la la menace ou la violence effective, des lettres injurieuses et grossières, des visites personnelles fréquentes et l'expropriation illégale de biens.

Un magistrat qui a parlé sous le couvert de l'anonymat, a indiqué que des agents de recouvrement de créances fondent leurs opérations sur une procédure légale qui autorise une personne à réclamer les droits d'un autre.

"Ils vous amènent à signer la lettre de cession leur donnant le droit sur votre propriété. Ils vous font payer ensuite des frais – amènent l'affaire au tribunal – et quel que soit le résultat, vous leur payez toujours des honoraires".

L'une des plus grandes plaintes est que les agents de recouvrement surfacturent les débiteurs, exigeant souvent des intérêts allant jusqu'à 900 pour cent.

En outre, certains agents sont accusés de se présenter sous une présentation déformée aux débiteurs, comme des agents des tribunaux ou des hommes de loi.

"Il est illégal que des gens qui ne sont pas avocats rendent des services juridiques pour des honoraires", affirme Stanford Moyo, président de l'Ordre des avocats du Zimbabwe, qui a reçu de nombreuses plaintes à cet égard. L'ordre a fait également partie du sous-comité sur les agents de recouvrement de créances de la Commission juridique de développement.

Dans l'environnement politique et économique actuel du Zimbabwe, que Moyo a qualifié de "chaotique", n'importe qui peut également prétendre être un agent de recouvrement de créances. Ceci parce que des agents de recouvrement opèrent dans un environnement complètement non réglementé où il n'y aucun moyen de vérifier qui appartient effectivement à la profession.

Contrairement aux praticiens du droit, ajoute Moyo, les agents de recouvrement de créances ne gèrent pas les fonds de protection d'un client, ce qui signifie que leurs clients n'ont aucune couverture : "Ils sont faux et certaines de leurs méthodes s'assimilent au chantage. Ceci est évidemment défavorable à l'intérêt public".

La Commission juridique de développement indique que des agents de recouvrement ont fait des démarches auprès du ministre de la Justice, des Affaires juridiques et parlementaires pour être reconnus. Il y a de fortes chances qu'ils obtiennent un statut spécial conformément à la loi – en échange de responsabilités définies.

L'initiative pour réglementer les activités des agents de recouvrement de créances au Zimbabwe semble vouloir suivre l'exemple de l'Afrique du Sud voisine, où la Loi sur les agents de recouvrement de créances de 1998 a été votée après des recommandations de la Commission nationale de la réforme de la loi.

La loi prévoit la création d'un Conseil pour les agents de recouvrement, qui contrôlera l'activité de l'agent de recouvrement.