NIAMEY, 13 jan (IPS) – L'intégration ne sera effective aux yeux des citoyens que lorsqu'ils pourront se déplacer sans tracasseries, sans pertes de temps et surcoûts, estime le chef de l'Etat nigérien, Mamadou Tandja, président en exercice de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UEMOA ont renouvelé, à cet égard, leur volonté de faire de l'intégration régionale une voie privilégiée pour le développement des huit pays membres. Réunis le 10 janvier à Niamey, la capitale du Niger, à l'occasion du 10ème anniversaire de l'union, ils ont réitéré leur intérêt pour l'unification, l'harmonisation des législations et la mise en œuvre des programmes sectoriels communs et pour la construction des marchés communs pour la libre circulation des personnes et des biens.
Les chefs d'Etat du Bénin, du Burkina Faso, de Côte d'Ivoire, de Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et le Premier ministre du Togo ont pris part à ce sommet qui commémorait également le 10ème de la dévaluation du franc CFA. Pour le président Tandja, dix ans, c'est court pour parfaire une intégration économique. Il a souligné la nécessité d'accélérer le processus d'intégration afin que les populations trouvent des moyens d'améliorer leurs conditions de vie.
"Les raquettes pratiquées par les forces de sécurité, police et gendarmerie, et les tracasseries subies par les transporteurs routiers sur les routes des pays de la sous-région sont un frein à l'intégration sous-régionale tant criée par les décideurs politiques", a indiqué Aboubacar Abderamane, un conducteur malien. Il estime que beaucoup d'efforts restent encore à faire pour que la liberté de circulation des personnes et des biens au sein d'un marché commun soit effective.
Pourtant, la libre circulation des personnes, des biens et des services, ainsi que le droit d'établissement et de résidence sont consacrés par le traité créant l'UEMOA. Les dispositions réglementaires restent encore à définir, de même que les mesures d'application effective de cette liberté, fondement de l'intégration sous-régionale.
Selon le directeur de l'union douanière à l'UEMOA, Guilado Sow, il y a encore des handicaps à lever au cours de la prochaine décennie pour que l'intégration connaisse une nouvelle dimension. "Si on veut que l'intégration avance, il faut mettre en œuvre les politiques sectorielles pour rendre beaucoup plus visible l'action de l'UEMOA", déclare Sow, ajoutant qu'il faudra, par exemple, réaliser certaines infrastructures comme des routes, de petites irrigations villageoises. Ceci devrait permettre aux populations de connaître une amélioration de leurs conditions de vie. Pour Sow, la libéralisation des échanges entre les Etats, six ans après l'entrée en vigueur du traité, a cependant permis de franchir un grand pas dans l'intégration. Le président sortant de la Commission de l'UEMOA, Moussa Touré, s'est réjoui que les huit pays membres de l'UEMOA aient bâti les fondations d'une véritable intégration économique avec, par exemple, l'union douanière en vigueur depuis janvier 2000, qui facilite la circulation "sans droits de douanes" pour des produits de l'agriculture, de l'élevage et de l'artisanat au sein de l'espace commun.
"L'union a créé un tarif extérieur commun pour les produits importés de pays tiers, avec des droits et taxes d'entrée variant de 0 à 22 pour cent", a-t-il souligné.
A l'issue de la conférence de Niamey, Touré du Sénégal a été remplacé, à la tête de la Commission de l'UEMOA, par Soumaïla Cissé, ancien ministre des Finances du Mali. Le chef de l'Etat nigérien, qui a été reconduit à la présidence de l'UEMOA, a déclaré : "Notre union est bien partie, mais nous devons mettre en avant la solidarité pour que l'espace UEMOA soit exempt de conflits". Tandja a ajouté que les pays de l'union devraient d'abord "entreprendre des actions immédiates utiles en faveur de la paix". Une allusion à la situation en Côte d'Ivoire où les dirigeants souhaitent un retour à la paix et à la réconciliation nationale. La Côte d'Ivoire représente 40 pour cent de la croissance économique de l'UEMOA qui tournait autour de trois à quatre pour cent seulement l'année dernière à cause de la crise ivoirienne.
Les chefs d'Etat et de gouvernement ont demandé à la Commission de l'UEMOA, à la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO) et à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) de rechercher les financements nécessaires à la réalisation du programme économique régional de l'union. Ce programme vise à mettre un accent particulier sur l'agriculture vivrière, les transports, etc. Les dirigeants ouest-africains demandent également aux institutions communautaires d'accélérer le processus de convergence des politiques des huit Etats membres de l'UEMOA.
"Tout ça, c'est du folklore, on veut des actes concrets pour sortir nos familles de la faim et de la misère", lance Zénabou Mama, une femme revendeuse dans un marché de Niamey.
Mais selon le directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf, présent au sommet, l'espace UEMOA a fait quelques progrès dans la lutte contre la faim, avec 26 pour cent de personnes sous-alimentées en 1990/92 et 21 pour cent en 1999/2001 contre 27 pour cent et 26 pour cent respectivement pour l'Afrique en général. "Toutefois, l'agriculture revêt une importance singulière dans l'économie de nos pays bien que sa part dans le produit intérieur brut (PIB) soit passée de 33,6 pour cent en 1980 à 30,6 pour cent en 2001", souligne Diouf "On nous dit que nous formons une union, mais il nous est difficile, voire parfois impossible de faire passer, d'un pays à l'autre, même des produits alimentaires", se plaint Abderamane.
Pour Zénabou Mama, les dirigeants "se réunissent pour faire la fête et prononcer de gros discours. Est-ce que nous formons vraiment une union?", se demande-t-elle. L'Union économique et monétaire ouest-africaine a été créée à Dakar, le 10 janvier 1994, elle regroupe huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

