PRETORIA, 12 jan (IPS) – Des compagnies aériennes africaines se sont fixé un objectif ambitieux de réduire de 50 pour cent le nombre des accidents d'ici à 2010.
Depuis que cet objectif a été fixé à l'assemblée générale de l'Association des compagnies aériennes africaines, le 10 décembre 2003 à Tripoli, deux avions se sont écrasés, au Bénin et en Egypte et ont coûté la vie à plus de 280 personnes.
Selon le Réseau pour la sécurité de l'aviation, basé aux Pays-Bas, l'Afrique représente seulement trois pour cent du trafic aérien mondial.
Mais les compagnies aériennes africaines sont néanmoins responsables de 17 pour cent des accidents.
L'entretien du Boeing 737 de Flash Airlines qui s'est écrasé dans la mer Rouge après avoir décollé de Sharm el-Sheikh le 3 janvier était régulièrement assuré en Norvège, selon ses propriétaires.
Les pilotes employés par la petite compagnie aérienne avaient au moins 5.000 heures d'expérience de vol.
Toutefois, en octobre 2002, pour des raisons de sécurité, il a été interdit à Flash Airlines d'entrer dans l'espace aérien de la Suisse.
Un porte-parole du Bureau fédéral suisse pour l'aviation civile a admis que c'était une mesure drastique, mais a affirmé que l'avion "est un danger pour la sécurité de l'aviation".
Egyptian airline est la compagnie aérienne qui a eu le plus grand nombre d'accidents d'avions fatals au cours des trois dernières décennies. Sa liste d'accidents remonte à janvier 1971 où Comet 4 d'EgyptAir a heurté des dunes de sable situées non loin de l'aéroport de Tripoli en Libye, tuant tous les huit membres de l'équipage et huit passagers.
Deux années plus tard, un Ilyushin 18 d'EgyptAir s'est écrasé contre une montagne aux abords de Nicosia à Chypre, tuant tous les sept membres de l'équipage et 30 passagers.
En décembre 1976, un Boeing 707 d'EgyptAir est rentré dans une fabrique de textile dans les environs de Bangkok en Thaïlande, tuant tous les neuf membres de l'équipage, 43 passagers et 20 personnes au sol.
En octobre 1999, un Boeing 767-300ER d'EgyptAir s'est égaré dans l'océan Atlantique à côté de l'Ile Nantucket, après avoir décollé de l'aéroport JFK, aux Etats-Unis, à destination du Caire. Les 15 membres de l'équipage et 202 passagers sont tous morts.
Le Boeing 727 qui a cogné un bâtiment après avoir décollé de Cotonou, au Bénin, le jour de Noël en 2003, a tué quelque 140 personnes à bord. Cela couronnait une liste inquiétante de 15 années de catastrophes aériennes africaines.
Des détournements et des attentats terroristes ont également joué un rôle dans certains des accidents d'avions. En novembre 1996, un avion d'Ethiopian Airlines à destination d'Abidjan, la capitale de la Côte d'Ivoire, a été détourné sur les Iles Comores et s'est écrasé dans l'océan Indien, tuant 125 personnes.
Un avion de ligne, DC-10 appartenant à la compagnie aérienne française UTA a explosé au Niger en septembre 1989 tuant 170 personnes, dans un attentat qu'on attribue aux services secrets libyens.
En novembre 1985, des soldats égyptiens ont pris d'assaut un Boeing 737 d'EgyptAir détourné à La Valette, à Malte. Les auteurs du détournement ont riposté en lançant des grenades. Deux des six membres de l'équipage ont été tués avec 58 des 90 passagers.
Un expert sud-africain de la sécurité aérienne, s'exprimant sous anonymat, a déclaré qu'une faible performance en matière de sécurité constituait un équilibre entre l'aspect économique et la réglementation.
Il y a également un élément géographique avec l'Afrique australe qui est plus sûre que les parties occidentales et centrales du continent.
"Il y a beaucoup trop d'opérateurs dans certaines parties du continent et à cause de la nature hautement compétitive de l'entreprise, ces opérateurs subissent des pressions pour maintenir des prix bas", a indiqué l'ancien inspecteur de la sécurité de l'aviation. "Lorsqu'ils dépensent à un endroit, ils doivent faire des économies ailleurs".
"Il y a également des opérateurs pour les vols sur une courte distance.
Dans des zones instables, ils font le maximum de profits dans le temps le plus court possible. Ceci se passe dans des zones où le contrôle réglementaire est faible. La régulation est critique. Trop de régulation tue l'entreprise. Trop peu tue les gens", a-t-il ajouté.
L'Afrique du Sud a connu sa pire catastrophe aérienne en novembre 1987 lorsqu'un avion de ligne s'est écrasé en Mauritanie, tuant 160 personnes.
Le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA), Giovanni Bisigani, accueillant trois nouvelles compagnies à l'assemblée générale à Tripoli le mois dernier, a averti que les conditions allaient continuer par être difficiles à la lumière de la situation économique des compagnies aériennes du monde entier.
L'industrie sortait de la pire période en 100 ans d'existence, a-t-il indiqué.
Depuis les attentats terroristes sur New York et Washington en septembre 2001, les compagnies aériennes dans le monde entier ont perdu 35 milliards de dollars, selon l'IATA.
"En Afrique, notre industrie est un puissant facteur de développement et d'intégration économique. Pendant l'année écoulée, nous avons demandé aux gouvernements et aux partenaires de notre industrie de prendre en considération la nouvelle réalité du transport aérien", a déclaré Bisigani.
"La sûreté et la sécurité exigent le contrôle du gouvernement. Mais une grande partie de la réglementation commerciale est dépassée. Les restrictions sur la propriété nationale devraient être libéralisées partout et chaque fois que les gouvernements pensent que c'est faisable", a-t-il ajouté. "(Mais) ne vous trompez pas sur mon compte, nous n'essayons pas de faire pression sur les gouvernements nationaux pour qu'ils fassent des choses qu'ils n'aimeraient pas faire. Nous leur avons demandé de libéraliser tout ce qu'ils pensent pouvoir libéraliser".
Selon Bisigani, "l'IATA n'a aucun projet dogmatique pour l'avenir de la réglementation du transport aérien. Nous aimerions aller vers un environnement "de professionnel" à différentes vitesses dans différentes régions. Reconnaissons tous que l'Afrique n'est pas l'Europe et que l'Asie n'est pas l'Amérique du nord.
Bisigani a exhorté les gouvernements africains à libéraliser leur législation sur l'aviation là où c'est possible et à adopter une politique d'ouverture des espaces aériens pour partager les ressources et l'expertise.

