NAIROBI, 12 déc (IPS) – Les jeunes organisations soudanaises de la société civile exigent la création d'une Commission vérité et réconciliation (TRC) dès que l'accord de paix final entre le gouvernement et l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) sera signé.
L'accord, qui devrait être signé avant la fin de l'année, cherche à mettre fin au plus long conflit d'Afrique, qui a éclaté en 1983.
Les organisations, qui se sont réunies à Nairobi le 6 décembre, sous le Nouveau réseau des ONG indigènes du Soudan (NESI), affirment qu'une telle commission constituerait un mécanisme parfait pour assurer la réconciliation dans un pays qui a connu d'effroyables violations des droits humains depuis 1983. Plus de deux millions de personnes, principalement dans le sud, ont été tuées depuis 1983. Et environ quatre millions de personnes ont été déplacées, et un autre demi-million s'est enfui à l'étranger, la plupart dans des pays voisins.
"La TRC servira d'instrument pour ramener l'harmonie, la co-existence et le pardon au sein des populations du Soudan", a fait remarquer Suzanne Jambo, coordonnatrice du NESI.
Pour Jambo, le débat sur la Commission vérité et réconciliation a commencé sérieusement. "Nous éduquons les populations sur cela. Nous avons déjà un mécanisme en place, comme le dialogue sud-sud, où nous essayons d'unir les factions rivales dans le sud, en prêchant la paix et la réconciliation", affirme-t-elle.
Les remarques de Jambo coïncidaient avec l'arrivée au Kenya du vice-président soudanais Ali Osman Taha et du leader de la SPLA, le colonel John Garang, pour ce qui pourrait être le dernier round des pourparlers de paix à Naivasha, une ville située à quelque 85 kilomètres de la capitale, Nairobi.
La présence des deux hommes au Kenya a été décrite par la société civile soudanaise comme une manifestation de l'engagement à "la réconciliation, y compris à l'idée de la TRC".
"La SPLA soutient la formation d'une TRC et nous allons négocier avec le gouvernement du Soudan. S'ils sont d'accord, c'est bien. S'ils ne sont pas d'accord, nous ne pouvons pas la créer", a indiqué Deng Alor, membre de la délégation de la SPLA, cette semaine, dans un entretien téléphonique avec IPS.
Mais l'idée d'une TRC semble être nouvelle pour le gouvernement. "Je ne suis pas au courant d'une telle commission", a indiqué une source à l'ambassade du Soudan à Nairobi, qui a requis l'anonymat. "Ce que je sais est que les deux leaders se rencontrent pour régler les questions controversées dans ce round de pourparlers, qui est très crucial et critique".
Taha et Garang se sont enfermés dans une réunion en tête-à-tête depuis le 7 décembre. Ils devraient résoudre les questions épineuses de partage de pouvoir et de richesse qui se sont révélées être un grand obstacle pour parvenir à un règlement paisible dans cette nation de la Corne de l'Afrique.
L'arrangement sécuritaire était un autre obstacle au processus de paix, mais a été réglé le 24 septembre lorsque les deux leaders, se rencontrant alors pour la première fois, ont signé le pacte. Il énonce clairement la formation d'une armée intégrée de 24.000 hommes : 12.000 du mouvement rebelle et les autres 12.000 du gouvernement durant la période transitoire de six ans.
Les acteurs dans les négociations de paix, qui ont commencé au Kenya au milieu de 2002, sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), ont bon espoir que la réunion actuelle aboutira à une paix concrète qui verra une fin aux souffrances des populations du plus vaste Etat d'Afrique.
L'IGAD comprend le Kenya, l'Ethiopie, l'Erythrée, la Somalie, Djibouti, l'Ouganda et le Soudan lui-même.
"La réunion entre les deux leaders signale un engagement à mettre fin aux hostilités entre le sud et le nord, et constitue une étape vers la réalisation d'une paix durable", a dit, à IPS, le général Lazarus Sumbeiywo, médiateur de l'IGAD.
Un engagement à un Soudan paisible a été également affiché le 5 décembre lorsque Yassir Arman et Pagan Amun, tous deux de la SPLA, ont visité la capitale soudanaise, Khartoum, pour la première fois en 20 ans.
"Avant les exploits des pourparlers de paix actuels, c'était un délit punissable, un grand crime pour tout chef de la SPLA d'aller dans une zone contrôlée par le gouvernement", a déclaré Alor, qui est également gouverneur de la région de Bahr El-Ghazal aux mains de la SPLA, dans le Sud du Soudan. "Ceci montre un changement d'attitude du gouvernement, qui est en train de donner aux Soudanais l'espoir d'une nation sans guerre". Les espoirs de paix se sont accrus lorsque le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a visité le Kenya en octobre. Lorsqu'il était à Naivasha, il a exhorté les parties belligérantes à signer un accord avant la fin de cette année. Les Etats-Unis, l'Italie, la Norvège et la Grande-Bretagne sont des partenaires de l'IGAD, qui observent les pourparlers.
Le conflit du Soudan a été alimenté par l'animosité entre le nord arabe musulman et le sud noir chrétien depuis que le pays a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1956.
Le Soudan n'a connu un intermède de paix qu'entre 1972 et 1983, suite à la signature de l'Accord d'Addis Abeba en 1972, négocié par la Conférence des églises de toute l'Afrique et le Conseil mondial des églises.

