SANTE-OUGANDA: La vaccination contre la rougeole soulève une controverse

KAMPALA, 22 oct (IPS) – Les autorités sanitaires de l'Ouganda devraient pousser un gros soupir de soulagement suite aux campagnes "réussies" de vaccination contre la rougeole, qui ciblaient 12,7 millions d'enfants.

La campagne, qui a été menée du 15 au 19 octobre, a connu quelques problèmes.

Dans le district de Mbarara, dans l'ouest du pays, certains élèves seraient sortis en courant de la classe et se seraient cachés dans des manguiers lorsque les vaccins sont arrivés.

Dans le district oriental de Kayunga, une conseillère locale a été battue par son mari pour avoir emmené sa fille de 10 ans se faire vacciner.

Des journaux locaux ont indiqué que Susan Mutoonyi, 40 ans, a été admise à l'hôpital de Kayunga dans un état critique après avoir été vraisemblablement battue par son mari, John Mukabile, pour avoir amené Jane Nabwiso à la vaccination.

Ces protestations avaient leurs origines en 1989, lorsqu'une expédition de vaccins périmés contre la rougeole a été involontairement administrée à des enfants. Conduite par le Premier ministre Samson Kisekka, la campagne avait fait développer, par certains enfants, des anomalies comme des problèmes de la peau et des déficiences auditives. Kisekka a présenté des excuses plus tard pour l'incident.

Mais le souvenir semble frais dans certains esprits plus d'une décennie après.

Pour convaincre le public que le vaccin était sans danger, le représentant local de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Oladipo Walker, et des responsables du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) ont tenu à être les premiers à amener leurs enfants se faire vacciner. Des femmes médecins locaux ont pris sur elles la responsabilité de faire vacciner leurs enfants comme preuve que tout allait bien.

Dans son discours à la nation, le ministre de la Santé, Jim Muhwezi, a assuré les Ougandais que le vaccin était sans danger. "Le principal objectif de la stratégie est de réduire la morbidité, la mortalité et l'invalidité dues à la rougeole", a déclaré Muhwezi.

Chaque année, 60.000 enfants souffrent de la rougeole dans tout le pays, avec 3.000 décès. Quelque 93 pour cent de ces cas se rencontrent parmi les enfants âgés de moins de 15 ans et 7 pour cent chez les enfants de plus de 15 ans, a-t-il affirmé.

Le ministère ougandais de la Santé fournit des vaccins contre la rougeole depuis les 20 dernières années à travers le Programme national élargi de vaccination (UNEPI). Même avec un vaccin offert par les systèmes de fournitures sanitaires, l'infection de la rougeole a été classée comme la 4ème cause de maladie la plus courante en Ouganda. Ceci est dû à une faible couverture de vaccination de routine, qui est de 77 pour cent, en dessous des 95 pour cent requis.

De précédentes campagnes ciblaient des enfants âgés de moins de cinq ans, mais elles n'étaient pas efficaces puisqu'elles couvraient seulement neuf pour cent de la cible potentielle de la rougeole, a indiqué Muhwezi.

Certains Ougandais pensent toujours qu'une deuxième dose du vaccin semble suspecte et inutile.

"Je ne ferai pas vacciner mon enfant contre la rougeole, une deuxième fois. Il a déjà été vacciné. Ce serait criminel que quelqu'un vaccine mon enfant à l'école sans mon consentement", a déclaré Andrew Ochola, un homme d'affaires.

Avant l'opération, des sections de la communauté, dont des députés, ont demandé au président Yoweri Museveni de 'montrer le bon exemple' en faisant vacciner ses petits-enfants en premier lieu.

Museveni a fait l'objet de critiques, suite à un article dans la presse locale, selon lequel il avait dépensé 180 millions de dollars US pour envoyer sa fille accoucher en Allemagne en utilisant l'avion présidentiel.

En réponse, Museveni a dit qu'il avait agi ainsi parce qu'il ne faisait pas confiance aux médecins ougandais.

"Si Museveni ne fait pas confiance aux médecins ougandais, pourquoi devrions-nous leur faire confiance? Nous voulons que nos enfants vivent également", a déclaré David Kiddu, 34 ans, conducteur de taxi.

Au cours du lancement de la campagne officielle dans la ville de Soroti, dans l'est du pays, le 15 octobre, Museveni a demandé aux Ougandais d'éviter les "saboteurs' qui étaient contre cette opération.

Des chefs religieux ont également exhorté leurs adeptes à coopérer. La reine de Buganda, Sylvia Nagginda, avait été au premier plan de la campagne. En tant que chef respecté de la communauté Baganda, le plus grand groupe ethnique en Ouganda, sa campagne devrait produire des résultats.

L'administrateur local adjoint de Kampala, Samuel Mpimbaza Hashaka, a dit à IPS que la campagne s'était bien déroulée dans la capitale.

Le ministre du Genre et du Développement social, Zoe Bakoko Bakoru, qui est également une infirmière, a pris part à la vaccination des enfants dans différents centres. Certains des enfants âgés de 10 à 15 ans venaient même de leur propre gré et étaient enthousiastes. La surprise a été totale et les parents avaient été coopératifs", selon Hashaka.

Paul Kagwa, du ministère de la Santé, a affirmé que les districts nordiques de Gulu, de Kitgum et de Padyer, infestés de rebelles, avaient également eu de bonnes réponses malgré l'insécurité qui y règne.

"Ces districts ont eu de très bons résultats. Dans ces zones, les gens vivent dans des camps pour personnes déplacées (IDP), il est donc plus facile de les mobiliser", a-t-il indiqué.

Des gens du Kenya, du Soudan et de la République démocratique du Congo voisins, vivant en Ouganda, ont profité également de la vaccination. "La maladie n'a pas de frontière", a souligné Kagwa.