JOHANNESBURG, 21 oct (IPS) – Don McKinnon espère que la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement du Commonwealth (CHOGM), qui se tiendra à Abuja, au Nigeria en décembre, ne sera pas dominée par le Zimbabwe, mais les circonstances pourraient lui accorder la priorité.
"Les 54 pays veulent que la CHOGM porte sur la démocratie et le développement et non qu'elle soit dominée par le Zimbabwe", a déclaré le secrétaire général du Commonwealth, la semaine dernière.
La CHOGM est la conférence annuelle des chefs d'Etat et de gouvernement du Commonwealth. Le thème de la rencontre de cette année est : 'développement et démocratie – un partenariat pour la paix et la prospérité'.
Deux pays ne seront pas invités à Abuja. "Aucune invitation ne sera envoyée au Zimbabwe et au Pakistan", a indiqué McKinnon, à une conférence de presse à Johannesburg.
Le Zimbabwe a été suspendu du Commonwealth en mars 2003 suite à l'élection présidentielle que des critiques ont qualifiée de truquée. Le Pakistan a été suspendu suite au coup d'Etat militaire de 1999 conduit par le général Pervez Musharraf, actuellement président du pays.
Contrairement au Pakistan, le Zimbabwe "suscite toujours de vives réactions et émotions", comme l'a constaté McKinnon durant son périple du 8 au 15 octobre en Tanzanie, en Ouganda, au Kenya et en Afrique du Sud, pour discuter des préparatifs de la conférence prévue du 5 au 8 décembre.
Dans les quatre pays, des journalistes l'ont bombardé de questions sur le Zimbabwe. En Afrique du Sud, pratiquement la moitié des conversations de McKinnon avec les médias impliquaient cette nation.
"Je n'ai eu aucun dialogue avec (le président zimbabwéen Robert) Mugabe pendant ces deux dernières années. C'est triste", a indiqué McKinnon.
Certains dirigeants du Commonwealth ont conseillé au secrétaire général d'engager le dialogue avec Mugabe — ce sera difficile selon l'ancien ministre des Affaires étrangères de Nouvelle Zélande, un homme au franc-parler. "Je ne peux pas lui parler (Mugabe) s'il ne veut pas me parler", a affirmé McKinnon.
Il revient aux populations du Zimbabwe elles-mêmes de trouver des solutions à leurs problèmes et de décider de leur propre destin, a-t-il ajouté.. "Il ne revient pas à ceux qui sont hors de leurs frontières de sermonner, de pontifier, d'ordonner ou de diriger".
"Mais la communauté internationale peut certainement encourager, assister, faciliter, et lorsque c'est nécessaire, rappeler au Zimbabwe les valeurs auxquelles il avait souscrit. C'est ce que le Commonwealth a cherché à faire et continue d'essayer de faire".
"Mais cela signifie que nous ne pouvons pas nous taire lorsque des journaux indépendants sont fermés, ou lorsque des syndicalistes qui manifestent sont battus", a souligné McKinnon", faisant allusion à la fermeture, le mois dernier, du seul journal indépendant du pays, le 'Daily News'.
L'année dernière, le Commonwealth a constitué une troïka – comprenant l'Australie, le Nigeria et l'Afrique du Sud – pour assurer la médiation avec le gouvernement de Mugabe.
"Malheureusement, nos avances ont été rejetées. Le gouvernement du président Mugabe a choisi de nous tenir à distance", a fait remarquer McKinnon.
Mais les remarques de McKinnon contrastent avec celles du président Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, un membre de la troïka. Mbeki a dit au président américain George W. Bush, en juillet, que l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), étaient en pourparlers.
Le secrétaire général du MDC, Welshman Ncube, a indiqué aux journalistes à Johannesburg, la semaine dernière, que les discussions étaient bloquées à cause des querelles de succession au sein du parti au pouvoir.
Des factions rivales au sein de la ZANU-PF se disputent pour savoir qui succédera à Mugabe, âgé de 79 ans, en prélude à la conférence du parti en décembre.
Ayant apparemment marre des atermoiements de Mugabe, le président Olusegun Obasanjo du Nigeria, un autre membre de la troïka, a déclaré, après la fermeture du 'Daily News', que le Zimbabwe avait besoin d'une "multitude de changements" avant de pouvoir être réadmis au sein du Commonwealth.
La semaine dernière, Mugabe a montré une certaine flexibilité lorsqu'il a approuvé l'assouplissement d'une loi sévère sur les médias, contre les journalistes. Selon des critiques, l'initiative était destinée à améliorer l'image du Zimbabwe en prélude à la rencontre du Commonwealth.
Conformément à l'amendement, les journalistes risqueront maintenant des peines criminelles si la cour établit qu'ils ont publié un article qui est perçu comme offensant "intentionnellement ou imprudemment". L'amendement remplace une clause sur la publication de "contre-vérités", que la Cour suprême a déclarée anti-constitutionnelle.
La crise s'est intensifiée au Zimbabwe entre 2000 et 2003 lorsque le gouvernement a saisi des terres de 4.500 fermiers blancs pour les distribuer à des Noirs sans terres. Mugabe a dit qu'il corrigeait des injustices coloniales qui permettaient initialement aux colons blancs de s'emparer des meilleures terres et de déverser les Noirs dans des zones arides, rocailleuses, impropres à l'agriculture.
Malheureusement, le programme de réforme agraire a détruit le secteur agricole du pays.
Huit millions de personnes, plus de la moitié de la population zimbabwéenne, ont maintenant besoin d'aide alimentaire. La nation est confrontée à des pénuries de carburant, de sucre et de billets de banque.
L'inflation, qui tourne actuellement autour de 455 pour cent, devrait atteindre les 600 pour cent d'ici à la fin de l'année.
Selon McKinnon, trois millions de Zimbabwéens vivent actuellement en Afrique du Sud comme réfugiés, 400.000 au Mozambique et 200.000 au Botswana, dont 2.000 sont rapatriés quotidiennement.
Le Commonwealth, une organisation d'Etats indépendants qui faisaient autrefois partie de l'empire britannique, créé pour favoriser des relations commerciales et amicales entre ses membres, demande au Zimbabwe, ainsi qu'à ses voisins moins privilégiés, d'adopter des politiques qui allègent la pauvreté.
"Des chiffres montrent que le tiers des 1,8 milliard de citoyens du Commonwealth vit avec moins d'un dollar par jour", a déclaré McKinnon.
Environ 75 millions des 113 millions d'enfants, qui ne vont pas à l'école, vivent dans des pays du Commonwealth. L'année dernière, le ministre britannique des Finances, Gordon Brown, a lancé une initiative de 15 millions de dollars pour aider ces enfants à aller à l'école.
La majorité des pays du Commonwealth a signé les Objectifs de développement du millénaire des Nations Unies, dont l'un des buts est d'envoyer chaque enfant à l'école primaire d'ici à 2015. Mais, à moins qu'il n'y ait un changement spectaculaire, 88 pays, dont plusieurs sont membres du Commonwealth, n'atteindront pas cet objectif, prévient un rapport récent de la Banque mondiale.
Une autre question, qui occupera une place importante dans l'ordre du jour de la CHOGM, est la réforme du système commercial international. "Si des gens en Europe et aux Etats-Unis sont préoccupés par la réduction du flux des réfugiés économiques et s'ils veulent voir une diminution de la disparité des revenus mondiaux, alors ils devraient commencer par réduire les subventions agricoles", a dit McKinnon.
"La simple vérité est que l'Union européenne, les Etats-Unis et le Japon n'ont pas respecté leurs engagements. Il est grand temps que la rhétorique sur les avantages de la libéralisation du commerce commence par correspondre à la réalité", a-t-il ajouté.
La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont estimé que la libéralisation du commerce, dans les produits agricoles, augmenterait les exportations des pays en développement d'au moins 30 milliards de dollars par an et peut-être jusqu'à 100 milliards de dollars. "Cela pourrait faire une différence réelle pour les populations d'Afrique aujourd'hui", a estimé McKinnon.
"Malheureusement, tout le monde risque de perdre dans la récente rupture des discussions commerciales à la réunion de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) à Cancun, au Mexique, mais en particulier les pays pauvres. Un accord à Cancun aurait pu ajouter 520 millions de dollars US aux revenus mondiaux d'ici à 2015, en sortant 144 millions de personnes de la pauvreté", a-t-il ajouté.
Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance de son pays à l'égard de la Grande-Bretagne en 1980, pourrait également être en train d'attendre un "arrangement" du Commonwealth, qui tournerait autour de la réadmission du Zimbabwe dans l'organisation en décembre.

