CULTURE-AFRIQUE AUSTRALE: Les progrès vers l'égalité de genre sont décevants

DAR ES SALAAM, 29 août (IPS) – Les dirigeants d'Afrique australe ont réaffirmé leur engagement à atteindre un objectif d'au moins 30 pour cent de femmes dans les structures politiques et de prise de décision d'ici à 2005.

Cet engagement a été pris à la lumière d'une revue à la réunion du 25 au 26 août, à Dar es Salaam, en Tanzanie, qui a montré que les progrès vers la réalisation de la Déclaration sur l'égalité de genre, signée par tous les pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à Blantyre, au Malawi en 1997, étaient décevants.

Seuls deux pays, le Mozambique et l'Afrique du Sud, ont atteint l'objectif des 30 pour cent.

La déclaration de la SADC sur l'égalité de genre engage les 14 pays membres de la communauté à abroger et a réformer toutes les lois, à amender les constitutions et à changer les pratiques sociales qui soumettent encore les femmes à la discrimination. Elle engage également les pays à encourager le plein accès des femmes et leur contrôle sur les ressources productives, afin de réduire le niveau de pauvreté parmi les femmes; elle engage en outre à prendre des mesures urgentes pour empêcher et s'attaquer aux niveaux croissants de violence contre les femmes.

Le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Jakaya Kikwete, qui est le nouveau président du Conseil des ministres de la SADC, a dit aux journalistes que le conseil "encouragera les Etats membres à mettre en ?uvre cette décision bien avant la date limite".

Mais on craint que certains pays de la SADC ne puissent atteindre l'objectif de 30 pour cent d'ici à 2005 puisque la politique et la prise de décision ont été les domaines des hommes pendant longtemps. Cela prendra du temps pour que les systèmes sociaux africains acceptent les femmes comme égales des hommes.

"Les pays sont en train d'essayer de leur mieux lorsque nous considérons que nous avons moins de deux ans avant 2005. Parfois, il pourrait être difficile de dire que chaque pays atteindra l'objectif de 30 pour cent", a déclaré Christine Warioba, chef de l'Unité genre de la SADC. "Nous devons examiner cela dans un contexte où les femmes n'étaient pas impliquées dans la politique ni à des postes de prise de décision".

Pour Warioba, bien que les portes soient maintenant ouvertes aux femmes en politique, elles sont toujours confrontées à des obstacles durant les campagnes électorales puisque qu'elles manquent de ressources.

Mais elle admet que là où les partis politiques ont un système de quota, il est de plus en plus facile pour des femmes d'être élues à un poste politique. Elle a cité l'Afrique du Sud et le Mozambique, les seuls pays dans la région à avoir atteint l'objectif des 30 pour cent. Elle indique que la Tanzanie n'a pas atteint l'objectif des 30 pour cent.

Mais qu'elle a institutionnalisé un objectif de 20 pour cent et de 30 pour cent pour les conseillers et les députés. En conséquence, la Tanzanie a pu atteindre un objectif de 22 pour cent de femmes au parlement et de 33 pour cent au sein du conseil local durant les élections de 2000. Les prochaines élections générales sont prévues pour octobre 2005.

Des critiques soulignent que la Tanzanie n'atteindra l'objectif que si chaque parti adopte le système d'un quart et que, aussi bien les partis que les sociétés civiles préparent des femmes candidates pour des élections.

"Le système patriarcal meurt peu à peu en Tanzanie, les sociétés commencent par accepter les femmes en tant que leaders, mais les partis doivent faire plus de travail de terrain pour chercher des femmes dont le nom peut convaincre les électeurs", souligne Ruth Meena, spécialiste des sciences politiques, activiste de genre et des droits de l'Homme à l'Université de Dar es Salaam.

Elle cite les 12 femmes candidates du parti au pouvoir, Chama Cha Mapinduzi (CCM), qui ont été nommées pour prendre part à l'élection dont une seule n'a pas réussi haut la main.

"Cela prouve que si les partis décident même de mettre 50 hommes contre 50 femmes comme concurrents, toutes les femmes pourraient gagner si on travaille suffisamment à la fois pour la recherche des candidates et pour la capacité de les édifier afin d'obtenir le soutien du parti", affirme Meena. "Les partis politiques sont dominés par un système patriarcal qui sape, oppresse et marginalise les femmes".

Elle estime que les analystes politiques devraient être des pionniers de l'égalité de genre puisque leurs pays ont signé des déclarations qui les lient.

Warioba affirme que le Botswana, l'Ile Maurice, la Namibie et le Swaziland pourraient atteindre l'objectif des 30 pour cent puisqu'ils ont des élections avant 2005. Mais les électeurs au Malawi et au Zimbabwe vont au vote en 2005.

Le Swaziland, qui organise ses élections cette année, a également de bonnes chances d'atteindre l'objectif parce qu'il a adopté un système de quota dans sa constitution.

Malheureusement, le Lesotho et la Zambie n'ont aucun moyen d'atteindre l'objectif puisqu'ils organiseront leurs élections générales après 2005.

Il est probable que l'Afrique du Sud et le Mozambique aillent au delà des 30 pour cent parce que les deux pays auront leurs prochaines élections générales en 2004.

Selon Warioba, le mérite reviendra aux dirigeants d'Afrique australe s'ils atteignent l'objectif. "Le mérite reviendra à eux et à leurs pays, ainsi qu'à la région d'Afrique australe dans son ensemble", ajoute-t-elle.

La SADC a signé une Déclaration sur le genre, l'égalité, et le développement, engageant ses membres à atteindre l'objectif de 30 pour cent, à Blantyre, au Malawi en 1997. Sept ans plus tard, le sommet des chefs d'Etat, qui s'est tenu à Dar es Salaam du 25 au 26 août, demandait encore aux pays de la région de redoubler leurs efforts pour atteindre cet objectif.