DROITS-ZAMBIE: Des groupes civiques introduisent une injonction pourfreiner le chef de l'Etat

LUSAKA, 11 août (IPS) – La bataille entre le président Levy Mwanawasa et le mouvement des femmes en Zambie est engagée.

Le Comité de coordination non gouvernemental (NGOCC), l'organisme qui regroupe toutes les ONG en Zambie, a introduit un arrêt de suspension empêchant la commission de Mwanawasa de commencer ses séances le 11 août.

La Commission de révision constitutionnelle (CRC), le fleuron de la présidence de Mwanawasa, a été controversée depuis ses débuts.

Les femmes, avec des groupes d'église, se sont opposées à la décision de Mwanawasa de faire réviser la constitution pour la quatrième fois en passant par la commission. Elles craignent que Mwanawasa ne joue un rôle capital en sélectionnant les participants qu'il a, et qu'il ne revoie les recommandations de la commission, qui comme dans le passé, chercheront à réduire ses pouvoirs présidentiels; et exigent un référendum pour traiter des droits de l'Homme.

Lucy Muyoyeta, présidente du NGOCC, dit que le mouvement des femmes a été obligé d'intenter un procès. Elle affirme que les déclarations préventives faites par Mwanawasa et des membres de son gouvernement montrent que ce dernier était peu disposé à légiférer en faveur d'une assemblée constituante, ou d'une quelconque institution populaire qui élaborerait un document que pourraient s'approprier tous les Zambiens.

Dans la déclaration écrite sous serment qu'elle a présentée à la cour au nom du NGOCC, elle affirme que le président avait rejeté les propositions faites par les organisations de la société civile pour faire amender la Loi sur les enquêtes, afin de mettre le processus de révision de la constitution en conformité avec les exigences d'un processus populaire.

Muyoyeta indique que l'argent devant être utilisé selon l'action prévue par la commission excédait le montant affecté par le parlement. Elle ajoute que ces dépenses étaient illégales et constituaient un abus de pouvoir de l'exécutif, d'autant plus que la Zambie avait déjà un dépassement budgétaire de 40 millions de dollars US.

"Des processus similaires avec fondamentalement les mêmes termes de référence ont été entrepris puis rejetés par l'exécutif et ont abouti à des constitutions qui n'ont pas répondu aux aspirations du peuple", affirme Muyuyota.

C'est un point. A la base de cette action du mouvement des femmes, se trouve l'attitude cavalière de Mwanawasa par rapport aux préoccupations liées aux droits des femmes et des enfants.

Dans les révisions constitutionnelles passées, les organisations de la société civile avaient fait des propositions protégeant et défendant les droits des femmes et des enfants, tout en demandant la domestication des instruments internationaux qui protègent les femmes et les enfants. Ces propositions ont été mises de côté et pourront encore être écartées si Mwanawasa est responsable de l'adoption des recommandations parce que les organisations exigent un référendum pour lequel le gouvernement dit qu'il n'a pas d'argent.

"Nous avons grand besoin que les recommandations soient adoptées à travers une assemblée constituante et non par un individu ayant des arrières-pensées. Nous en avons assez qu'on nous dise qu'il est cher de domestiquer les conventions internationales et les instruments ayant rapport aux femmes et aux enfants. Le coût ne devrait pas être un facteur lorsqu'il s'agit des droits des personnes et de leur dignité", souligne le député Inonge Wina.

Mwanawasa a été si outré par ce qu'il perçoit comme l'intransigeance des ONG (qui sont pour la plupart dirigées par des femmes et composées de femmes) qu'à une récente manifestation publique, il a menacé d'expulser ceux qui n'étaient pas des Zambiens.

"Nous ne pouvons pas permettre que des étrangers s'immiscent dans la gestion de nos affaires", a-t-il déclaré. Tout le monde sait que c'était une référence à la responsable de Femmes pour le changement, Emily Joy Sikazwe, un symbole dans l'allègement de la pauvreté et l'un des plus farouches critiques du gouvernement. Sa mère serait originaire du Malawi, mais Sikazwe est zambienne de naissance.

"Les commentaires de Mwanawasa sont malheureux, mais nous avons déjà entendu cet argument en Zambie. Des gouvernements successifs ont essayé d'évoquer les origines ethniques de leurs détracteurs pour saper, intimider et faire taire l'opposition", affirme Muyoyeta. En 1996, l'ancien président Frederick Chiluba a obligé, à travers un amendement constitutionnel, la limitation de la présidence aux personnes dont les deux parents sont nés en Zambie. Il s'en est servi pour empêcher le président fondateur Kenneth Kaunda de tenter un retour en 1996.

Le mouvement des femmes a mis en garde contre les conséquences désastreuses pour Mwanawasa au cas où il tenterait d'expulser Sikazwe qui a une forte popularité, notamment dans les zones rurales. Les leaders de partis d'opposition, Michael Sata et Anderson Mazoka, ont promis leur soutien au mouvement des femmes, estimant que Mwanawasa devrait juste se soumettre à un référendum et cesser de combattre les femmes. "Cette fois-ci, nous ne permettrons pas à un président de nous marcher dessus. Cette fois-ci, nous tenons bon et prenons la situation en main, nous en avons marre que nos femmes et nos enfants souffrent sous des lois discriminatoires pendant que des dirigeants se pavanent en ayant l'air d'être occupés", affirme, non découragée, Sikazwe, qui a été arrêtée plusieurs fois pour s'être opposée au gouvernement.