COTONOU, 10 fév (IPS) – Le Bénin, le Togo, le Ghana et le Nigeria ont initié un projet de construction d'un gazoduc pour transporter le gaz naturel du Nigeria vers les trois premiers pays qui l'utiliseront notamment pour la production de l'énergie électrique et le chauffage industriel.
Initié depuis le milieu des années 80, "Le projet de gazoduc de l'Afrique de l'Ouest est un projet d'intégration économique pour le Bénin, le Togo, le Ghana et le Nigeria, avec des avantages sur tous les plans. Le Nigeria, qui produit de grandes quantités de gaz naturel, approvisionnera, grâce à ce gazoduc, ses voisins", explique Léonce Magbondé, coordonnateur du projet au Bénin. Le gazoduc de l'Afrique de l'Ouest aura une longueur de 617 kilomètres, entre Lagos au Nigeria, et Takoradi au Ghana, avec des embranchements à Cotonou au Bénin, à Lomé au Togo, et à Tema (Ghana). Il aura un diamètre de 18 pouces et une capacité de 400 millions de pieds cubes par jour. Son tracé est déjà connu, il est essentiellement maritime. Son coût total est de 500 millions de dollars US, financés à 100 pour cent, sur fonds propres, par la Société de gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (SOGAO). La SOGAO est une société privée qui sera créée pour construire et exploiter le gazoduc. Ses actionnaires sont : la Volta River Authority (VRA) du Ghana, la Société togolaise de gaz (SOTOGAZ), la Société béninoise de gaz (SOBEGAZ), la Chevron Nigeria Limited, la Shell Petrolum Development Company (SPDC) et la Nigerian National Petrolum Corporation (NNPC). Le gazoduc de l'Afrique de l'Ouest est actuellement à sa troisième phase de préparation. La 4ème phase, la phase de construction, démarrera en janvier 2004 pour une durée de 18 mois. Le gazoduc livrera ses premières volutes de gaz en juin 2005. Le Ghana consommera 84 pour cent du gaz transporté, le Togo, 9 pour cent et le Bénin, 7 pour cent. "Ce n'est là qu'une première étape du projet. A la longue, le gazoduc de l'Afrique de l'Ouest pourrait s'étendre tout au long de la côte ouest-africaine et aller jusqu'au Sénégal car le président Abdoulaye Wade s'est montré très intéressé par ce projet qui pourrait aider son pays à résoudre ses problèmes d'énergie", indique Magbondé. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est l'un des initiateurs du projet, dont elle assure la coordination. Elle a parrainé, le 31 janvier à Dakar, la signature du traité international relatif au projet de gazoduc. Il fixe les engagements mutuels que les quatre Etats ont pris entre eux pour la réalisation rapide du projet. Le traité crée, en outre, l'Autorité du gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (AGAO) qui sera chargée de gérer l'accord de projet international et les rapports entre les Etats et la SOGAO. Le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, a déclaré, à cette occasion, que "Le projet de gazoduc est un modèle concret d'intégration régionale, un modèle de collaboration entre secteurs public et privé".. "Tous les chefs d'Etat de la CEDEAO sont d'ailleurs très intéressés, voire enthousiastes face à ce projet, parce que les questions énergétiques sont des questions cruciales pour nos pays africains", ajoute Magbondé. "Si la politique divise, l'économie rassemble. Le projet de gazoduc de l'Afrique de l'Ouest démontre bien que malgré les crises qui secouent notre région, nous avons la volonté politique d'aller de l'avant", a affirmé le président togolais, Gnassingbé Eyadema, lors de la signature du traité.. Le gaz ainsi transporté sera utilisé pour produire de l'énergie électrique et mettre ainsi ces pays à l'abri des crises énergétiques comme celle que le Ghana, le Togo et le Bénin ont connue en 1998. "Mieux", fait remarquer Magbondé, "le gaz est une énergie propre, non polluante, qui sauvegarde l'environnement". De plus, ce projet va rapporter des recettes fiscales aux Etats de l'ordre de 600 millions de dollars US sur une période de 15 ans, selon des experts de la CEDEAO. Le gaz va notamment permettre de réduire d'un tiers le coût de production de l'énergie, prohibitif actuellement à tout développement industriel, et à tout investissement nouveau. Si le coût de l'énergie baisse, les industries deviendront plus compétitives. Cette perspective réjouit à l'avance Annick Oshumaré, directrice financière et comptable de la Société béninoise des textiles (SOBETEX) dont le coût de l'énergie représente actuellement 2,5 pour cent du coût de production.
"Cela ne nous rend pas compétitifs sur le marché du textile face aux Asiatiques qui ont la possibilité de fabriquer, à grande échelle et à bien moindre coût, les mêmes produits que nous", confie-t-elle. "Si nous ne sommes pas capables de lutter contre eux en baissant nos coûts de production par exemple, nous disparaîtrons", avertit-elle. Le coût élevé de l'énergie étant l'une des raisons pour lesquelles les investisseurs ne s'intéressent pas trop à l'Afrique de l'Ouest, le conseiller technique aux ressources naturelles et à l'énergie du ministre béninois de l'Energie, Damien Hazounmè, voit en ce projet de gazoduc "un grand espoir pour l'accroissement des investissements en Afrique de l'Ouest". Mais, le directeur général des Affaires économiques au ministère des Finances, Dieudonné Dahoun, avertit : "C'est déjà un gros avantage qu'il y ait un gazoduc en Afrique de l'Ouest. Il faut pouvoir exploiter cet avantage pour en faire un avantage comparatif". "Il n'y aura pas d'effets bénéfiques systématiques sur nos économies si de profondes réformes ne sont pas faites dans le domaine de l'énergie et si, par exemple, l'industriel n'a pas la possibilité de s'adresser à plusieurs fournisseurs d'électricité à la fois", ajoute-t-il.

