JOHANNESBURG, 7 fév (IPS) – Lorsque les pluies d'été sont revenues en Afrique australe en 2003, après une année de sécheresse, des spécialistes en paludisme ont prédit une augmentation de l'incidence de la maladie.
Des agences régionales de tourisme ont conseillé aux visiteurs de prendre des médicaments préventifs avant de se rendre dans des pays dans la région, et des mesures d'éradication du moustique ont été intensifiées. Jusqu'ici, une nouvelle épidémie de paludisme a été évitée, aucune indication sur de nombreux cas de la maladie n'ayant été signalée jusqu'en janvier. Mais la période du paludisme ne vient que de commencer, et s'étendra jusqu'en avril.
"Nos expériences passées issues de la sécheresse de 1992 et d'autres sécheresses sont qu'après les fins de sécheresse et la tombée des premières pluies, il y a une réaction biologique naturelle de la part des moustiques.
Ils se déplacent en grands nombres. Nous avons travaillé à contenir le paludisme lorsque les pluies viendront", a indiqué à IPS Shiva Marugasampillay, présidente de la Conférence pour la surveillance du paludisme en Afrique australe, pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette réunion a été organisée au Swaziland, en juillet dernier, pour les ministres de la Santé des 14 Etats membres de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), en vue de coordonner leurs efforts pour endiguer le paludisme. Les discussions ont porté sur ce qui se passerait lorsque la sécheresse, qui avait dévasté l'agriculture de la région et conduit à une crise de sécurité alimentaire, prendrait fin. Alors qu'une grande partie du monde se focalisait sur la crise alimentaire, les experts en paludisme œuvraient pour éviter une épidémie.
"D'habitude, nous comptons 19 à 21 millions de cas de crises de paludisme en Afrique australe, avec 200.000 morts. Mais à cause des programmes agressifs de prévention, nous assistons à une impressionnante baisse des chiffres. Nous avons donc l'impression que nous sommes en train de faire reculer le paludisme, et que le paludisme ne nous fait pas reculer", a déclaré Marugasampillay.
Au cours des récentes années, le paludisme a été en grande partie éradiquée du Botswana et de l'est du Swaziland, et de grandes avancées ont été faites en Namibie, ont indiqué des experts nationaux attachés aux ministères de la Santé de leurs pays. Le sud du Mozambique demeure un problème.
En termes économiques, le paludisme coûte aux économies régionales au moins 10 milliards de Rands (1,1 milliard de dollars US) par an, selon le ministère de la Santé d'Afrique du Sud. Des pertes proviennent des frais médicaux supplémentaires, et des baisses de productivité apparaissent puisque les travailleurs succombent à la maladie. Les efforts d'éradication du paludisme, depuis la pulvérisation des villages jusqu'à l'administration des médicaments, augmentent les coûts.
La Zambie a accéléré son programme de prévention du paludisme ce mois, ciblant des villages entiers considérés à risque pour un pulvérisation en profondeur.
Le pesticide DDT, qui a été interdit aux Etats-Unis depuis 1973 et dans d'autres pays pour les dommages que "ce produit chimique persistant" cause à l'environnement lorsqu'il s'infiltre dans les réserves d'eaux, a été réintroduit dans certains pays comme une mesure d'urgence pour combattre les moustiques vecteurs du paludisme.
La semaine dernière au Swaziland, une réunion régionale de ministres de la Santé et de l'Environnement étudiant l'usage continu de DDT, a constaté que le pesticide est encore utilisé en Erythrée, en Ethiopie, à Madagascar, en Namibie et en Afrique du Sud à des fins agricoles. Au Swaziland, le DDT est seulement utilisé pour lutter contre le paludisme. Dans tous les pays d'Afrique australe, l'utilisation du pesticide est permise pour lutter contre des maladies transmises par des vecteurs. L'OMS aide actuellement six pays à réduire leur dépendance du DDT pour un usage non-lié à la lutte contre la maladie. Le mois dernier, Dr Brian Sharp du Conseil médical de recherche d'Afrique du Sud, a signalé une baisse "incroyable" de 91 pour cent de cas de paludisme dans la province semi-tropicale du KwaZulu/Natal.
En 2000, une épidémie de paludisme a considérablement réduit la capacité de la communauté médicale à y venir à bout. Les efforts faits par les agences locales et les agences gouvernementales nationales pour prévenir le paludisme à travers des programmes d'éducation publique et la pulvérisation des zones à risque auraient réduit la maladie, et prouvé que l'endiguement du paludisme était réalisable.
C'est une bonne nouvelle dans un monde où 40 pour cent de la population mondiale est menacée par le paludisme. Des experts à la conférence sur le DDT, la semaine dernière au Swaziland, ont constaté que les efforts d'endiguement ne réussiront probablement que s'ils sont conduits à un niveau régional à travers une coopération internationale.
L'exemple typique, ce sont les efforts combinés du Mozambique, de l'Afrique du Sud et du Swaziland, qui se sont associés dans une Initiative de développement spatial à Lubombo. La chaîne de montagnes Lubombo relie des nations ayant un sous-climat environnemental semi-tropical. Ces nations veulent développer la zone économiquement. Le paludisme, qui y prévaut chaque été, freine le développement.
"Pour transformer la région de Lubombo, nous devons maîtriser le paludisme.
Cette question sanitaire a un véritable impact économique", a indiqué à IPS un responsable du ministère de la Santé du Swaziland.
Au Mozambique tropical, le taux de prévalence du paludisme au sein de la population est de 70 pour cent. Le pays a l'un des taux de croissance économique les plus élevés au monde, en partie parce que la croissance est partie d'un point de départ très bas. Le Mozambique était, jusqu'à récemment, le pays le plus pauvre du monde, étant sorti en loques de plusieurs décennies de guerre civile et de conflit politique après-guerre.
Sans l'endiguement du paludisme, un redressement économique total serait improbable.
La science médicale promet d'apporter quelque soulagement. Le mois dernier en Allemagne, des chercheurs ont annoncé les résultats de tests sur l'antibiotique fosmidomycin, et ont dit qu'il empêchait le parasite transporté par le moustique qui cause le paludisme de produire une substance chimique qui crée un virus mortel.
Peter Kremsner, un expert en paludisme, a signalé que sur des patients à qui on a administré l'antibiotique, on a obtenu un taux de guérison de 60 à 89 pour cent.
Kremsner a ajouté que les premiers tests cliniques à grande échelle devraient être faits sur des enfants africains, à cause des estimations selon lesquelles en Afrique au sud du Sahara, un enfant meurt du paludisme toutes les 30 secondes.
Il y a deux mois, la réunion des ministres du Commerce à une conférence de l'Organisation mondiale du commerce, en Australie, a décidé d'assouplir les restrictions de brevet sur les médicaments pour traiter des maladies comme le paludisme pour des pays en développement confrontés à l'épidémie, mais ayant des ressources nationales limitées.
Le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a envoyé un message aux ministres pour trouver "sans délai une solution à long-terme aux médicaments et vaccins abordables et à l'accès à ces médicaments pour les pays en développement confrontés à des maladies mortelles comme le SIDA, la tuberculose et le paludisme".

