JOHANNESBURG, 4 févr (IPS) – L'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, a perdu patience avec la diplomatie et lancé une attaque personnelle acerbe contre le président américain, George W. Bush pour sa détermination apparente à mener une action militaire contre l'Irak, si ce pays du Moyen-Orient ne prouve pas qu'il n'a aucune arme de destruction massive à la satisfaction des Etats-Unis.
Mandela soutient que les Etats-Unis doivent agir par l'entremise des Nations Unies s'ils veulent entreprendre une action contre l'Irak. "Ce que je condamne est qu'une puissance, ayant un président qui ne fait preuve d'aucune prévoyance, qui ne peut pas réfléchir convenablement, veuille maintenant plonger le monde dans un holocauste", a déclaré Mandela, dans une allocution à la conférence du Forum international des femmes (IWF) à Johannesburg, le 30 janvier.
Mandela a demandé aux Américains de se débarrasser de Bush à travers les urnes, et s'ils ne peuvent pas le faire avant une possible attaque contre l'Irak, ils devraient alors lancer des actions de masse pour protester et manifester contre la guerre.
Le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, aurait répondu aux remarques de Mandela en disant que Bush "comprend qu'il pourrait y avoir des gens qui seraient plus à l'aise en ne faisant rien contre une menace croissante qui pourrait se transformer en un holocauste".
Bien que Mandela soutienne régulièrement qu'il est un homme retraité sans aucun pouvoir et avec peu d'influence, les remarques de l'ancien homme d'Etat vont sûrement renforcer la volonté du mouvement international en faveur de la paix. Et, bien qu'il soit connu pour être très indépendant dans ses opinions, Mandela reste un membre loyal du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, et sort rarement de la ligne politique du gouvernement.
L'Afrique du Sud, qui fait actuellement pression sur la majorité des pays présents aux Nations Unies pour qu'ils s'opposent à une possible attaque dirigée par les Etats-Unis contre l'Irak, est décidée à renforcer l'ONU, pour qu'elle devienne un forum au sein duquel les pays en développement peuvent traiter avec les Etats-Unis — la seule super-puissance restante au monde — et d'autres nations développées, d'égal à égal.
L'Afrique du Sud est très préoccupée par le fait qu'une guerre en Irak déstabiliserait l'économie mondiale à un moment où elle — et plusieurs autres pays en développement – souffrent d'un ralentissement du commerce international et de marchés financiers faibles. Mandela a condamné les dirigeants du monde pour n'avoir pas osé dénoncer assez fortement la possible guerre et a demandé aux pays ayant un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU, de s'opposer à la poussée américaine vers la guerre. Toutefois, il a également conseillé à l'Irak de coopérer pleinement avec les Nations Unies, indiquant qu'il soutiendrait toute sanction de l'ONU contre le pays, s'il s'avérait qu'il avait des armes de destruction massive.
Mandela a également lancé une attaque remarquable contre le Premier ministre britannique, Tony Blair — un ardent défenseur des Etats-Unis dans sa campagne contre l'Irak. "Il est le ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis. Il n'est plus le Premier ministre de la Grande-Bretagne". L'attaque de Mandela contre Blair venait juste avant la rencontre du président sud-africain, Thabo Mbeki, avec le Premier ministre britannique, au Royaume-Uni, le 1er février.
En tant que président en exercice du Mouvement des Non-alignés (MNA), Mbeki devrait souligner à Blair que beaucoup de pays veulent que les crises irakiennes soient réglées de façon pacifique, et à travers une décision soutenue par la majorité des membres des Nations Unies.
A son tour, Blair devrait tenter de convaincre Mbeki de la solidité des arguments américains et britanniques, contre l'Irak.
L'Afrique du Sud a fait comprendre qu'elle ne croyait pas que les inspecteurs en armements de l'ONU aient trouvé une quelconque preuve pouvant justifier une attaque contre l'Irak.
Mbeki et Blair sont supposés discuter également du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) — un programme pour le développement économique et social du continent — et des efforts britanniques pour isoler le gouvernement du président zimbabwéen, Robert Mugabe. La Grande-Bretagne a conduit une opposition internationale au gouvernement de Mugabe, qui aurait truqué les dernières élections présidentielles du Zimbabwe, organisées en 2002.
Dans son allocution au IWF, Mandela a également attaqué Blair pour avoir tenté d'isoler Mugabe, plutôt que de prendre la tête de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), qui essaie également de résoudre les crises économiques et politiques au Zimbabwe. Il a exprimé son soutien aux efforts français pour lever les sanctions contre Mugabe, afin que le président zimbabwéen puisse participer à la conférence sur les droits de l'Homme à Paris. La Grande-Bretagne est opposée à cette initiative. L'Union européenne (UE) est divisée sur la question, et tente toujours de parvenir à un arrangement sur le sujet avant l'expiration des sanctions dans les jours à venir.
Les experts sud-africains en charge des affaires étrangères ne croient pas que les remarques de Mandela porteront sérieusement atteinte aux relations entre ce pays africain, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ils ont souligné que, même si Mandela a peut-être affiché brutalement les positions de l'Afrique du Sud, il est toujours un simple citoyen qui est libre de faire et de dire ce qu'il veut. Il est peu probable que ses commentaires entraînent une querelle diplomatique formelle entre les trois pays.

